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Une bascule s'est opérée dans la consommation dangereuse d'alcool chez les adolescents. Depuis 2020, les jeunes filles sont plus souvent victimes d'un coma éthylique que les garçons, alors que c'était systématiquement l'inverse précédemment.
La députée fédérale Nawal Farih (CD & V) s'est récemment alarmée des résultats d'une étude de l'université d'Anvers indiquant que, chaque année, près de 150 jeunes de 10 à 17 ans se retrouvaient aux urgences dans la cité portuaire "en raison d'une intoxication alcoolique aiguë", écrit-elle dans une question parlementaire adressée au ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit).
Une évolution chez les garçons
Ce dernier a pu lui fournir des statistiques portant sur les admissions aux urgences qui sont suivies d'un séjour hospitalier. Il s'agit donc des cas les plus graves d'intoxication alcoolique, tels que les comas éthyliques. De manière générale, les chiffres portant sur l'ensemble de la population sont stables ces dernières années, note le ministre. "Le nombre d'hommes hospitalisés reste systématiquement supérieur à celui des femmes, et cet écart demeure relativement constant au fil des années", ajoute-t-il.
Par contre, lorsque l'on zoome sur les moins de 18 ans, "on constate que depuis 2020, la proportion [entre] jeunes garçons [et] jeunes filles s'est inversée pour l'admission dans un service d'urgences pour intoxication alcoolique. En effet, les jeunes filles représentaient environ 45 % des jeunes admis jusqu'en 2019. Cette proportion s'élève à plus de 50 % depuis 2020."
On constate depuis un certain temps une augmentation des comportements à risque chez les filles, notamment les assuétudes.
Le Service public fédéral (SPF) Santé publique a fourni à La Libre des statistiques plus détaillées sur les admissions des mineurs (0-17 ans) de 2016 à 2024 (derniers chiffres disponibles). Il apparaît que l'augmentation de la part des jeunes filles admises aux urgences pour une intoxication alcoolique s'explique principalement par une diminution du nombre de garçons concernés, tandis que le nombre de filles reste relativement stable sur plusieurs années (malgré des fluctuations parfois importantes).
Nombre d'admissions des 0-17 ans pour intoxication alcoolique dans les services d'urgences par sexe ©IPM Graphics / Didier LorgeCes chiffres tendent à confirmer deux tendances observées par les spécialistes. D'une part, la consommation d'alcool chez les jeunes stagne, voire diminue un peu. D'autre part, il y a eu une évolution culturelle dans le rapport des filles à l'alcool faisant qu'elles en consomment de manière plus décomplexée que par le passé.
Les méfaits de l'alcool sur la santé
"On constate depuis un certain temps une augmentation des comportements à risque chez les filles, notamment les assuétudes. Cela concerne l'alcool, mais aussi la cigarette, par exemple, commente Etienne Quertemont, professeur de psychologie des addictions à l'Université de Liège et doyen de la Faculté de psychologie. Longtemps, ces comportements étaient essentiellement masculins. On les retrouve maintenant aussi chez les filles."
"Dans notre société, la consommation d'alcool est un comportement normatif. La norme, c'est de boire de l'alcool. Si vous n'en buvez pas, vous devez vous justifier, poursuit-il. Et chez les jeunes, la pression des pairs est un phénomène bien connu, qui s'exerce chez les filles de la même manière que chez les garçons. Dans le passé, les filles étaient plus protégées dans le rapport à l'alcool. Une fille en état d'ivresse était considérée comme une fille de mauvaises mœurs, une fille facile. Ce genre de choses a disparu, et heureusement. Mais ce n'est pas sans conséquences sur la santé."
Si vous consommez très jeune de l'alcool de manière régulière, vous préparez votre alcoolisme.
"Plus vous vous habituez à consommer de l'alcool de façon précoce, plus vous augmentez le risque d'en consommer de manière problématique plus tard. Pour le dire autrement : si vous consommez très jeune de l'alcool de manière régulière, vous préparez votre alcoolisme…"
Dans ce contexte, le Pr Quertemont dit soutenir l'évolution du message de sensibilisation accompagnant les publicités pour l'alcool. Plutôt que d'indiquer "L'abus d'alcool nuit à la santé", il sera dorénavant mis "L'alcool nuit à la santé". Ce message a provoqué la semaine dernière une levée de boucliers des brasseurs belges, soutenus notamment par des élus MR et N-VA. "Je suis favorable à ce message parce que c'est la stricte réalité scientifique, conclut Etienne Quertemont. Il y a un consensus scientifique pour dire que l'alcool est mauvais pour la santé, et ce, dès le premier verre."
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