Au centre de la Concorde, un monolithe de 23 mètres et 222 tonnes se dresse sur un piédestal de 240 tonnes. Il a été érigé le 25 octobre 1836, mais pas dans le sens où les Égyptiens l’avaient pensé. Son orientation d’origine a été modifiée par une rotation d’environ 90°. La face qui accueillait le soleil levant à Louxor regarde désormais le nord.
Un quart de tour ne se voit pas à l’œil nu.
À retenir
- L’obélisque pèse 222 tonnes et mesure 23 mètres.
- Il a été dressé le 25 octobre 1836 en trois heures et demie.
- Sa face orientée vers le soleil levant de Louxor regarde désormais le nord.
- Un médaillon posé au sol en 1939 reconnaît ce décalage.
Sommaire
Une journée de fête pour 200 000 Parisiens
Dès le matin, plus de 200 000 personnes sont massées sur la place des Tuileries et dans l’avenue des Champs-Élysées. C’est deux fois et demie la jauge d’un Stade de France plein, rassemblée dans l’attente d’un seul bloc de pierre. L’ingénieur Apollinaire Lebas conduit l’opération avec des machines élévatrices et de gigantesques cabestans. Le monolithe, venu d’Égypte au terme d’un voyage de plusieurs années, ne doit pas se coucher une seconde fois.
Louis-Philippe Ier se tient caché aux fenêtres de l’hôtel de la Marine, par crainte d’un échec, et ne paraît au balcon qu’au moment précis où le monument se dresse. Un roi qui attend de savoir si la pierre tient debout avant de se montrer : la prudence est politique autant que technique.
L’opération dure 3 h 30. Lebas, dans son propre récit, n’en compte que 2 h 15 de travail utile. Tout se termine sans accident ni victime, et l’ingénieur est invité à dîner chez le roi.
Pas un blessé, pour 222 tonnes.
Pourquoi le monolithe regarde ailleurs
Louis-Philippe décide d’ériger l’obélisque au centre de la place, là où un monument à Louis XVI, décapité en ce lieu pendant la Révolution, devait prendre place. La première pierre de ce monument, une statue équestre du roi par Jean-Pierre Cortot, avait été posée par Charles X le 3 mai 1826, et la statue royale est détruite en 1830. Le choix d’un monument totalement étranger à l’histoire nationale devait éviter les querelles de mémoire autour de ce haut lieu de la Révolution. L’Égypte pharaonique, au moins, ne divisait personne.
À Louxor, l’obélisque appartenait au temple d’Amon, où il datait du XIIIe siècle avant J.-C. Sa rotation à Paris s’est faite dans le sens antihoraire, d’environ 90°. La face originellement tournée vers l’est regarde ainsi vers le nord, et les sources consultées ne tranchent pas sur les raisons de ce choix d’orientation.
Pour un voyageur qui contourne la place, la conséquence est simple : les quatre faces ne sont plus alignées sur les points cardinaux de la même manière qu’en Égypte, et personne ne s’en aperçoit sans le savoir.
Le médaillon de 1939, ou l’aveu gravé
Il faut baisser les yeux pour trouver la confession. Un médaillon posé au sol en 1939 reconnaît noir sur blanc le décalage, avec cette formule : « Au levant de Thèbes surgit à Paris le Nord ».
Soit 103 ans après le dressage, ce qui laisse à l’erreur, ou au choix, un bon siècle de discrétion. Le médaillon ne s’excuse pas. Il constate, en vers presque, que le soleil levant de Thèbes regarde désormais un autre point de l’horizon.
Sur ses faces est gravée la titulature royale de Ramsès II, ses noms et titres. Parmi les hiéroglyphes figure le cartouche de Ramsès II, où le roi fait une offrande au dieu Amon-Rê. Chacune des quatre faces porte ainsi son lot de signes, et la face qui a pivoté vers le nord n’a rien perdu de sa lisibilité.
Le piédestal de granit, taillé en Bretagne, pèse 240 tonnes, et on y a inscrit les méthodes qui ont permis le transport puis l’érection. Sur la face qui regarde les Champs-Élysées, une grande inscription en lettres d’or rappelle la cérémonie, « aux applaudissements d’un peuple immense ». Les bas-reliefs du socle racontent, en images, ce que le médaillon de 1939 raconte en une phrase.
Au sommet, le pyramidion doré date de 1998. Certaines sources mentionnent aussi une restauration achevée en 2023, avec un nouveau pyramidion, ce qui invite à vérifier la date auprès des services de la Ville avant de la citer.
Reste le jumeau. L’obélisque offert à la France n’était pas seul : Méhémet Ali avait offert à la France les deux obélisques de Louxor, mais un seul a fait le voyage, le transport étant jugé trop hasardeux. Le second est resté à Louxor, et la France a renoncé à son don sous la présidence de François Mitterrand.
Sources : inumis.com | parisladouce.com


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