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Une expédition canadienne dévoilera les secrets de deux épaves légendaires

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Deux épaves mythiques de l'exploration polaire s'apprêtent à être révélées sous un nouveau jour grâce à la fine pointe de la technologie. À près de 400 mètres de profondeur, dans les eaux de la mer du Labrador, l'épave du Quest, pourrait bientôt donner naissance à son jumeau numérique… si les conditions en mer le permettent.

Découverte en 2024 à moins de 500 mètres des côtes sud du Labrador, l'épave du Quest fait aujourd'hui l'objet d'une expédition qui mélange science et histoire de 21 jours, amorcée la semaine dernière au Massachusetts.

Financée par la Société géographique royale du Canada et des dons, cette mission vise à réaliser l'enregistrement numérique le plus détaillé jamais effectué de ce navire disparu en 1962, qui transportait le célèbre explorateur de l'Antarctique Sir Ernest Shackleton lors de sa dernière expédition.

À l'aide d'une technologie canadienne d'imagerie sous-marine développée par Voyis, une entreprise de Waterloo, en Ontario, les chercheurs espèrent produire un jumeau numérique en haute résolution, c'est-à-dire un modèle tridimensionnel d'une précision exceptionnelle de l'épave.

Une fois cette mission terminée, l'équipe mettra le cap vers une seconde épave emblématique: le Terra Nova, située à une trentaine de kilomètres au sud de la côte continentale du Groenland. C'est ce navire qui conduisit l'explorateur britannique Robert Falcon Scott vers l'Antarctique lors de sa célèbre expédition.

L'objectif est qu'un jour chacun puisse découvrir le Quest sans avoir à descendre à près de 390 mètres de profondeur dans la mer du Labrador, explique John Geiger, PDG de la Société géographique royale du Canada.

Antoine Normandin, John Geiger et David Mearns souriants sur un bateau, un drapeau naval à la main.

De gauche à droite : Antoine Normandin, John Geiger et David Mearns.

Photo : Gracieuseté : Société géographique royale du Canada

Sans aucun doute, c'est l'expédition la plus ambitieuse que nous ayons jamais organisée.

Une expédition unique et des images très attendues

CBC est le seul média canadien à bord de l'Atlantis, le navire de recherche chargé de cette mission vers les deux épaves. Le diffuseur offrira une couverture exclusive depuis le navire alors que les scientifiques entreprendront l'exploration des vestiges.

Cette expédition illustre une évolution majeure en archéologie sous-marine, plutôt que de remonter des épaves fragiles à la surface, les chercheurs privilégient désormais leur documentation numérique afin d'en préserver l'intégrité tout en les rendant accessibles à la recherche et au grand public.

Pour David Mearns, chasseur d'épaves et coresponsable scientifique de l'expédition, l'occasion de créer des archives numériques d'une précision inégalée du Quest et du Terra Nova est tout simplement exceptionnelle.

C'est le genre d'occasion qui ne se présente qu'une fois par génération. On n'a pas souvent la possibilité de faire cela.

Selon lui, Sir Ernest Shackleton est l'un des explorateurs de l'Antarctique les plus célèbres de l'histoire. Il est mort d'une crise cardiaque à bord du Quest en janvier 1922, alors que l'expédition était ancrée près de la Géorgie du Sud, une île montagneuse isolée située à environ 1400 kilomètres au sud-est des îles Falkland.

Ernest Shackleton

En 1915, Ernest Shackleton tente de terminer la première traversée de l'Antarctique.

Photo : Getty Images

Après sa mort, ce navire en bois continua de naviguer pendant quatre décennies. Il servit notamment dans la Marine royale canadienne durant la Seconde Guerre mondiale avant de reprendre du service comme navire de chasse au phoque, activité au cours de laquelle il fit naufrage au large du Labrador en 1962.

Les chercheurs espèrent que cette expédition permettra de déterminer ce qui a survécu, ce qui a changé, et ce que l'épave, ainsi que le champ de débris de près de 300 mètres qui l'entoure, peut révéler.

Mais avant même de répondre à ces questions, David Mearns souhaite valider que l'épave qu'il examine est bien celle du Quest.

Ce que je veux vraiment voir, c'est le nom Quest.

Même si les chercheurs sont, selon ses mots, certains que le navire découvert au fond de la mer du Labrador en 2024 est bel et bien le Quest, ils veulent obtenir la preuve photographique que seules les caméras peuvent fournir.

Lorsqu'il a coulé, l'abandon du navire s'est déroulé de manière contrôlée. Une voie d'eau dépassait les capacités des pompes. Tout le monde a pu évacuer sainement. D'autres navires étaient présents pour porter assistance. On a même photographié le Quest dans ses tout derniers instants.

Un navire reconstruit en pixels

Pour répondre à ces questions, l'expédition s'appuiera sur une combinaison de lasers, de caméras stéréoscopiques et de logiciels capables d'assembler des millions d'images afin de produire un modèle tridimensionnel, ou jumeau numérique.

Un véhicule sous-marin télécommandé effectuera un balayage complet du navire de 34 mètres ainsi que des débris environnants.

L’entreprise ontarienne, Voyis, spécialisée dans l'imagerie sous-marine, n'en est pas à son premier projet prestigieux. Elle a déjà utilisé une technologie similaire pour contribuer à la création de modèles numériques du Titanic et de l'Endurance, le plus célèbre navire de Shackleton.

Des personnes à bord d'un bateau sont sur le point d'envoyer une caméra sous l'eau.

Un véhicule sous-marin télécommandé effectuera un balayage complet du navire de 34 mètres ainsi que des débris environnants.

Photo : CBC/ Peter Cowan

Cette technique, appelée photogrammétrie, permettra d'assembler en temps réel un modèle tridimensionnel et donnera aux chercheurs la possibilité de vérifier presque immédiatement si toutes les données nécessaires ont été recueillies.

Malgré tout l'enthousiasme entourant cette mission, son succès est loin d'être garanti.

Le documentariste Zach Melnick, de Inspired Planet Productions, a passé des centaines d'heures à piloter des véhicules sous-marins télécommandés.

Plus tôt cette année, lui et sa partenaire Yvonne Drebert ont exploré le lac Supérieur à des profondeurs dépassant 400 mètres. En 2023 , ils avaient découvert l'Africa, un cargo américain disparu dans une violente tempête sur le lac Huron en 1895.

Selon lui, la mer du Labrador ajoutera une importante part d'incertitude à l'expédition du Quest.

Même lorsque les conditions météorologiques sont idéales en surface, explique-t-il, celles qui règnent en profondeur peuvent être totalement différentes.

Les courants de la mer du Labrador sont réputés pour être extrêmement puissants. Les membres de l'expédition ne le sauront peut-être qu'une fois sur place.

Imaginez devoir descendre un câble sur 400 mètres. La pression exercée par les courants sur cette ligne est énorme. C'est un facteur qui les préoccupera constamment.

Les premières images devraient être disponibles cette semaine, si tout se passe bien.

Avec les informations de Colin Butler et de Peter Cowan, de CBC

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