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RÉCAP - La 79e édition s’est close samedi soir en sacrant le réalisateur roumain Cristian Mungiu, après une soirée très politique.
S’invitera-t-elle sur scène ? La question ne concernait plus la chanteuse Barbra Streisand, qui a dû déclarer forfait en amont, mais de la polémique Canal +. Née d’une pétition visant Vincent Bolloré et relancée par la réaction de la chaîne cryptée, elle a transformé la Croisette en tranchée. Les smokings sont restés nets, mais des egos ont été froissés. Les Américains ont dû ne pas être surpris : nous avons, chez eux, la réputation d’avoir la manifestation facile. La maîtresse de la cérémonie de clôture ne pouvait y couper, elle a donc fait une allusion discrète dans son discours. Le festival a « conjugué deux passions françaises, affirme Eye Haïdara, celle pour le cinéma et les débats ». Rien de plus ? C’est que les différents intervenants avaient des revendications plus bruyantes à faire entendre...
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Palmes de la platitude
Le Festival de Cannes a renoué avec sa tradition des discours très politisés. Le lauréat de la palme d’or, Cristian Mungiu, a épinglé « l’état du monde aujourd’hui qui n’est pas le meilleur ». Le réalisateur de Fjord n’est pas « fier de ce qu’on laisse à nos enfants », il réclame donc plus « d’empathie et de bienveillance ». Obtient-il la palme de platitude ? Pas si sûr, la concurrence ayant été rude avec le chouchou du cinéma d’auteur Xavier Dolan, qui a proposé un commentaire alambiqué de la situation à Gaza.
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Du Rwanda au Liban, même indignation
D’autres lauréats ont porté des voix plus claires. Marie-Clémentine Dusabejambo n’avait pas besoin de notes. Elle savait ce qu’elle voulait dire en remerciement de la Caméra d’or, ce prix qui récompense un premier film. Pour Ben’Imana, elle a récolté le souvenir de femmes qui ont vécu dans leur chair le génocide rwandais. Leur éloge est une leçon. Nadine Labaki, elle, a hésité à faire le déplacement. « Était-il sage de quitter mon pays qui traverse une guerre dévastatrice ? », s’est demandé la réalisatrice libanaise de Capharnaüm (2018), chargée de remettre un prix. Elle a rappelé, triste jeu de mots, que le pays du Cèdre vit les « pires scénarios ».
Vladimir Poutine interpellé
Andreï Zviaguintsev estime que le chef du Kremlin finira par entendre son message. Même si Vladimir Poutine ne regardait pas France 2, samedi soir, son entourage se ferait l’écho de sa revendication. Le réalisateur de Minotaure lui demande de mettre fin à sa « boucherie » . « Des millions de gens de part et d’autre de la ligne de conflit espèrent la fin du carnage et le seul qui puisse le faire est le président de Russie », insiste le cinéaste, qui a reçu le grand prix. La médaille d’argent.
La déclaration d’Isabelle Huppert à Barbra Streisand
Sa voix, mais aussi son caractère et même ses « mains ». Pour Isabelle Huppert, Barbra Streisand n’est pas seulement une grande chanteuse et une réalisatrice « courageuse », elle possède aussi les plus belles menottes de l’histoire du cinéma. L’Américaine n’a pas pu faire le déplacement à Cannes pour recevoir sa palme d’or d’honneur. Elle a alors laissé la Française parler pour elle. Sur scène, Isabelle Huppert célèbre une femme « qui pense, qui désire, qui choisit ». « Ma chère Barbara, je me souviens de vous dans chacun de vos films », jure l’actrice des Valseuses, avant d’évoquer l’envers de l’icône : « Il y a toujours une femme seule derrière sa partition, son texte, son film. Une femme qui ne s’est jamais sentie tout à fait à l’aise avec la célébrité et ne croyait qu’en le travail ». Isabelle Huppert parlait-elle, aussi, un peu d’elle-même ?
La France primée
Le premier prix tricolore revient à un film sur nos années sombres. Dans Notre salut, le réalisateur Emmanuel Marre part sur les traces d’un de ses aïeuls qui s’est fourvoyé Vichy. Une proposition audacieuse qui lui a valu le prix du scénario. Quant à Virginie Efira, elle repart avec le prix d’interprétation féminine. La moitié, du moins. Elle a reçu la récompense ex aequo avec sa consœur dans le film Soudain, la comédienne et mannequin Tao Okamoto. Au micro, Efira n’a pu retenir ses larmes.
Un palmarès qui voit double
Deux meilleures actrices, mais aussi deux meilleurs acteurs (jouant dans le même film) et deux meilleures mises en scène. Sans doute est-ce du jamais vu dans l’histoire du festival. Gardes alternées en perspective ? Le jury s’est révélé pour le moins indécis. En sacrant Cristian Mungiu pour Fjord, à qui échoit la palme d’or, celui-ci a aussi propulsé le réalisateur roumain dans la catégorie des cinéastes deux fois honorés par la plus haute distinction. Il peut désormais tutoyer Francis Ford Coppola ou Ruben Östlund. Mais, sur scène, le lauréat a fait preuve d’humilité en rappelant que seules les années permettent d’éprouver la solidité d’un palmarès et d’un film. Il y a vingt ans, Cannes sacrait Le vent se lève de Ken Loach et Babel d’Inarritu, mais laissait de côté Le Caïman de Nanni Moretti.


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