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Jeudi, le trio d'artistes formé du metteur en scène Richard Kalisz, du comédien Sam Touzani et du réalisateur Luc Dardenne organise une marche dans le quartier des Marolles en souvenir de la rafle du 3 septembre 1942. "Arrivé à la fin de ma vie, explique Richard Kalisz à l'origine de l'initiative, j'ai voulu faire quelque chose pour le devoir de mémoire."
Le déclic, c'est le retour d'une forme assumée d'antisémitisme dans la société. "J'ai connu un antisémitisme tabou, caché par la Shoah, expose le metteur en scène. Maintenant, il ne se cache plus." D'où cette évidence de rappeler le passé précisément là où il a montré sa face la plus tragique : dans le quartier des Marolles où vivaient de nombreux Juifs qui avaient fui l'Allemagne et certains pays de l'Est. Et où a eu lieu la principale grande rafle à Bruxelles, le 3 septembre 1942. Une rafle à laquelle les parents de Richard Kalisz ont échappé car, pressentant le sort que les Allemands allaient réserver aux Juifs, ils avaient gagné la Suisse.
Sortir de l'entre-soi
"L'idée principale de la marche, poursuit Richard Kalisz, c'est d'aller au-delà de l'entre-soi et impliquer des non-juifs. La mémoire ne pourra se perpétuer que si on s'étend aux non-juifs." Et c'est avec cette volonté de sortir de l'entre-soi que les trois hommes ont pensé la commémoration de ce mercredi.
La marche – intitulée "Le dit des morts aux vivants" – prendra son départ au centre Breughel vers 19 heures pour rejoindre la rue des Tanneurs non loin de là. Le cortège parcourra la rue jusqu'au Palais du vin à l'autre extrémité où se clôturera la commémoration, en musique notamment. Durant le trajet, il marquera trois arrêts – devant l'Entr'Aide sociale des Marolles, devant le théâtre des Tanneurs et au palais du vin où une dizaine d'artistes de renom feront résonner la mémoire des déportés qui ont un pavé à leur nom dans la rue. Le chant du peuple juif assassiné, un poème écrit par Yitskhok Katzenelson, après trois ans de lutte dans le ghetto de Varsovie sera également joué.
Il y a 70 ans, les rafles à Bruxelles entre ténèbres et lumièresUne date charnière
La rafle du 3 septembre 1942 dont le souvenir sera ainsi exhumé ce mercredi est une date charnière dans l'histoire de la déportation des Juifs en Belgique. D'abord, parce que c'est la seule rafle à grande échelle menée par l'occupant à Bruxelles. Il y a en a eu une autre un an plus tard. "Mais elle n'était pas concentrée dans un quartier ni même à Bruxelles", précise Chantal Kesteloot, historienne et chercheur au Centre d'études Guerre et Société (Cegesoma).
La rafle du 3 septembre 1942, elle, se fait uniquement dans le quartier des Marolles. Et elle s'inscrit dans un contexte particulier. "C'est le début de la traque des Juifs en Belgique en vue de leur déportation, explique encore l'historienne. Les Juifs sont alors assignés à résidence dans les quatre villes principales du pays. Une première rafle a lieu à Anvers. La seconde, le 3 septembre 1942, se fait à Bruxelles."
Contrairement à ce qui s'est passé à Anvers, la police bruxelloise ne participe pas à la rafle. Fort de l'appui de la conférence des bourgmestres de Bruxelles, le bourgmestre faisant fonction, Jules Coelst, va refuser d'y impliquer les forces de police de la ville. Ce n'est pas la première fois que les autorités bruxelloises refuseront de collaborer avec l'occupant. En mai 1942, le même Jules Coelst avait refusé d'organiser la distribution des étoiles aux Juifs de Bruxelles – au contraire de son homologue anversois. "Mais, précise Chantal Kesteloot, avant cela, les autorités communales étaient plutôt dans une forme d'acceptation des demandes allemandes, notamment, à l'automne 1941, dans la phase d'enregistrement des Juifs."
"Le thème du nazisme suscite énormément de clics" : derrière le flot d'images falsifiées, l'argent et le révisionnismeUne année de bascule
Le climat peut pour partie expliquer le changement d'attitude des autorités communales. "La victoire de l'Allemagne n'est plus une certitude comme elle pouvait l'être en 1940. On est aussi dans une année de bascule. L'occupant intervient de manière de plus en plus nette dans la gestion des communes. C'est à ce moment que les grandes agglomérations sont mises en place : le Grand Liège, le Grand Charleroi, et puis le grand Bruxelles, le 27 septembre 1942, donc grosso modo trois bonnes semaines après la rafle. Les bourgmestres ont du mal à l'accepter."
Le refus des bourgmestres va contraindre les Allemands à organiser eux-mêmes l'opération. Il explique pourquoi la rafle sera concentrée dans quelques rues dans les Marolles alors que des Juifs habitent évidemment ailleurs dans Bruxelles. "Mais, ce jour-là, il y aura quand même 718 Juifs arrêtés puis déportés dans les camps de concentration via la caserne Dossin. Seuls 18 d'entre eux en reviendront."
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