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VIH dans les Prairies : des Autochtones misent sur la culture pour briser les tabous

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Alors que le Manitoba et la Saskatchewan affichent des taux d'infection par le VIH parmi les plus élevés au Canada, des membres des communautés autochtones se tournent vers l'éducation, l'identité culturelle et l'esprit communautaire pour surmonter la honte et la stigmatisation.

La surreprésentation des peuples autochtones parmi les nouveaux diagnostics de VIH demeure une préoccupation majeure dans les Prairies.

Selon les données du Manitoba and VIH program, près de sept personnes sur dix admises dans ce programme entre 2018 et 2021 s'identifiaient comme autochtones.

Face à cette réalité, la réponse médicale traditionnelle montre ses limites et pousse les intervenants à repenser l'approche des soins en plaçant l'humain et les réalités sociales au cœur des solutions.

Vanessa Roulette (à gauche), Daniel Sands et Danita Wahpoosewyan.

Les peuples autochtones sont touchés de manière disproportionnée par le VIH dans les Prairies. Vanessa Roulette (à gauche), Daniel Sands et Danita Wahpoosewyan affirment que l'éducation, la communauté et la culture constituent l'antidote.

Photo : Radio-Canada / Lenard Monkman

Vanessa Roulette, une femme Anishinaabe originaire de la Première Nation du lac Manitoba, a reçu un diagnostic positif en 2018 alors qu'elle vivait dans la précarité et errait dans les rues de Winnipeg. L'utilisation d'une seringue souillée pour consommer de la drogue l'a menée à contracter le virus.

J'ai commencé à pleurer. Et j'ai commencé à hurler parce que je savais… enfin, que l'on pouvait mourir. C'est comme ça que j'ai grandi, en sachant qu'on pouvait mourir du VIH , a raconté Roulette, se rappelant la terreur de son diagnostic et la crainte du jugement de ses proches.

Cette honte l'a longtemps isolée de sa propre famille. Vous savez à quel point c'est difficile d'être entourée de gens qui n'ont pas le VIH ? C'est dur. Parce que pour moi, c'est comme s'ils se demandaient : "Est-ce qu'elle est sale?", a témoigné Mme Roulette.

La Dre Marcia Anderson, médecin de santé publique et également conseillère au Mino Pimatisiwin Sexual Wellness Lodge à Winnipeg, souligne que la situation de Mme Roulette illustre une tendance au Manitoba, où les nouveaux cas touchent de plus en plus de femmes autochtones vivant une grande insécurité économique ou un logement précaire. Selon elle, le système de santé doit s'adapter pour offrir des soins culturellement sécuritaires et renforcer le dépistage.

Il y a des gens en ce moment qui ont le VIH et qui ne le savent pas, a prévenu la Dre Anderson, tout en rappelant que la lutte contre le virus exige aussi un meilleur accès au logement et à la sécurité alimentaire.

La Dre Marcia Anderson, médecin de santé publique à Winnipeg.

La Dre Marcia Anderson, médecin de santé publique à Winnipeg, affirme que les professionnels de la santé doivent mieux aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent afin de traiter et de prévenir adéquatement le VIH.

Photo : Kevin Settee

Se concentrer sur les gens

En Saskatchewan, la situation s'avère tout aussi critique. Les rapports fédéraux indiquent que la province a enregistré les taux de nouveaux cas de VIH les plus élevés du pays entre 2020 et 2023. Pour inverser la tendance, des cliniciens et des mentors autochtones unissent leurs forces afin de rebâtir la confiance.

Le Dr Stuart Skinner, fondateur de la clinique Wellness Wheel, collabore avec plus de 200 communautés et organisations autochtones pour mener des campagnes de dépistage de proximité, mais la demande surpasse les capacités actuelles.

Si nous voulons vraiment nous attaquer au VIH, la réponse n'est pas de se concentrer sur la maladie, mais de se concentrer sur les gens , a-t-il affirmé. Il estime que l'intégration des aînés, des médecines traditionnelles et la guérison des traumatismes sous-jacents favorisent grandement la réussite des traitements.

Danita Wahpoosewyan, une femme Crie-Saulteaux de la Saskatchewan et survivante de La rafle des années 1960, s’implique activement dans cette approche humaine.

Déclarée positive en 2005 après un partage de seringues, elle a vu son statut révélé publiquement à sa communauté dès le lendemain du diagnostic. Cette épreuve l’a poussée à fonder des cercles de partage en 2010 pour soutenir d'autres personnes atteintes de la maladie ou souffrant de dépendances.

Tout le monde dans ma communauté savait que j'étais séropositive. Et il m'a fait du temps pour l'accepter , a confié Mme Wahpoosewyan. Et aujourd'hui, je peux partager mon histoire sur ma séropositivité sans ressentir ces sentiments de honte et cette culpabilité que j'avais au début de mon diagnostic.

Nourrir son âme par la tradition

L'accès à la culture apparaît comme un élément déterminant pour de nombreuses personnes vivant avec le diagnostic, leur permettant de transformer leur perception de la maladie. Daniel Sands, une personne bispirituelle originaire d’Alberta, a surmonté une dépendance aux méthamphétamines et vit avec le VIH depuis 2015. Grâce aux traitements modernes, sa charge virale est désormais indétectable, ce qui empêche la transmission du virus.

Daniel Sands conseille aux personnes nouvellement diagnostiquées de briser l'isolement en rejoignant des organismes locaux et en renouant avec leurs traditions. Fréquenter le Victoria Native Friendship Centre a été un moment décisif. Intégrer la culture et apprendre la langue a vraiment aidé à nourrir mon âme , a confié Daniel Sands.

Pour Vanessa Roulette, le cheminement vers la guérison passe désormais par la prise de parole publique. Depuis décembre, elle partage son parcours dans des conférences et des Premières Nations pour encourager d'autres personnes à sortir du silence.

Je me dis que si je peux me manifester et être honnête, cela donnera peut-être à quelqu'un d'autre l'occasion de sortir du silence et de se dire : "Hé, tu sais quoi ? Si elle peut le faire, je peux le faire", a-t-elle ajouté.

Forte de ses épreuves passées, elle refuse désormais de se laisser abattre. Le temps n'est plus à rester assise à pleurer sur ses sentiments. Le temps est venu de se tenir debout et d'avancer, a-t-elle conclu.

Avec les informations de Lenard Monkman

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