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Une note parue dans la récente édition du Bescherelle québécois, aux éditions Hurtubise, présente une proposition de réforme des accords du participe passé. L'ouvrage relaie la recommandation prônant l'invariabilité du participe passé conjugué avec l'auxiliaire « avoir ». La proposition de réforme fait débat.
Concrètement, selon cette recommandation, la phrase Les mangues que j'ai mangées n'aurait plus besoin du e muet et du s à la fin, et ce serait tout à fait correct d’écrire tout simplement : Les mangues que j'ai mangé.
Selon Isabelle Laberge, directrice éditoriale du secteur pédagogique chez Hurtubise, cette proposition vise à rationaliser l'accord des règles du participe passé, une simplification qui permettrait également la démocratisation de la langue.
Elle souligne par ailleurs qu'il y a énormément d'exceptions dans l'accord du participe passé et que peu de gens arrivent à les maîtriser.

Pierre Minkala-Ntadi, professeur au département d’études françaises, langues et littératures à l'université Saint-Boniface, rappelle que la grammaire est une « langue normative. »
Photo : Radio-Canada
La recommandation vue depuis le Manitoba
Cette mention dans l'ouvrage de référence est suivie de près par le milieu de l'éducation francophone manitobain. À l'Université de Saint-Boniface (USB), le professeur de français Pierre Minkala-Ntadi reconnaît que cette avenue pourrait aider les étudiants de la province.
Ici au Manitoba, les défis linguistiques sont énormes, surtout au niveau de l'apprentissage du français. Cela va faciliter les choses pour les apprenants. C'est aussi une tâche en moins pour nous autres, éducateurs, souligne-t-il en plaisantant.
Il indique toutefois que l'invariabilité du participe passé ne résoudrait pas, à elle seule, toutes les difficultés d'apprentissage. Bien qu'il ne considère pas cette proposition comme un nivellement par le bas, contrairement à certains, il émet des réserves quant à la rationalisation de la grammaire.
Personnellement, je ne suis pas contre ; mais à vouloir trop simplifier, on va perdre un peu de cette substance. Parce que la langue, elle est belle aussi lorsqu'elle est un peu plus complexe.
La crainte d'une perte de rigueur
Pour d'autres professionnels de la langue, cette proposition est beaucoup plus difficile à accepter. Guy Gagnon, enseignant de français pour adultes, juge cette recommandation tout simplement inacceptable et perçoit cette volonté de rationalisation comme un couteau à deux tranchants.
Il soutient que l'enseignement et la transmission du français, surtout en contexte minoritaire, nécessitent de la rigueur . Bien qu'il admette que la règle classique soit complexe, il rappelle que c'est en faisant des exercices et en l'expliquant de toutes sortes de façons qu'on arrive à l'inculquer aux apprenants.
Si j'étais en faveur de cette recommandation-là... le nouveau Bescherelle arrive l'an prochain. Puis ils disent : "OK, ben allons-y avec une autre règle grammaticale". Puis encore une fois, on va mettre un peu d'eau dans notre vin francophone, pour encore une fois diluer davantage notre langue.
Des jeunes Manitobains partagés
Le débat résonne également chez les jeunes francophones de Winnipeg, où les avis sont partagés entre efficacité et esthétisme.
Pour Pierre-Simon Gallays, employé à la librairie À la Page, une grammaire facile à suivre serait la bienvenue. Selon lui, rendre la langue plus logique et accessible est plus important que de la rendre plus décorée . Il estime d'ailleurs que cela faciliterait la tâche de beaucoup de gens qui apprennent le français comme langue seconde, comme les immigrants ou quiconque parle l'anglais comme langue première.
Un avis que ne partage pas tout à fait Sarah Ayala, étudiante manitobaine. Si elle concède qu'un tel changement pourrait faciliter l'apprentissage pour plusieurs, elle estime que la complexité de la grammaire fait partie intégrante du français.
Apprendre les règles, ça fait partie de la beauté de la langue. Les enlever, je crois que c'est comme enlever un petit morceau, confie celle pour qui trop simplifier enlève une couche à la langue. Ça lui enlève sa beauté et ce qui la rend plus unique, conclut-elle.

« Il y a plusieurs fédérations internationales de linguistes et d'enseignants qui considèrent que c'est une proposition très sérieuse et très valable », souligne Isabelle Laberge, directrice éditoriale du secteur pédagogique chez Hurtubiseé
Photo : Radio-Canada / Raoul Junior Lorfils
Pas encore une règle
Soutenue depuis 2014 par divers linguistes, cette proposition de réforme vise avant tout à alléger une règle comportant de très nombreuses exceptions, selon Mme Laberge. Mais la mention dans le Bescherelle 2026 n'est pas une nouvelle règle, insiste-t-elle.
Elle précise que cette inclusion dans le Bescherelle a une visée strictement informative , suggérée par leurs experts en réponse aux formulations de plusieurs fédérations.
Ce n'est pas du tout présenté comme une norme, explique-t-elle. La règle traditionnelle demeure celle qui est présentée comme la norme, donc on avait plutôt une visée informative par rapport à cette question de la réforme.
Pour les parents et les enseignants, il suffit d'utiliser le Bescherelle comme on l'a toujours fait. Il n'y a aucune modification de la règle actuelle.
La situation pourrait toutefois changer si cette recommandation venait à être officialisée. Le gouvernement manitobain n'avait pas réagi à notre demande de commentaire au moment de la publication de ce texte.
Autres nouveautés
Cette mention est une initiative propre à l'édition québécoise du Bescherelle, qui reflète l'usage ou la culture, ce qui se passe donc au Canada, au Québec , précise la directrice éditoriale.
Outre cette partie sur la réforme, la nouvelle mouture du manuel propose d'autres changements. Mme Laberge note un retour au vert emblématique de la couverture, une lisibilité améliorée, le déplacement des tableaux de conjugaison en début d'ouvrage et l'introduction de près de 100 nouveaux verbes, y compris des néologismes et des québécismes.


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