700 000. C’est le nombre de microfibres plastiques qu’un seul cycle de lavage de vêtements synthétiques libère dans l’eau, selon l’étude publiée en 2016 dans le Marine Pollution Bulletin par les chercheuses Imogen Napper et Richard Thompson de l’université de Plymouth. À chaque lavage en machine (6 kg de textiles avec un cycle d’1h30), c’est jusqu’à 700 000 microplastiques qui sont relargués dans les eaux usées. Ces particules sont invisibles à l’œil nu, mesurent moins d’un millimètre, et leur destin est écrit d’avance : l’océan.
À retenir
- Savez-vous combien de microplastiques partent vraiment dans le tuyau à chaque lavage ?
- Les stations d’épuration ne suffisent pas : où vont réellement ces 700 000 particules ?
- Une solution existe depuis longtemps, mais elle tarde à devenir obligatoire en France
Sommaire
- Un textile sur deux est du plastique déguisé
- Les stations d’épuration : un filtre qui ne filtre pas tout
- Ce qu’on peut faire, dès ce soir
Un textile sur deux est du plastique déguisé
Les plastiques, notamment le polyester, l’acrylique et le nylon, représentent environ 60 % de l’ensemble des matières utilisées pour l’habillement. Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Le t-shirt technique que vous enfilez pour courir, le legging de yoga, le polaire du dimanche : très probablement du plastique. Les fibres synthétiques sont si peu coûteuses qu’elles sont devenues omniprésentes dans la fast fashion. Elles représentent actuellement 69 % de la part de marché des textiles, et ce chiffre devrait atteindre près de 75 % d’ici 2030.
Le problème ne se limite pas à la durée de vie du vêtement. Les nouveaux textiles relâchent davantage de microfibres que ceux lavés plusieurs fois. La surconsommation de vêtements neufs augmente donc l’impact du consommateur sur les premiers lavages, qui sont les plus émissifs. la mode rapide double la mise : elle produit plus de vêtements synthétiques, et les premiers cycles sont ceux qui libèrent le plus de fibres.
Leurs propriétés plastiques rendent ces fibres persistantes dans l’environnement. Elles transportent avec elles les traitements chimiques utilisés dans les procédés de transformation textile : agents de teinture, traitements chimiques, finitions, lubrifications. Ce n’est donc pas une simple fibre de plastique inerte qui part dans le tuyau, c’est un vecteur chimique.
Les stations d’épuration : un filtre qui ne filtre pas tout
Les plastiques utilisés dans la confection (polyester, acrylique, élasthanne) libèrent lors du lavage des particules trop petites pour être filtrées dans les usines de traitement, qui se retrouvent dans l’environnement et notamment dans les océans. C’est là que le système montre ses limites les plus concrètes. Même les stations d’épuration les plus performantes ne constituent pas un barrage étanche.
La majorité des microplastiques se retrouvent ensuite rejetés dans les cours d’eau et dans les boues de stations d’épuration, utilisées à 75 % pour épandage sur les terres agricoles. Résultat : ce qui ne file pas directement en mer se retrouve sur les champs. Les microfibres ne disparaissent pas, elles changent simplement d’adresse. Les rejets de microplastiques dans les océans ont été multipliés par dix depuis 2005, avec 171 000 milliards de microparticules flottant désormais.
La suite de ce voyage, on la connaît. Quel que soit leur volume, les microfibres, comme les autres microplastiques, sont tout aussi néfastes pour les petits organismes, qui les confondent avec de la nourriture, qu’un sac en plastique pour une tortue. Les microplastiques sont aujourd’hui détectés chez plus de 700 espèces marines, selon une synthèse de la FAO et de l’OMS. Des zooplanctons aux thons, la chaîne alimentaire marine est contaminée de bas en haut.
Et cette contamination remonte jusqu’à nos assiettes. Les microfibres sont déjà dans notre nourriture, notre eau du robinet, notre bière, nos légumes et notre sel. Selon une synthèse d’études menée par l’université de Victoria et l’Institut Hakai, nous absorbons en moyenne 110 000 particules de plastiques par an, l’équivalent de 5 grammes de plastique par semaine. Pour donner un ordre de grandeur : c’est le poids d’une carte de crédit.
Ce qu’on peut faire, dès ce soir
La bonne nouvelle : il existe une solution simple, à portée de tuyau. Les filtres installés sur le circuit d’évacuation sont efficaces au minimum à 87 % et peuvent même retenir jusqu’à 100 % des particules, selon un projet citoyen ayant réuni 30 foyers testeurs. Un filtre externe se branche directement sur le tuyau de vidange de la machine, pas besoin d’électricien, pas besoin d’ouvrir l’appareil. Selon un rapport d’ONG spécialisées, les filtres pour lave-linge sont « la seule solution disponible et efficace pour réduire les rejets de microfibres dans l’environnement à court terme. »
En dehors des filtres, les gestes de lavage ont eux aussi un impact mesurable. Laver à 30 °C maximum, utiliser une lessive liquide plutôt que poudre (qui a un effet abrasif), éviter le sèche-linge : ces gestes permettent de réduire l’impact de chaque lessive. L’utilisation d’un sèche-linge peut d’ailleurs libérer jusqu’à 3,5 fois plus de microplastiques qu’un cycle de Machine à laver, une donnée souvent ignorée. Étendre son linge n’est donc pas seulement une question d’économie d’énergie.
Une vigilance s’impose cependant sur l’usage des filtres : le contenu du filtre doit être jeté à la poubelle, jamais dans les toilettes ou le lavabo, sinon, ce qui a été capturé retourne dans le circuit d’eau. Ce détail, souvent négligé, annule entièrement le bénéfice du dispositif.
Du côté réglementaire, la France a été pionnière. La France est le premier pays au monde à avoir légiféré sur cette source de pollution plastique. La loi AGEC prévoyait des filtres obligatoires sur tous les lave-linge neufs à partir du 1er janvier 2025. Mais la mise en place de cette mesure a été reportée faute de décret d’application. Si l’obligation d’équipement des machines n’a pas été respectée en janvier 2025, d’autres solutions plus efficaces commencent à émerger. La loi existe, mais sa traduction concrète dans les foyers français avance à un rythme que les océans ne peuvent pas se permettre d’attendre.
Selon l’Institut Scripps, un vêtement synthétique peut libérer entre 700 000 et 12 millions de microfibres par cycle, la fourchette haute étant atteinte avec des matières particulièrement fragiles ou très usées. Ce qui signifie que derrière chaque chiffre se cache une réalité bien plus variable selon ce que vous mettez exactement dans votre tambour. Les vêtements neufs, les mélanges synthétiques et les cycles longs à haute température sont systématiquement les plus polluants. Trier son linge, c’est aussi, et peut-être surtout, une question de chimie océanique.
Sources : especes-menacees.fr | franceinfo.fr


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