Un navire qui a porté secours à 705 survivants du naufrage le plus célèbre de l’histoire maritime a fini lui-même au fond de l’océan. Le Carpathia, héros discret de la nuit du Titanic, a été torpillé par un sous-marin allemand quelques années plus tard. Son épave n’a été localisée qu’au tournant du nouveau millénaire.
À retenir
- Le Carpathia a secouru 705 survivants du Titanic dans la nuit du 14 au 15 avril 1912.
- Le 17 juillet 1918, au large de l'Irlande, le sous-marin allemand U-55 a torpillé le Carpathia, tuant cinq membres d'équipage.
- Son épave a été localisée par environ 150 mètres de fond grâce à l'équipe de Clive Cussler, financée par les droits d'auteur de ses romans.
Le navire qui a sauvé des centaines de vies avant de devenir une cible
Construit par les chantiers C.S. Swan & Hunter à Wallsend, le RMS Carpathia appartenait à la prestigieuse Cunard Line. Lancé en 1902 et mis en service l’année suivante, ce paquebot de 170 mètres de long affichait un tonnage de 13 603 tjb, une taille respectable pour l’époque sans pour autant rivaliser avec les géants comme le Titanic.
C’est pourtant ce navire relativement modeste qui est entré dans l’histoire dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Alors que le Titanic sombrait au large de Terre-Neuve, le Carpathia a foncé à travers les eaux glacées pour porter secours aux survivants. Son équipage a recueilli 705 rescapés, une opération de sauvetage qui reste gravée dans la mémoire collective.
Ce qui frappe, c’est le contraste entre cet acte héroïque et le destin qui attendait le navire quelques années plus tard. Immatriculé à Liverpool, le Carpathia continuait ses traversées de l’Atlantique en pleine Première Guerre mondiale, une période où les océans étaient devenus des zones de guerre à part entière.
Une attaque sans sommation au large des côtes irlandaises
Le 17 juillet 1918, le Carpathia naviguait sur lest, c’est-à-dire sans cargaison, dans le cadre du convoi OL24 parti de Liverpool la veille. Direction Boston, sur une route transatlantique qu’il connaissait par cœur. Mais au large de la côte sud de l’Irlande, à environ 170 milles de Bishop Rock, le destin du paquebot allait basculer définitivement.
L’U-55, sous-marin allemand commandé par Wilhelm Werner, a frappé sans prévenir. Deux torpilles ont d’abord touché la coque. Alors que l’équipage tentait d’évacuer les canots de sauvetage, une troisième torpille a achevé le navire. Cinq membres d’équipage ont péri dans cette attaque, les autres parvenant à être secourus.
Le commandant Werner n’en était pas à son coup d’essai. À la tête de l’U-55 pendant 14 patrouilles, il a coulé pas moins de 61 navires marchands, représentant plus de 126 000 tonneaux. Son palmarès militaire s’accompagnait cependant d’une réputation sulfureuse, certaines de ses actions ayant franchi la ligne rouge du droit maritime de guerre.
Accusé d’avoir laissé noyer des équipages pourtant rendus et d’avoir attaqué des navires-hôpitaux, Werner a fait l’objet de poursuites britanniques lors des procès de Leipzig après la guerre. Il a préféré fuir au Brésil plutôt que d’affronter la justice. Rentré en Allemagne en 1924, les charges contre lui ont fini par être abandonnées deux ans plus tard. Il a ensuite rejoint le parti nazi, puis la SS, un parcours qui en dit long sur les zones grises de cette période trouble.
L’épave retrouvée un siècle plus tard par les chasseurs de trésors
Pendant des décennies, l’épave du Carpathia est restée invisible, engloutie quelque part au large des côtes irlandaises. Il aura fallu attendre la National Underwater & Marine Agency, fondée par l’écrivain et explorateur Clive Cussler, pour que le mystère soit enfin levé.
Passionné par les épaves historiques, Cussler finançait ses expéditions grâce aux droits d’auteur de ses romans, dont le célèbre Raise the Titanic. Une démarche assez atypique dans le monde de l’archéologie sous-marine, où le financement public reste la norme.
C’est lors d’une conférence de presse tenue au Bedford Institute of Oceanography, à Halifax, que l’équipe de Cussler a dévoilé les premières images de l’épave. Le Carpathia reposait par environ 150 mètres de fond, les sources s’accordant globalement sur cette profondeur même si quelques écarts subsistent selon les relevés. Une dépêche Reuters de l’époque avait d’ailleurs évoqué 171 mètres, preuve que ce genre de mesure reste sujette à interprétation selon les instruments utilisés.
Retrouver une épave par une telle profondeur n’a rien d’anodin. Il faut composer avec l’obscurité totale, la pression énorme et des courants parfois traîtres. Le jeu en valait visiblement la chandelle pour l’équipe de la NUMA, qui tenait enfin la preuve visuelle du destin tragique de ce navire sauveur devenu victime.
L’histoire du Carpathia résume à elle seule les contradictions de ce début de vingtième siècle. Un même navire capable du meilleur, en sauvant des centaines de vies dans l’Atlantique Nord, et subissant ensuite le pire, torpillé sans pitié par la guerre sous-marine allemande. Son épave, désormais localisée et documentée, continue de rappeler cette double facette : celle d’un sauveur devenu lui-même naufragé.


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