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Le manger mou du PLQ

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D’un chef à l’autre, la recette libérale en matière de protection du français demeure toujours la même. Une sorte de manger mou qui évite aux électeurs anglophones de s’étouffer.

On ne peut qu’applaudir à l’idée de distribuer chaque élève un livre en français aux petits Québécois. Peu importe la langue, favoriser la lecture est une excellente idée. Partout dans le monde, les jeunes passent trop de temps devant leur écran, mais cela est un autre problème.

Le chef libéral, Charles Milliard, entend adopter une « approche positive » dans le dossier linguistique. Il ne fait aucun doute que les mesures incitatives peuvent être bénéfiques. Le problème est qu’elles ont largement fait la preuve de leur insuffisance.

Ce n’est pas une question de mauvaise foi. S’il est vrai qu’aux yeux de certains, le déclin du français est un mythe qui relève de la paranoïa ou qui sert à justifier le projet indépendantiste, de nombreux anglophones sont conscients du défi que représente la survie d’une société française en Amérique du Nord.

Cette sympathie a cependant des limites. M. Milliard peut bien prêcher la cohabitation harmonieuse entre les deux solitudes, la lutte pour l’intégration des immigrants est un jeu à somme nulle. Ceux que la majorité francophone réussit à intégrer n’iront pas grossir les rangs de la communauté anglophone et vice versa.

La protection du français a en commun avec celle de l’environnement qu’il faut accepter d’en payer le prix. Cela vaut aussi pour les francophones. Si le gouvernement Legault n’a pas voulu étendre les dispositions de la loi 101 au cégep anglais, c’est parce qu’une majorité de députés et d’électeurs caquistes refusaient de se priver de la possibilité d’y envoyer leur progéniture.

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Le chef du PLQ a présenté son nouveau plan de défense du français comme un pactole de 380 millions de dollars en quatre ans, mais c’est exactement le montant que Dominique Anglade promettait d’y consacrer en 2022. Sur une base annuelle, c’est moins que les prévisions de dépenses actuelles pour l’année 2026-2027, si on y ajoute les 20 millions de dollars par année, dont le gouvernement Fréchette vient d’annoncer l’octroi aux universités anglaises pour la francisation des étudiants étrangers.

Le plan de M. Milliard est pratiquement un copier-coller de celui que Mme Anglade avait présenté après avoir reculé piteusement sur les quelques mesures un peu contraignantes qui avaient déplu à la communauté anglophone. Son successeur a très bien compris qu’il peut distribuer autant de carottes qu’il le veut, mais que l’usage du bâton lui est interdit.

Le PLQ prétend « renforcer le ralliement de tous autour de la Charte de langue française », mais le moyen d’y parvenir est manifestement de l’affaiblir, ce à quoi il s’emploie depuis son adoption, en 1977. Plus elle sera inoffensive, plus elle sera acceptable aux anglophones. Malheureusement, le manger mou ne convient pas à la situation actuelle du français.

Maintenir la proportion actuelle d’inscriptions au cégep francophone et anglophone n’empêchera pas le secteur collégial anglais de continuer à accueillir une majorité d’étudiants francophones et allophones, dont une partie risque ensuite d’emprunter un parcours de vie en anglais, d’autant plus que le PLQ n’étendra pas la loi 101 à l’éducation permanente et à la formation professionnelle.

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Dominique Anglade souhaitait elle aussi réduire les pouvoirs de l’Office québécois de la langue française, auquel M. Milliard reproche de « jouer à la police indûment ». En matière de langue, le PLQ a toujours pensé que la vigilance était un tort.

Libérer les entreprises d’une réglementation tatillonne, notamment quand il est question d’exiger la connaissance de l’anglais pour une embauche, est une autre marotte libérale. Il est clair que certains postes la requièrent, mais Philippe Couillard en avait pratiquement fait une règle en déclarant que les ouvriers sur le plancher d’une usine devraient être en mesure de comprendre un client anglophone qui passerait par là. La souplesse n’est cependant pas synonyme de laisser-faire.

M. Milliard a dû recourir à un sophisme pour se dépêtrer de ses contradictions sur la clause de dérogation, qu’il promet d’utiliser « si nécessaire » pour mettre la Charte de la langue française à l’abri des contestations judiciaires. Une fois que ses dispositions les plus dérangeantes auront été éliminées, il n’y aura plus rien à contester.

Les mêmes causes ont la fâcheuse tendance à produire les mêmes effets. Modeler sa politique linguistique sur les désirs de la communauté anglophone est le plus sûr moyen de faire fuir les électeurs francophones, comme Dominique Anglade en a fait l’expérience.

Après un bon départ, la popularité personnelle de M. Milliard a piqué du nez quand il a commencé à tergiverser sur la loi 96 et l’utilisation de la clause de dérogation. Selon la firme Pallas Data, le pourcentage d’impressions favorables à son égard a baissé de 31 % à 19 % depuis la mi-avril, même si le dernier Léger n’a pas enregistré de baisse des intentions de vote du PLQ.

Son chef parlementaire, André Fortin, a invoqué un déficit de notoriété, mais c’est peut-être le contraire : plus on apprend à connaître M. Milliard, moins on a tendance à lui faire confiance pour protéger le français.

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