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Ce gaspillage alimentaire que l’on croyait marginal coûte en réalité 16 milliards d’euros par an aux Français

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Dix millions de tonnes. Mis bout à bout, cela représente environ quarante fois la masse de la Tour Eiffel. Chaque année, c’est la quantité de nourriture que la France laisse partir à la poubelle. Ces pertes et gaspillages alimentaires représentent une valeur commerciale estimée à 16 milliards d’euros, un chiffre qui résonne différemment depuis que l’inflation alimentaire a durablement réveillé la conscience des ménages. Un foyer de quatre personnes peut ainsi arriver à réaliser 400 euros d’économie en optimisant simplement l’utilisation de ses aliments. Quatre cents euros. L’équivalent d’un mois d’abonnement téléphonique, d’internet et de streaming — que beaucoup jettent au sens littéral du terme.

À retenir

  • Une salade sur deux finit à la poubelle : découvrez quel aliment est le plus sacrifié
  • 20 % du gaspillage vient d’une confusion stupéfiante entre deux dates sur l’emballage
  • Un restaurant collectif de 500 personnes jette l’équivalent de 22 000 repas par an

Sommaire

  1. Un fléau qui commence bien avant votre assiette
  2. L’illusion du consommateur conscient
  3. Des lois ambitieuses, des résultats en demi-teinte
  4. La note carbone que personne ne voit

Un fléau qui commence bien avant votre assiette

Le premier réflexe, c’est de pointer le consommateur. Tort classique. L’étude de l’ADEME révèle que 32 % du gaspillage est généré au stade de la production, 21 % lors de la transformation, 14 % lors de la distribution, 14 % lors de la restauration et 19 % au niveau de la consommation à domicile. une très grande part du problème disparaît dans des entrepôts, des champs et des usines agroalimentaires, bien loin de nos frigos.

L’ADEME évalue à 10 millions de tonnes l’ensemble des pertes et gaspillages alimentaires en France, soit 150 kg par habitant et par an. Pour comprendre l’échelle : 150 kg, c’est le poids moyen d’un adulte européen. Chaque Français « jette » symboliquement une personne entière en nourriture chaque année. Parmi les aliments les plus sacrifiés, la salade arrive en tête. Le taux de gaspillage varie fortement d’un produit à l’autre : de 9 % pour les œufs à 57 % pour les salades. Une salade sur deux finit donc à la benne.

La restauration collective mérite aussi d’être mise face à ses responsabilités. Un restaurant collectif de 500 convives gaspille l’équivalent de 1 000 tonnes de nourriture par an, soit 22 000 repas, pour un coût de 33 000 euros annuels. Les cantines, les selfs d’entreprise, les hôpitaux : autant de lieux où le gaspillage structurel s’accumule dans une relative discrétion.

L’illusion du consommateur conscient

En France, 20 % du gaspillage alimentaire est dû à une mauvaise compréhension des dates de péremption. La confusion entre la DLC (Date Limite de Consommation, impérative pour les produits frais) et la DDM (Date de Durabilité Minimale, indicative pour les produits secs) coûte chaque année des tonnes de denrées encore parfaitement comestibles. Les produits à Date de durabilité minimale peuvent encore être consommés minimum trois mois après la date indiquée. Trois mois. Un yaourt ou des pâtes « périmés » depuis deux semaines, consommables dans la quasi-totalité des cas, et pourtant jetés par réflexe de prudence.

Autre paradoxe révélateur : un Français jette en moyenne 25 kg de nourriture par an, dont 7 kg encore emballés. Sept kilos d’aliments jamais ouverts, qui finissent directement à la poubelle dans leur emballage d’origine. La cause principale ? La surplanification des courses, les promotions qui poussent à acheter en volume sans en avoir besoin, et une gestion approximative des placards. En France, nous gaspillons 7 baguettes par an en moyenne, une par semaine de vacances, en quelque sorte.

La bonne nouvelle, c’est que la sensibilisation fonctionne. D’après le compte rendu de l’ADEME, les foyers ayant participé à l’opération Zéro Gâchis Académie ont réduit leur gaspillage alimentaire de 59 % : ils passent en moyenne de 25,5 à 10,4 kg gaspillés par an et par personne, soit 30 repas économisés. Trente repas par personne, récupérés en trois mois d’accompagnement. Ce n’est pas de la magie, c’est de l’organisation.

Des lois ambitieuses, des résultats en demi-teinte

La France n’a pas attendu pour légiférer. Pionnière en Europe, elle s’est dotée dès 2016 de la loi Garot, qui oblige les supermarchés de plus de 400 m² à donner leurs invendus aux associations alimentaires plutôt que de les détruire. Depuis le 11 février 2020, l’objectif national est de réduire le gaspillage alimentaire de 50 % par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la distribution et de la restauration collective d’ici 2025.

Le bilan est lucide. L’objectif assigné par la loi AGEC, proclamant une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d’ici 2025 par rapport à 2015, s’est révélé inopérant. Le volume de 4,3 millions de tonnes de denrées gaspillées, mesuré en 2022, demeure alarmant au regard des enjeux de précarité alimentaire auxquels notre pays est confronté. Un objectif manqué, mais pas sans progression : la dynamique législative a au moins contraint tous les maillons de la chaîne à se doter de diagnostics et de plans d’action. Cinq ans après son adoption, la loi AGEC a permis des avancées concrètes dans la réduction des déchets, le réemploi, l’éco-conception et l’information des consommateurs.

L’échelle européenne prend le relais. Le Conseil et le Parlement se sont accordés en 2025 sur des objectifs contraignants : réduction de 10 % des déchets alimentaires dans le secteur de la transformation, et réduction de 30 % dans la distribution, la restauration et les ménages d’ici 2030.

La note carbone que personne ne voit

Le coût financier choque. Le coût écologique, lui, reste souvent dans l’angle mort du débat. Pour sa production, cette nourriture gaspillée nécessite des terres cultivées inutilement, auxquelles s’ajoutent une importante consommation d’eau, de carburant, d’engrais et de pesticides, sans oublier l’énergie nécessaire au transport et à la distribution. L’impact carbone annuel du gaspillage alimentaire est évalué par l’ADEME à 15,3 millions de tonnes équivalent CO2, soit 3 % de l’ensemble des émissions de l’activité nationale.

Pour mettre ce chiffre en perspective : 3 % des émissions nationales, c’est à peu près l’équivalent de toutes les émissions du trafic aérien domestique français. Une salade jetée, ce n’est pas seulement de l’argent perdu, c’est de l’eau d’irrigation, des traitements phytosanitaires, du transport et du froid dépensés pour rien. 28 % des terres agricoles sont gaspillées dans le monde, 19 % des engrais chimiques, et 250 km³ d’eau douce partent ainsi au service du gaspillage chaque année.

Face à ce tableau, l’arrivée des étiquettes intelligentes avec indicateurs de fraîcheur et l’intelligence artificielle pour la gestion des stocks permettent déjà de réduire drastiquement les marges d’erreur en magasin. Les supermarchés qui adoptent ces outils constatent des baisses de gaspillage à deux chiffres en quelques mois. Une technologie qui, couplée à une meilleure éducation sur les dates de péremption, pourrait faire basculer le rapport entre ambition affichée et réalité mesurée. Car avec 142 kg par habitant de déchets alimentaires, la France se situe bien au-dessus de la moyenne européenne de 130 kg par habitant, un gap qui n’a rien d’une fatalité, mais qui exige enfin d’être traité comme la priorité économique et climatique qu’il représente.

Sources : franceinfo.fr | consoglobe.com

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