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L’opposition citoyenne a freiné l’avancement d’un projet de centre d’hébergement d’urgence temporaire pour sans-abris qui devait ouvrir ses portes au début de février dans le secteur de Village Blanchard, au cœur de la Péninsule acadienne.
Lundi soir, devant le refus de nombreux citoyens d’accueillir les itinérants dans leur communauté, les élus de la Ville de Caraquet ont voté à l’unanimité pour remettre une demande de permis provisoire qui aurait permis à la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne (CSRPA) d’installer un refuge temporaire de six places dans les locaux inoccupés de l’Aéroport de la Péninsule.

Cédric Landry, directeur du développement communautaire, et Mélanie Thibodeau, première directrice de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
La discussion, parfois vive, a duré plus d’une heure entre des citoyens mécontents et le conseil municipal. Les échanges se sont même poursuivis pendant plusieurs minutes à l’extérieur de la réunion entre des résidents de Village Blanchard et des représentants de la CSR Péninsule acadienne.
On est malheureusement déçu, a admis Cédric Landry, directeur du développement communautaire à la CSRPA devant la décision du conseil municipal.
Le dossier ne progresse toujours pas, mais on comprend le mécontentement des gens et leurs questionnements. Avant tout, il faut que les citoyens l’acceptent, ajoute-t-il, en rappelant que les gens peuvent s’exprimer dans le cadre des consultations publiques en cours dans diverses municipalités de la région.
Il faut éventuellement trouver une solution qui fera l’affaire d’un plus grand nombre de citoyens. La situation reste encore là, il y a des gens qui vivent en situation d’itinérance qui n’ont pas de centre de réchauffement dans la Péninsule acadienne à l’heure actuelle , poursuit-il, tout en promettant de continuer à travailler sur une solution.
Manque d’information
Pierre Boudreau, conseiller municipal du quartier qui comprend Village Blanchard, a constaté que les citoyens n’étaient pas informés du projet, ce qui a donné lieu à de longues discussions et à beaucoup d’incompréhension.
Même le conseil municipal, on manque d’information pour prendre une décision éclairée. Plus on aura d'informations, mieux on pourra prendre une décision. Je persiste et signe à penser que c’est un problème de ville qui est déplacé dans les anciens DSL, dit-il.

Les élus de la Ville de Caraquet ont continué la discussion sur le centre de réchauffement d'urgence à Village Blanchard après la réunion du conseil de lundi soir.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Personne ne devrait dormir dehors l’hiver, continue-t-il. C’est pourquoi il faut trouver une solution plus réfléchie, demande le conseiller.
Je ne suis pas surpris de l’opposition parce qu’il s'est passé des affaires et on fait face à de l’inconnu. Je ne dis pas que c’est absolument mauvais, mais je pense qu’il y a une manière de faire pour qu’on puisse présenter le projet au public et que ce soit compris et toléré, plutôt que le faire à la va-vite. Je comprends qu’on est en janvier et qu’il faut faire vite, mais ça demeure que c’est proche des maisons de ces citoyens qui sont craintifs. Et c’est justifié, fait-il part.
Le maire de Caraquet, Bernard Thériault, s’attendait à voir de l’opposition, mais pas au point de retarder la demande de permis provisoire.
Ceux qui s’opposent ont tout le pavé , note-t-il. Il n’y a personne qui vient nous voir quand ils sont en faveur. Dépassons cette mêlée et mettons un peu de compassion.
Je suis déçu parce que les citoyens de Village Blanchard ne m’ont pas apporté de bonnes raisons, selon moi, pour refuser ce projet.
Le maire fait cependant remarquer que, peu importe les arguments déposés, les citoyens auraient dit non, ce qui le déçoit grandement.
Je vais travailler fort pour convaincre le conseil municipal d’accepter cette demande. Cela n'a aucun bon sens qu’on laisse encore ce soir des gens dormir dans la rue quand on a une occasion de le faire sans aucun problème pour personne. C’est notre travail, en tant que conseil municipal, de naviguer au-dessus de la mêlée et de s'assurer que le bon sens prévaut , commente-t-il.
Un problème de villes, selon des citoyens
L’opposition des citoyens de Village Blanchard ramène sur le tapis le concept du pas dans ma cour .
Je reconnais le problème de l’itinérance. La seule chose que je n’accepte pas dans la réunion de ce soir est qu’on nous rajoute sur le dos, à Village Blanchard, qu’on ne veut pas ça. Les solutions ne sont pas d’amener les itinérants à Village Blanchard. Il y a d’autres moyens, mais les villes ne veulent pas mettre leurs culottes et prendre les décisions. C’est pour ça qu’elles veulent mettre ça dans le milieu de la Péninsule , indique Georges Godin, qui demeure tout près de l’aéroport.
Roger Thériault estime aussi que la solution passe par les villes.
Je ne suis pas d’accord qu’on amène des itinérants de l’extérieur. On devrait commencer par s’occuper des nôtres et que chaque ville s’occupe des leurs. Il faut regarder dans notre cour pour commencer. Après ça, peut-être pourra-t-on regarder péninsulaire , évalue-t-il.
Un travail de longue haleine
La Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne, qui gère les installations de l’aéroport, travaille depuis plusieurs mois à trouver un lieu de nuit pour accueillir les itinérants par temps froid.
Après plusieurs tentatives infructueuses, on a finalement déniché un endroit qui répond à tous les critères, explique Cédric Landry.

L'Aéroport de la Péninsule, géré par la CSR Péninsule acadienne, est inoccupé de janvier à avril.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Le centre peut accueillir un maximum de six personnes par nuit, de 20 h à 8 h, lorsque le mercure descendra sous les moins 10 degrés Celsius. Il contiendra des salles de bain et des douches, ainsi qu’une buanderie.
La sécurité y sera permanente et divers services sociaux seront offerts sur place par des équipes d’intervention.
Un service de transport sera également organisé pour amener les utilisateurs au centre.
La piste de l’Aéroport de la Péninsule est fermée de janvier à avril.
Le Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne et le ministère du Développement social seront des partenaires au projet.
L’hiver dernier, la Municipalité régionale de Tracadie avait acheté une maison dans le secteur de Six Roads pour la transformer en centre d’hébergement d’urgence pour itinérants. Mais le projet n’a pas abouti en raison, notamment, du manque d’acceptabilité sociale de la communauté avoisinante.


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