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Un projet du fédéral de surveillance satellitaire des feux de forêt fait du surplace

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Josh Johnston, chercheur scientifique principal au Service canadien des forêts, affiche un large sourire lorsqu’il montre le tatouage qui orne son avant-bras.

En relevant sa manche, il dévoile le contour d’une feuille d’érable, sous laquelle apparaît un satellite survolant les flammes d’un feu de forêt. Il s’agit du logo de GardeFeu, la mission canadienne qui vise à placer en orbite une constellation de satellites destinés à surveiller les feux de forêt.

Johnston, qui a grandi dans une famille de pompiers du nord de l’Ontario, affirme que combattre les incendies, « c’est ce que fait notre famille ». Il décrit GardeFeu comme le rêve de son père. « Je me souviens que, dès la fin des années 1980, mon père disait que les satellites allaient changer la façon de travailler [des pompiers] », raconte-t-il.

L’idée était simple : si l’on pouvait observer les feux de forêt depuis l’espace, des satellites pourraient en suivre l’évolution et transmettre de l’information aux équipes d’intervention d’urgence sur le terrain.

« Mais ça ne s’est pas produit », dit Johnston.

Porter le flambeau familial

Le Canada dispose depuis longtemps des technologies et des capacités nécessaires pour surveiller à distance les points chauds et les départs de feux. Johnston — qui a fait son doctorat sur la télédétection thermique précisément dans le but de contribuer à améliorer la surveillance des feux de forêt au Canada — continue pourtant, des décennies plus tard, de porter le flambeau familial de la mission GardeFeu.

« Nous avons commencé il y a très, très longtemps, parce que notre travail, comme scientifiques, consiste à nous projeter 20 ans dans l’avenir et à nous demander : de quoi aurez-vous besoin ? » explique Johnston.

Mais son lancement, initialement prévu en 2029, a été compliqué par l’annulation d’un contrat, tandis que d’autres systèmes satellitaires de surveillance des feux de forêt, récemment placés en orbite, lui ont ravi la vedette.

Alors que la saison des incendies de 2026 vient allonger la liste des saisons dévastatrices des dernières années, les changements climatiques prolongent et accentuent les conditions propices aux feux de forêt de grande ampleur. Pendant que Johnston attend que la mission se concrétise, que les pompiers réclament de meilleures informations et que les gouvernements espèrent disposer de systèmes d’intervention d’urgence plus efficaces, les collectivités canadiennes se lassent de la fumée et des évacuations de citoyens. Les changements climatiques, eux, n’attendent pas.

Un problème grandissant

Selon les scientifiques qui suivent attentivement les données, les feux de forêt sont devenus « plus rapides, plus étendus et plus graves » au cours des dernières décennies.

Après des années de planification, la mission GardeFeu a reçu un important coup de pouce en 2022, lorsque le gouvernement fédéral a consacré 169,9 millions de dollars à l’Agence spatiale canadienne (ASC), à Ressources naturelles Canada et à Environnement et Changement climatique Canada afin de mettre au point et d’exploiter ce système satellitaire de surveillance des feux de forêt.

En 2023, l’ASC a accordé à Spire Global, Inc. un contrat visant la mise en service d’une constellation de sept microsatellites. Dotés de capteurs infrarouges, ceux-ci devaient permettre d’effectuer des observations à des moments clés de la journée. Ils peuvent détecter même les incendies couvants de faible intensité, relativement fréquents dans les forêts boréales canadiennes. Les données recueillies doivent aider les gestionnaires des feux à évaluer leur comportement et à prendre des décisions lorsque les incendies et la fumée menacent les collectivités.

Cette année-là allait justement devenir la saison des feux de forêt la plus dévastatrice jamais enregistrée.

La saison 2023 a été la plus destructrice qu’ait connue le Canada. Les incendies ont commencé anormalement tôt et ont ravagé plus de 17 millions d’hectares — plus de six fois la moyenne à long terme. Toute la population de Yellowknife a dû être évacuée, de même que les deux tiers de celle des Territoires du Nord-Ouest.

Une étude dirigée par Piyush Jain, chercheur au Service canadien des forêts, a conclu que les changements climatiques avaient joué un rôle majeur dans les conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies. De mai à octobre 2023, la température moyenne a été de 2,2 °C supérieure à celle de la période de référence 1991-2020.

« L’année 2023 a donné un avant-goût du genre de saisons des feux auxquelles nous pouvons nous attendre si le réchauffement se poursuit », affirme Jain.

Chaque année depuis la saison dévastatrice de 2023, les facteurs qui favorisent la multiplication des incendies — hausse des températures, assèchement de la végétation qui alimente les flammes — ont donné lieu à des saisons tout aussi destructrices.

Pour Johnston, qui entretient des liens personnels et professionnels étroits avec le milieu de la lutte contre les incendies, l’évolution des feux de forêt est stupéfiante.

« Les saisons des feux que nous observons au Canada dépassent de très loin tout ce que nous avions anticipé, dit-il. La dure réalité de ce que signifie concrètement une aggravation de la situation est difficile à encaisser. »

Une mission qui piétine

Pour Jain, qui a d’abord été formé comme physicien, l’analyse de la saison des feux de 2023 a aussi mis en lumière les conséquences humaines qui se cachent derrière les données.

« Comme je suis un gars de données, je m’assois et j’examine la météo, les chiffres sur les superficies brûlées et d’autres indicateurs de l’activité des incendies », explique-t-il.

Mais Jain et son équipe se sont également penchés sur les évacuations, les blessures et les décès, les bâtiments détruits ainsi que les effets nocifs de la fumée des feux de forêt sur la santé. Le bilan humain était énorme.

Dans ce contexte, l’arrêt soudain de la mission a soulevé de nouvelles questions.

Spire Global a reçu en mars l’ordre de suspendre ses travaux sur les microsatellites, puis le gouvernement fédéral a résilié le contrat le 23 avril 2026, sans en dévoiler les raisons.

Lors de la conférence Horizons 2026 de Space Canada, le 20 mai, la présidente de l’Agence spatiale canadienne, Lisa Campbell, a confirmé la résiliation du contrat tout en évoquant un changement plus large dans la façon dont l’agence aborde ses processus d’approvisionnement.

« La rapidité compte », a-t-elle affirmé. Mais, a-t-elle ajouté, « si nous constatons que de nouvelles capacités apparaissent, ou qu’un projet ne respecte ni l’échéancier ni les objectifs fixés, nous devons adopter une approche très pragmatique ».

Aucune entreprise n’a été désignée pour remplacer Spire et aucun fournisseur de services de lancement n’a été annoncé pour la nouvelle mouture de la mission GardeFeu. L’ASC sollicite plutôt l’avis de l’industrie canadienne dans le cadre d’une demande d’information dont l’échéance est fixée à cette semaine.

Le gouvernement affirme toujours vouloir disposer de cette capacité vers 2029, mais la résiliation du contrat jette de l’incertitude sur l’échéancier.

« Le gouvernement du Canada consulte actuellement l’industrie canadienne et travaille en étroite collaboration avec les parties prenantes afin de déterminer la meilleure façon de lancer une mission qui fournira les capacités de surveillance des feux de forêt nécessaires pour protéger les Canadiens », a indiqué par courriel Sandrine Masella, représentante de l’ASC, à Canada’s National Observer.

Des satellites américains

Moins de trois mois après la résiliation du contrat de Spire, un autre système satellitaire conçu expressément pour surveiller les feux de forêt, FireSat, franchissait une étape importante — aux États-Unis.

Le 7 juillet, trois satellites FireSat construits par Muon Space pour l’organisme sans but lucratif Earth Fire Alliance ont été lancés depuis la base de la Force spatiale de Vandenberg, en Californie.

Soutenu par un partenariat réunissant les secteurs public, privé et philanthropique, auquel participent notamment Google et le Bezos Earth Fund, FireSat déploie une constellation de satellites consacrée à la détection et à la surveillance des feux de forêt à l’échelle mondiale. Un satellite prototype lancé en 2025 a déjà transmis des données sur des incendies, notamment des images du récent feu Nipigon 6, en Ontario, et du feu Beef Trail Creek, en Colombie-Britannique.

La nouvelle mission FireSat arrive à un moment déterminant.

Lors du sommet du G7 de 2025 à Kananaskis, en Alberta, le gouvernement fédéral a annoncé son intention d’élargir la portée de la mission au-delà du Canada afin de fournir des données sur les feux de forêt à des partenaires internationaux.

Or, cette ambition accrue survient au moment même où plane toujours l’incertitude quant à l’entreprise qui construira les microsatellites de GardeFeu, tandis que FireSat transmet déjà des données sur les incendies et devrait devenir pleinement opérationnel au cours des prochains mois.

Pour ceux qui attendent GardeFeu depuis des années, dont Johnston, cette incertitude commence à mettre la patience à rude épreuve. « Je ne veux pas dire par là que personne ne frappe à ma porte, mais, de façon générale, les gens regardent ce qui se passe dans le monde [avec l’aggravation des feux de forêt] et attendent », dit-il.

Johnston estime que FireSat et GardeFeu pourraient être complémentaires. En combinant les observations de plusieurs satellites, les responsables de la lutte contre les incendies pourraient obtenir des informations plus fréquentes à mesure que les conditions évoluent. Encore faut-il, pour cela, que le Canada mène à bien la mission GardeFeu.

« Nous devons tenir notre promesse, affirme Johnston. C’est maintenant que nous devons tous travailler ensemble. »

Après des décennies d’attente, Johnston croit toujours que les satellites canadiens représentés sur son bras finiront par atteindre l’orbite. « La mission va avoir lieu, dit-il. Nous sommes tout près du but. »

Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.

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