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Aux États-Unis, les salariés licenciés voient souvent leurs accès numériques désactivés avant même d'apprendre la perte de leur emploi. Une pratique peu délicate, mais qui découle d'un constat simple : un employé congédié conservant l'accès aux systèmes de l'entreprise représente un risque de sécurité. L'affaire des frères Akhter, accusés d'avoir effacé 96 bases de données hébergeant des informations du gouvernement américain dans les minutes suivant leur renvoi, en offre une illustration saisissante.
Un passé déjà chargé
Muneeb et Sohaib Akhter, aujourd'hui âgés de 34 ans, n'en étaient pas à leur premier démêlé avec la justice. En 2015, les deux frères avaient plaidé coupable en Virginie dans une affaire de fraude électronique et d'infractions informatiques. Muneeb avait écopé de trois ans de prison, Sohaib de deux.
À leur sortie, ils étaient parvenus à revenir dans le secteur technologique. En 2023, Muneeb décrochait un poste dans une entreprise de Washington vendant des logiciels et services à 45 clients fédéraux ; Sohaib rejoignait la même société un an plus tard. Mais, selon les autorités, les deux hommes n'ont pas su rester dans le droit chemin.
Des accès détournés
L'accusation décrit plusieurs abus. Muneeb aurait notamment demandé à son frère le mot de passe en clair d'une personne ayant déposé une plainte sur un portail public géré par leur employeur, mot de passe ensuite utilisé pour accéder sans autorisation à la messagerie de cette personne.
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L'affaire ne s'arrêtait pas là. Muneeb aurait rassemblé quelque 5 400 identifiants issus des données de sa propre entreprise, puis conçu des programmes automatisés pour les tester sur des sites courants. Il serait ainsi parvenu à se connecter des centaines de fois à divers comptes, allant jusqu'à réserver des voyages à son profit lorsque des victimes disposaient de miles aériens.
Deux frères, fraîchement licenciés, ont effacé 96 bases de données gouvernementales en l’espace de quelques minutes. Une étude de cas analyse pourquoi les accréditations devraient systématiquement être révoquées avant toute procédure de licenciement. © Chuyn, iStock
Cinq minutes après le licenciement
L'employeur semble avoir découvert le passé judiciaire des frères en février 2025. Le 18 février, les deux hommes, qui vivaient ensemble en Virginie, étaient convoqués à une réunion en visioconférence et licenciés sur-le-champ, en fin de journée.
La suite s'est jouée en quelques minutes. À peine cinq minutes après la fin de l'appel, Sohaib tentait déjà d'accéder au réseau de son ancien employeur, mais ses accès avaient été coupés. Le compte de Muneeb, lui, avait été oublié. Il s'est aussitôt lancé dans une entreprise de destruction : en l'espace d'une heure, il a supprimé environ 96 bases de données contenant des informations gouvernementales, dont une du département de la Sécurité intérieure. Il a aussi téléchargé 1 805 fichiers appartenant à un organisme fédéral et récupéré des informations fiscales concernant au moins 450 personnes.
Une conversation qui les accable
Pendant l'opération, les deux frères échangeaient en direct. « Je te vois nettoyer leurs sauvegardes de bases de données », observait Sohaib en regardant son frère agir. À mesure que la liste des victimes s'allongeait, il commentait : « D'accord, si tu as une excuse crédible ».
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Muneeb, lui, semblait minimiser. « Bof, ils pourront récupérer à partir d'hier », lançait-il en référence aux sauvegardes quotidiennes. Les échanges tournaient ensuite à la surenchère, l'un suggérant d'effacer aussi le système de fichiers, l'autre approuvant. Sohaib envisageait même à voix haute une tentative de chantage, aussitôt écartée par Muneeb : « Non, on ne fait pas ça, c'est une preuve de culpabilité ». Ils redoutaient déjà une descente des autorités.
L'enquête et le procès
Sohaib avait vu juste : les fédéraux ont bien perquisitionné, trois semaines plus tard. Le 12 mars 2025, un mandat était exécuté au domicile de Sohaib, à Alexandria. Les agents y ont saisi du matériel informatique, mais aussi sept armes à feu et des munitions, que son casier judiciaire lui interdisait de posséder.
Les deux frères sont restés libres neuf mois de plus, le temps de l'enquête, avant d'être arrêtés le 3 décembre et inculpés d'une série de délits. Muneeb a signé un accord de plaider-coupable le 15 avril 2026, reconnaissant les principales accusations. Sohaib, lui, a choisi le procès. Il a perdu : le 7 mai 2026, un jury l'a reconnu coupable de complot en vue de fraude informatique, de trafic de mots de passe et de possession d'arme par une personne interdite. Il doit être condamné en septembre.
Des recours et une faille révélatrice
L'affaire semblait close, mais Muneeb a multiplié depuis sa cellule les requêtes manuscrites, mettant d'abord en cause son avocat, puis son propre accord de plaider-coupable. « Que Dieu guide mes mots », écrivait-il au juge le 27 avril, se disant mal à l'aise avec son plaidoyer et affirmant croire en l'innocence de son frère, quelques jours avant que ce dernier ne soit déclaré coupable. Il a par la suite demandé à assurer lui-même sa défense, une démarche souvent fatale dans les procès fédéraux.
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L'entreprise employeuse, restée anonyme dans les documents judiciaires, a été identifiée par la presse comme Opexus. Malgré des vérifications d'antécédents, la société a reconnu qu'une diligence supplémentaire aurait dû être appliquée et que les licenciements n'avaient pas été gérés de manière appropriée. Détail savoureux, les autorités ont pu obtenir les transcriptions mot pour mot des échanges des frères parce que ces derniers avaient enregistré la visioconférence de leur licenciement, avant d'oublier de couper l'enregistrement pendant qu'ils commettaient leurs méfaits.


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