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Une Montréalaise refusée l’entrée dans un bar de Calgary après un malaise à Winnipeg

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Des experts en protection de la vie privée se disent préoccupés après qu'un bar de Winnipeg a signalé une femme comme représentant un risque pour la sécurité publique à l'échelle nationale via son système de lecteurs de pièces d'identité.

Alexandra, une avocate montréalaise, s’est vue refuser l’entrée dans un bar lors du Stampede de Calgary après que l’établissement a numérisé son permis de conduire. On lui indique qu’un dossier criminel est associé à sa pièce d’identité.

Je pense que si j'avais un casier judiciaire, je serais sûrement au courant.

Mention éditoriale

CBC/Radio-Canada n'utilise que le prénom d'Alexandra, car elle craint que son histoire ne lui occasionne des répercussions professionnelles.

Convaincue qu’il s’agit d’une erreur, elle se présente à nouveau le jour suivant au même bar et présente, cette fois, sa carte d’assurance maladie. On lui refuse une fois de plus l’entrée, indiquant qu’elle est identifiée par le système comme un sérieux risque pour la sécurité publique.

Un écran du système de lecteur de pièces d’identité Patronscan. On peut y lire qu’Alexandra a été identifiée par le Riverside comme un «sérieux» risque pour la sécurité publique le 6 juin 2026, parce qu’elle est allée dans la salle de bains des hommes et qu’elle a refusé de partir.

Alexandra a été identifiée comme un «sérieux» risque pour la sécurité publique le 6 juin 2026, par un employé du bar Riverside à Winnipeg.

Photo : Alexandra

On lui montre l’écran du système de la compagnie Patronscan. Le signalement provient d’un bar de Winnipeg, le Riverside, et remonte au 6 juin. Les détails du signalement indiquent qu’elle est allée dans la salle de bains des hommes et qu’elle a refusé de partir.

Cela m'a surprise, parce que A, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un acte criminel, et B, je ne reconnais pas ces faits.

Le souvenir qu’Alexandra garde de cette soirée est très différent. Elle se souvient qu’on a numérisé son permis de conduire à l’entrée du bar. Je n'ai pas demandé pourquoi ils numérisaient ma pièce d'identité.

Elle explique ne pas avoir été surprise par la chose, puisqu’au Manitoba, les magasins d’alcool provinciaux ont aussi des lecteurs de pièces d’identité.

Après une ou deux consommations, j’ai commencé à me sentir assez mal. Je suis allée aux toilettes les plus proches, pensant que j'allais peut-être vomir, se souvient-elle. Au bout de quelques minutes, j’ai entendu frapper à la porte. J’ai répondu : « Donnez-moi juste une minute », en tentant de me ressaisir.

Quelques minutes plus tard, lorsqu’elle sort et un agent de sécurité lui demande de partir. Elle lui répond qu’il n’a pas besoin de s’en faire. J'avais l'intention de quitter le bar pour prendre un Uber, car je ne me sentais manifestement pas bien et j'avais besoin de rentrer chez moi, relate-t-elle.

Bien que cette interaction l’ait un peu choquée, elle ne s’imaginait pas que l’incident lui vaudrait d’être bannie de bars partout au Canada et peut-être même ailleurs dans le monde.

Un vaste réseau de partage de données

Les deux établissements concernés font partie du réseau de Patronscan. Selon le site Internet de l’entreprise de Calgary, ce service évite aux établissements d’avoir à communiquer entre eux pour signaler des clients problématiques ou pour partager des rapports d’incidents.

Un porte-parole de Patronscan a déclaré dans un courriel envoyé à CBC-Radio-Canada que, si aucun incident ne survient, les informations recueillies, lors de la numérisation, sont supprimées dans un délai de 21 jours au Manitoba.

Selon Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, une organisation doit informer les personnes concernées en termes simples et clairsdes fins auxquelles leurs données sont recueillies, de l'usage qui en sera fait et si elles seront communiquées à un tiers.

Un panneau Patronscan est bel et bien affiché à l’entrée du Riverside. Il se trouve toutefois sous le lecteur de pièces d’identité, sous le niveau des yeux.

Le nom, la date de naissance, le sexe, le code postal et la photo d’une personne jugée violente ou indésirable du point de vue de la sécurité peuvent être conservés et communiqués à d’autres établissements participant au programme Patronscan, indique le panneau.

 «Votre sécurité est importante pour nous. Cet établissement procédera à la numérisation de votre pièce d'identité, conformément à la législation sur la protection de la vie privée, à des fins de sécurité et afin de vérifier votre âge.
Si vous n'êtes impliqué dans aucun incident, vos données personnelles seront définitivement supprimées dans un délai de 21 jours. S'il est établi, au cours de cette période de 21 jours, que vous présentez un comportement violent

Alexandra dit ne pas l’avoir vu l’écriteau de Patronscan lors de sa visite au Riverside.

Photo : Alexandra

La sécurité au prix de la vie privée

L’information qui y figure est toutefois insuffisante, selon la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit et politiques de l'information de l’Université d’Ottawa, Teresa Scassa. On n’y mentionne pas que des incidents spécifiques seraient communiqués à d’autres établissements. Or, dans le cas d’Alexandra, le bar de Calgary a pu prendre connaissance des détails de l’incident, explicite-t-elle.

Teresa Scassa réagit au micro de Brigitte Bureau

La titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit et politiques de l'information de l’Université d’Ottawa, Teresa Scassa, recommande de poser plus de questions lorsqu’un établissement demande de numériser une pièce d’identité.

Photo : Radio-Canada

La chercheuse souligne aussi que l’avis ne précise pas que les données sont conservées par un tiers, et qu’il n’est pas clair avec combien d’établissements ces informations peuvent être partagées, ni quelle est leur zone géographique.

Le site Internet de Patronscan indique que son système est utilisé dans le monde entier.

Si le Bureau du Commissaire à la protection de la vie privée menait une enquête à ce sujet, je pense que ce sont là quelques-uns des points qu’il examinerait, ajoute Teresa Scassa.

Alexandra compte déposer une plainte officielle auprès du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

Le Riverside, pour sa part, a déclaré dans un courriel à CBC-Radio-Canada qu’il s’agissait d’une erreur administrative spécifique . Le signalement aurait dû rester interne et non être communiqué au réseau de Patronscan. Il affirme que la situation a été corrigée et que le bar a revu ses procédures avec son personnel.

Alexandra espère que raconter son histoire éveillera les consciences et améliorera les remparts de la protection des données personnelles. Si ses connaissances juridiques lui permettent de se défendre, elle craint que de telles pratiques systémiques ne demeurent invisibles.

Avec des informations de Kristin Annable

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