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France 19/05/2026 07:44 Actualisé le 19/05/2026 08:30
Le chanteur de 67 ans est accusé de viol par Ophélie Fajfer, âgée de 19 ans au moment des faits présumés, qui se seraient déroulés en Provence en 2015.
Par Maxime Dhuin avec AFP

YOHAN BONNET / AFP
Une enquête rouverte contre Bruel pour viol, trois ans après le classement sans suite de la plainte. (photo d’illustration)
La justice n’en a pas fini avec Patrick Bruel. Plus de trois ans après le classement sans suite d’une plainte pour viol visant le chanteur, le parquet de Nanterre a annoncé lundi 19 mai la réouverture d’une enquête contre l’artiste. Ce dernier est mis en cause par plusieurs femmes pour violences sexuelles, dont l’animatrice de télévision Flavie Flament.
L’enquête rouverte avait pour origine une plainte déposée en 2021 pour des faits dénoncés remontant à 2015 impliquant l’artiste de 67 ans. La plaignante, Ophélie Fajfer, était âgée de 19 ans au moment des faits, a affirmé lundi sur BFMTV son avocate, Me Myriam Guedj Benayoun. Le viol qu’elle dénonce se serait déroulé dans le lieu de villégiature de Patrick Bruel à L’Isle-sur-la-Sorgue en Provence.
Alors jeune compositrice, Ophélie Fajfer s’était rendue sur place en espérant obtenir des conseils professionnels de la part du chanteur, rencontré sur le tournage d’un clip des Enfoirés. Elle avait raconté en avril au média Elle que Patrick Bruel l’avait d’abord embrassée de force, puis lui avait imposé une pénétration digitale et l’avait poussé à le masturber alors qu’ils se trouvaient tous les deux dans sa piscine.
« Nous allons déposer de nouvelles plaintes pour viol » contre Patrick Bruel « dans les jours qui viennent », a annoncé l’avocate de Flavie Flament, Me Corinne Herrmann, ce mardi au micro de France Inter. Les plaignantes « viennent au soutien de Flavie [Flament], qui est venue à leur soutien », a-t-elle poursuivi, précisant qu’elles « sont entrées en contact avec nous en tant qu’avocat pour qu’on construise leur plainte ».
Des faits présumés qui vont des « gestes déplacés » au viol
Le parquet de Nanterre a par ailleurs indiqué qu’une plainte avec constitution de partie civile pour viols et agression sexuelle a été déposée mardi par deux victimes auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre. Elle « fait suite à une première enquête classée sans suite [...] le 22 décembre 2020 au motif que les infractions dénoncées apparaissaient insuffisamment caractérisées », a précisé le ministère public.
Cinq femmes ont indiqué, dans le cadre de cette procédure, avoir subi « une attitude ou des gestes déplacés lors de massages pratiqués à l’occasion de concerts entre 2008 et 2019 », a ajouté le parquet, indiquant que les faits dénoncés sont qualifiés d’agression ou d’exhibition sexuelle en droit pénal. Deux autres femmes ont dénoncé des viols en 2000 et 2010, selon cette même source.
En plus de la procédure rouverte, le parquet de Nanterre est déjà saisi de trois enquêtes pour viols mettant en cause Patrick Bruel pour des faits qui auraient eu lieu en 1997, 2000 et 2008. Toutes les investigations sont menées par le premier district de police judiciaire de la préfecture de police de Paris. Une enquête judiciaire a également été ouverte en Belgique après une plainte enregistrée fin mars pour une agression sexuelle présumée à Bruxelles.
Patrick Bruel conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Dans une publication sur Instagram dimanche, il a affirmé n’avoir « jamais forcé une femme », « drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit » et a nié s’être « jamais servi de (sa) notoriété pour abuser de quiconque et obtenir des relations non consenties ».
Flament « sans voix » face à la défense « insultante » de Bruel
Réagissant spécifiquement aux accusations de Flavie Flament, qui a déposé plainte contre lui pour un viol à Paris commis en 1991 alors qu’elle était adolescente, Patrick Bruel a assuré que leur relation « ne fut ni violente, ni contrainte, ni sournoise ». Il dit s’étonner qu’elle l’accuse « soudainement aujourd’hui », semblant impliquer que prendre la parole des décennies après les faits présumés est suspect – un argument de défense classique, mais sans fondement.
L’animatrice a réagi dans un entretien enregistré samedi et diffusé lundi sur le site Mediapart. « Je suis un peu sans voix », a-t-elle confié, en réponse aux propos de l’avocat de Patrick Bruel, Me Christophe Ingrain, qui l’accuse « d’utiliser l’arme pénale comme un symbole ». « Considérer que j’utilise le pénal pour faire avancer une cause qui est aussi importante pour moi avec le passé qui est le mien, avec l’engagement qui est le mien, est insultant à mon endroit et pour toutes les femmes qui se battent », a-t-elle ajouté.
L’animatrice télé et radio est devenue l’une des figures en France de la lutte contre les violences faites aux enfants, après avoir révélé il y a dix ans avoir été violée par le photographe David Hamilton, près de 30 ans auparavant, un délai trop long pour que la plainte soit instruite. Ce dernier avait nié les faits, et avait été retrouvé mort peu après, à son domicile parisien, la piste d’un suicide étant privilégiée.
Actuellement à l’affiche de la pièce « Deuxième partie » de Samuel Benchetrit, Patrick Bruel doit entamer le 16 juin une tournée qui le mènera dans de nombreuses villes françaises, en Suisse, en Belgique et au Canada. Une pétition, soutenue par des associations féministes et qui avait recueilli plus de 20 000 signatures lundi après-midi, demande l’annulation de ces concerts.


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