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Il faut prendre en compte le profil des consommateurs, et pas seulement celui des bâtiments, pour concevoir des politiques énergétiques qui soient efficaces et équitables, conclut une étude de l’Université Concordia parue mardi.
« Ce ne sont pas que les bâtiments qui consomment de l’énergie, ce sont aussi les gens », résume en entrevue au Devoir l’auteur principal de l’étude, Masood Shamsaiee. Deux immeubles semblables habités par des individus aux profils distincts peuvent afficher des consommations très différentes. « C’est pourquoi les politiques doivent être orientées vers les individus. »
Dans un contexte où la demande en électricité augmente et où les efforts en efficacité énergétique se multiplient, il est important de mieux gérer sa consommation, explique l’étudiant au doctorat en génie du bâtiment. Or, « les programmes conçus pour gérer la consommation utilisent des moyennes généralisées », ce qui peut nuire à leur efficacité, dit-il. De plus, « ils peuvent désavantager les gens qui ont moins de flexibilité, ce qui peut s’avérer inéquitable ».
Pour en arriver à ces conclusions, M. Shamsaiee et la professeure Ursula Eicker, coautrice de l’étude, ont étudié les données de consommation horaire d’électricité d’Hydro-Québec et du recensement 2021 de Statistique Canada pour les quartiers des villes de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières.
Ceci explique cela
L’analyse a permis d’établir des liens entre la consommation d’électricité et certaines caractéristiques sociodémographiques. Par exemple, on constate que les quartiers comprenant des ménages plus aisés ont consommé davantage d’électricité, tout comme les secteurs avec des résidents plus âgés, ces derniers passant plus de temps chez eux.
Les secteurs où la population est plus dépendante de l’automobile et où une proportion plus grande de travailleurs a un emploi à temps plein sont quant à eux corrélés avec une plus grande consommation d’électricité en périodes de pointe (avant et après le travail).
D’autres facteurs sont plutôt liés à une consommation d’électricité plus faible. C’est notamment le cas des quartiers avec de plus grandes proportions de ménages issus de l’immigration, de résidents plus jeunes et de ménages moins aisés financièrement.
Les chercheurs ont aussi noté que, dans les secteurs où les ménages étaient plus défavorisés, les systèmes de chauffage étaient activés plus tôt lors de la saison froide. Un comportement qui pourrait être dû à des immeubles moins bien isolés.
Des politiques plus équitables
Lier la consommation d’électricité au profil sociodémographique permet le développement de politiques mieux adaptées à la situation de chaque individu, ce qui les rend plus efficaces et plus équitables. « L’approche uniforme ne fonctionne pas, ou du moins, elle pourrait être améliorée », soutient Masood Shamsaiee.
Par exemple, un tarif d’électricité plus élevé lors des périodes de pointe pourrait désavantager les personnes qui ne sont pas en mesure de répartir leur consommation autrement, comme les navetteurs. Ce type de consommateur pourrait bénéficier de mesures mieux adaptées à sa situation pour réduire sa consommation, par exemple, de l’aide pour adopter une technologie de stockage d’énergie, explique M. Shamsaiee.
Les exemples d’adaptation de programmes énergétiques sont nombreux. Des secteurs avec une consommation de base importante pourraient bénéficier du remplacement d’électroménagers et de l’installation de thermostats intelligents. Là où les systèmes de chauffage sont plus sollicités, le remplacement de fenêtres et l’installation de thermopompes pourraient être priorisés. Bref, l’objectif est de trouver la bonne solution au bon endroit, conclut l’étude publiée dans la revue Energy and Buildings.


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