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Le 9 juin dernier, Paul St-Pierre Plamondon a fait une sortie médiatique remarquée en annonçant que le Parti québécois (PQ) se retirera du projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto s’il est porté au pouvoir aux prochaines élections. Il a expliqué que le Québec pourra ainsi consacrer sa part de la cagnotte, qu’il estime à 40 milliards de dollars, à d’autres besoins urgents.
Oui, le Québec a des besoins urgents en santé, en éducation et en infrastructures, c’est un fait avéré et vérifiable. Tout le contraire de ces fameux 40 milliards remis en doute par les experts. Et pour cause. Ces milliards anticipés proviennent du fédéral, dans le cadre d’un projet fédéral. Si mes pauvres connaissances en dynamique canadienne sont exactes, cet argent ira ailleurs et surtout pas dans les poches du gouvernement du Québec s’il choisit de dire non au TGV. L’argument péquiste ne tient pas la route ou, si vous me permettez une autre analogie routière, est condamné à tomber dans l’abîme d’un de nos célèbres nids-de-poule.
L’autre argument avancé pour lever le nez sur le TGV, c’est qu’il fait partie d’un plan plus large destiné à consolider l’unité canadienne. Il y a certainement du vrai ici, mais c’est aussi un peu trop binaire à mon goût. Ce n’est quand même pas un train qui va empêcher le Québec de devenir un pays. Les entreprises vont continuer à collaborer quand il y aura deux pays, comme il y aura encore des événements culturels et sportifs qui vont s’échanger des spectateurs. S’imaginer qu’un TGV entre Toronto et Québec nuirait à notre projet de pays véhicule une vision isolationniste que j’ai peine à comprendre.
Pensez à l’Eurostar, dont les trains relient de grandes capitales d’Europe. Lors d’une tournée solo, j’ai pu jouer à Paris, puis j’ai pris l’Eurostar pour aller jouer à Londres. Ensuite, de nouveau l’Eurostar pour aller performer à Bruxelles. En terminant, j’ai pris le Thalys (avalé depuis par Eurostar) pour revenir à Paris et filer, toujours en TGV, vers Bordeaux. Tout ça fonctionnait très bien malgré le Brexit. J’aurais pu faire cette tournée en avion. Mais je n’aurais pas gagné de temps, à cause des contrôles de sécurité, des temps d’attente à l’embarquement, des trajets entre les aéroports et les centres-villes, entre autres. Je n’aurais pas non plus économisé d’argent, puisque les prix des billets de train sont équivalents ou moins chers que ceux des billets d’avion (excepté les vols « low cost », qui ne volent pas tous les jours).
Et, selon moi, le plus important, j’aurais multiplié par 100 mes émissions de gaz à effet de serre (GES). Mille kilomètres en TGV équivalent à 2,93 kg de CO2, tandis que la même distance en avion en émet environ 225 kg.
Au chef du PQ, qui calcule que nous n’avons « ni le luxe ni l’intérêt de nous payer un train à potentiellement 200 milliards dont l’objectif premier est de répondre au désir de “nation building” et de renforcement de l’unité canadienne par le gouvernement libéral fédéral », je répondrais ceci : nous n’avons pas non plus le luxe de continuer à générer des tonnes de GES en utilisant les transports aériens ou l’automobile. Il est urgent de les réduire, au contraire. Et oui, les combustibles fossiles, en plus de détruire l’environnement, n’enrichissent qu’une seule province canadienne, et ce n’est pas le Québec.
Cela étant dit, je comprends l’inquiétude des agriculteurs pour leurs terres nourricières. Il faut absolument que ce projet tienne compte de leur réalité. Je pense spécialement aux agriculteurs expropriés lors de la construction de l’aéroport de Mirabel ; ce type de déplacement catastrophe ne doit plus jamais advenir. Le PQ peut et doit s’assurer que le trajet sera le plus efficient possible afin que, dans 30 ans, celui-ci ne soit pas démantelé parce que jugé inefficace. Il faut s’assurer de la viabilité et de la pérennité d’un tel projet en amont. Le PQ devrait agir sur le « comment » au lieu de jeter le projet aux oubliettes par calcul populiste.
Si les partis politiques à Québec veulent vraiment sonner les cloches au gouvernement Carney, ce n’est pas sur le TGV qu’il faut l’attaquer, mais sur toutes les mesures médiocres et scandaleuses que ce dernier tente de mettre en place. Je pense, par exemple, au projet de loi C-30 qui permettrait à Ottawa de réautoriser des pesticides interdits, ou encore à sa vaste réforme réglementaire pour accélérer les évaluations gouvernementales avant le lancement de grands projets. Mark Carney semble prêt à sacrifier la santé des Canadiens et la protection de l’environnement au nom de la sacro-sainte économie. Cela devrait faire bondir tous les politiciens québécois, et à plus forte raison, les partis souverainistes.
Je crois toujours au projet d’un Québec souverain, et je voterai « oui » dès qu’on me le demandera. Mais d’ici là, j’implore les leaders de cette option de ne pas tenter de promouvoir un projet qui nous referme sur nous-mêmes, qui renonce au progrès et à l’ouverture sur le monde.
Le train est l’avenir du transport. Il réduit la congestion dans les villes. Il permet de voyager en sécurité et en toute quiétude en regardant défiler les paysages. C’est aussi un accélérateur de développement économique, c’est prouvé. Y renoncer, c’est opter pour une vision passéiste d’une Amérique en station wagon, dans laquelle faire des heures de route en enchaînant les Tim Hortons et les stations-service est synonyme de liberté.
Le Québec doit entrer dans le XXIe siècle. Il doit s’affirmer comme une plaque tournante économique et culturelle, où innovation, technologie et environnement s’arriment les uns aux autres. Le peuple québécois mérite de se développer à sa juste valeur. Il lui faut voir grand et, surtout, ne pas avoir peur de ses voisins qui, au lendemain de l’indépendance, seront encore nos premiers partenaires.
Comédienne, improvisatrice et autrice, Salomé Corbo est aussi citoyenne du mieux qu’elle peut.


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