Le Christ qui ouvre les bras sur Rio de Janeiro depuis 1931 a en grande partie pris forme dans les Hauts-de-Seine. Landowski a sculpté à Boulogne, en grandeur et matière définitives, la tête et les mains. Le monument atteint 30,03 m de haut, posé sur une base de 8 m qui abrite une chapelle, avec 29,6 m d’envergure d’un bout des doigts à l’autre.
Tout commence en 1924, à Paris.
À retenir
- La tête du Christ mesure 3,75 m et les mains 3,20 m, toutes deux sculptées à Boulogne-Billancourt.
- Paul Landowski a dessiné le monument, mais l’ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa a supervisé le projet.
- Le sculpteur n’a pas assisté à l’inauguration de 1931, retenu par son travail en France.
- La statue reçoit en moyenne six coups de foudre par an.
Sommaire
Un ingénieur brésilien frappe à la porte de l’atelier
En 1924, Heitor da Silva Costa, mandataire de la commission du projet, se rend en Europe pour trouver un sculpteur. Paul Landowski, qui a déjà travaillé pour le Brésil, est choisi. L’ingénieur avait d’abord imaginé un Christ tenant une orbe dans la main, mais c’est Landowski qui dessine le monument, par esquisses successives. Le contrat est établi en mai 1925.
L’artiste est déjà renommé, et le monument doit couronner le Corcovado, le « mont bossu » en portugais. Il a décroché le Grand Prix de Rome en 1900 et signé plusieurs monuments publics majeurs.
Dans son atelier boulonnais, Landowski réalise une série de modèles, puis un plâtre de 4 m de haut, envoyé au Brésil pour l’exécution définitive. La maquette rejoint Rio par bateau en 1925. Viennent ensuite les deux pièces qui comptent le plus pour l’expression du visage et du geste.
La tête, les mains et le squelette de béton
La tête mesure 3,75 m de haut, soit à peu près deux adultes debout l’un sur l’autre. Les mains font 3,20 m de large. Tous ces éléments partent vers le Brésil par bateau.
L’expérience lui fait poser un principe : plus on agrandit une statue, plus il faut réduire la tête. Son Christ compte au moins 12 têtes de haut, contre 7,5 pour une silhouette à taille humaine. Fin 1927, il note dans son Journal : « Cette tête va finir par m’intéresser ».
Pour le corps, le transport interdisait de tout sculpter à Boulogne. Landowski crée donc une sculpture de 4 m, agrandie sur place en béton armé. Reste à faire tenir l’ensemble sur un sommet balayé par les orages.
Da Silva Costa demande à Albert Caquot de concevoir la structure interne. L’ingénieur est célèbre pour ses ponts, ses barrages, ses dirigeables et ses centrales. Caquot accompagne lui-même les pièces par bateau, la tête et les mains démontées en cubes, et supervise le déballage sur le Corcovado. Quant à la peau du Christ, elle est faite de petites plaques de pierre-savon, la stéatite. Elles sont posées sur de longues bandes de tissu cousues par des dames de la société brésilienne.
Landowski dessine aussi des bas-reliefs sur la vie du Christ, destinés à la base et à la chapelle intérieure. Il avait imaginé une frise plus ambitieuse, mais ce projet n’est pas accepté, faute de fonds. Il fait aussi des essais de mosaïque à Boulogne, à la fabrique Gentil et Bourdet.
Une inauguration sans le sculpteur
Le chantier sur le morne commence en 1926 et dure cinq ans. Le monument de béton armé et de pierre-savon est inauguré en 1931, au sommet du Corcovado.
Landowski, lui, est resté en France.
Les Musées de Boulogne-Billancourt l’expliquent d’une phrase : « accaparé par le travail », il ne peut pas se rendre à Rio pour l’inauguration. L’homme dont l’œuvre figure sur des millions de cartes postales n’assiste donc pas à la cérémonie. Les récits ne sont pas unanimes sur le visage : un guide de voyage récent en attribue le modelage au sculpteur roumain Gheorghe Leonida, alors que les musées de Boulogne parlent d’une tête sculptée dans l’atelier de Landowski.
Les autres parties du monument sont réalisées à Rio même, selon les plans de l’artiste, par da Silva et par Caquot. Le Christ est une œuvre collective : conçue et en partie sculptée à Paris, montée au Brésil sous la direction de l’ingénieur brésilien.
Six coups de foudre par an, et une maquette à Boulogne
À 38 m de haut, socle compris, la statue sert de paratonnerre. Elle reçoit en moyenne six coups de foudre par an, soit un tous les deux mois. En décembre 2013, c’est déjà son majeur qui est touché.
En janvier 2014, c’est le pouce droit qui casse.
La maquette originale du Christ rédempteur est conservée à Boulogne-Billancourt. Un deuxième projet de 40 cm, où le drapé prend un style art déco, y est exposé au musée des Années 30. L’espace Landowski occupe le quatrième étage de ce musée. On y mesure l’écart entre quelques dizaines de centimètres de plâtre et un géant qui domine la baie de Rio.
Sources : jeanpierrekosinski.over-blog.net | paul-landowski.com


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