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L’entreprise Varme Energy, qui a lancé un projet de valorisation des déchets d’Edmonton, lance un cri de détresse à Ottawa. Selon son président-directeur général (PDG) Sean Collins, l’accord signé entre l’Alberta et le gouvernement fédéral à la mi-mai pourrait conduire à l’annulation du projet cet automne.
Cette entente a en effet modifié le système de tarification industrielle que le gouvernement fédéral avait mis en place. Au lieu d’un prix de 170 $ la tonne de CO2 en 2030, l’accord prévoit un prix de 130 $ la tonne en 2035.
Cette modification a complètement transformé la rentabilité du projet, explique Sean Collins. Sur 15 ans, c’est une différence de 200 millions de dollars de projections de revenus pour Varme Energy.
Nous sommes prêts à commencer la construction. Nous devons finir de financer le projet et maintenant la [politique] du gouvernement a beaucoup changé, déplore-t-il.

Varme Energy récupérerait tous les déchets solides d'Edmonton qui ne peuvent être recyclés ou compostés.
Photo : Ville d'Edmonton
L’entreprise, filiale de la société norvégienne Green Transition Holding, a signé un partenariat avec la Ville d’Edmonton pour récupérer 150 000 tonnes de déchets qui finissent d’ordinaire au dépotoir. L’usine prévue vise à convertir ces déchets en électricité.
En plus d'éviter des émissions de méthane au dépotoir, le projet est associé à une installation de capture et stockage du carbone qui permettrait de séquestrer 200 000 tonnes de CO2 par an, selon Varme Energy.
Si les crédits d’impôt couvrent les investissements pour la construction de l’installation, Sean Collins affirme que l’usine a besoin de pouvoir vendre ses crédits carbone aux alentours de 118 $ la tonne pour être rentable.
Nous nous sommes lancés en 2021-2022 sur la base du signal de prix que le gouvernement fédéral a mis en place, explique Sean Collins. Nous avons besoin de politiques favorables et maintenant il n’y a plus de politiques favorables.
Deux visions opposées de l'entente
En plus des changements au prix affiché de la tonne de carbone, l’accord Alberta-Ottawa a créé un prix plancher pour le carbone, à savoir un prix minimum auquel les crédits carbone peuvent être vendus sur le marché. Ce prix plancher commence à 60 $ la tonne en 2030.

En plus de la tarification carbone, l'entente signée le 15 mai par Mark Carney et Danielle Smith ouvre la voie à la construction d'un nouveau pipeline.
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Dans une réponse par courriel, la porte-parole de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique indique que ce prix plancher et le cadre fédéral-provincial donnent aux entreprises la confiance nécessaire pour bâtir au Canada.
L'accord reflète un engagement partagé par les deux gouvernements en faveur d'un marché du carbone robuste et prévisible qui soutient l'investissement, réduit les émissions et maintient la compétitivité de l'industrie canadienne, écrit Emily Jackson.
Ross Linden-Fraser, chercheur à l’Institut climatique du Canada, s’attend toutefois à une diminution des projets de réduction d’émissions depuis le dévoilement de l’accord.
Le prix plancher représente une amélioration, mais [il] commence juste en 2030 et pas tous les crédits carbone seront assujettis à ce prix plancher, souligne-t-il.
Un « coup de crayon » potentiellement fatal
L’entreprise Varme Energy n’est d’ailleurs pas la seule à s’inquiéter des changements de la tarification carbone industrielle.
TorchLight Bioresources a démarré les études pour lier un projet de capture et de stockage du carbone à une usine de pâte à papier de Hinton, dans le centre ouest de l’Alberta. Le projet est évalué à 2 milliards de dollars.
Le PDG de l'entreprise, Jamie Stephen, n’est pas seulement inquiet par la baisse du prix de la tonne de carbone, mais aussi par la rapidité avec laquelle des gouvernements peuvent ébranler un plan d’affaires. Cela prouve qu'il existe un risque important de changement d’un simple coup de crayon.
[Cela] signifie au fond qu'aucun investisseur n'a la garantie qu'il y aura un prix maintenu.
Des solutions proposées
Jamie Stephen attend lui aussi des preuves qu’Ottawa croit en la viabilité financière des projets de capture et stockage du carbone.
Il propose que le gouvernement fédéral devienne l’acheteur garanti des crédits carbone et les vende aux émetteurs industriels, ce qui permettrait de garantir un prix assez élevé.
La valeur du produit est l’élimination du dioxyde de carbone. Peu importe l'ampleur du soutien financier, s'il n'y a personne pour acheter le produit, il n'y a tout simplement pas d'activité commerciale viable, estime-t-il.

Sean Collins est le PDG de Varme Energy, la filiale canadienne de la société norvégienne Green Transition Holding AS.
Photo : fournie par Rory Wheat
Le PDG de Varme Energy souhaite quant à lui que le gouvernement fédéral autorise des entreprises, comme la sienne, à participer au marché des combustibles propres. Les crédits sur ce marché se vendent à un prix 10 fois plus élevé.
Nous avons adressé des demandes directes au gouvernement pour qu'il évalue ces possibilités, et nous espérons qu'il y répondra favorablement, a dit Sean Collins.
Pour sa part, la Ville d’Edmonton n’est pas impliquée dans la construction de l’installation de valorisation des déchets.
Même si cette installation et cet accord permettraient de progresser vers les objectifs de traitement et de détournement du Service des déchets, la valorisation énergétique n'est qu'un des leviers utilisés par la Ville pour gérer les déchets résidentiels, a indiqué André Joseph, directeur du traitement durable des déchets à la Ville d’Edmonton.
Avec des informations de Kyle Bakx


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