NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Monique Jubinville consacre 90 % de ses modestes revenus à un logement dans un complexe d’appartements pour aînés dit « abordable », financé par l’État et géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal.
Aux Résidences Enharmonie, la femme de 82 ans paie chaque mois 1875 $ pour son trois et demie, ce qui comprend l’électricité, le téléphone et certains services (un dîner par jour la semaine ; un déjeuner la fin de semaine). Son revenu annuel s’élève à 25 000 $ en incluant la pension fédérale, la rente du Québec, le crédit de maintien à domicile et le crédit de solidarité.
Si elle s’en sort, c’est parce que sa fille a accepté de payer ses autres dépenses. « Je suis quand même privilégiée d’avoir ma fille. Elle est très généreuse, mais elle aussi a des dépenses. Ce serait agréable d’avoir une subvention pour mon loyer. »
Les Résidences Enharmonie comptent au total 1452 résidents répartis dans 11 bâtiments sur l’île de Montréal. Les premières bâtisses ont été construites dans la foulée de la crise du logement du début des années 2000. La Ville, alors dirigée par le maire Gérald Tremblay, avait lancé l’opération « Solidarité 5000 logements », qui avait été financée par Québec, Ottawa et la Ville.
Ces appartements font partie de l’offre de logements dits « abordables » de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) et sont réservés majoritairement à des aînés à revenu modeste. Les trois quarts des places sont réservées à des personnes ayant un revenu annuel de moins de 44 000 $.
Si les frais sont si élevés, c’est parce que les résidences doivent « s’autofinancer », explique la directrice des communications de l’OMHM, Valérie Rhême. Le coût s’explique aussi par la portion « services » du loyer, qui s’élève à environ 349 $ dans le cas de Mme Jubinville.
« Ces services [par exemple : repas, télévision, sécurité] font augmenter le loyer global comparativement à nos logements abordables sans services, destinés aux familles », indique Valérie Rhême.
Pire depuis quelques années
Or, ces dernières années, la pression sur les locataires s’est accrue. L’an dernier, le loyer de Mme Jubinville a augmenté de 100 $ par mois. Depuis 2022, les hausses de loyer oscillent entre 4 et 6 % par année, déplore la secrétaire du Conseil consultatif des résidents, Francine Cayer, d’une autre Résidence Enharmonie.
Avec des pensions de vieillesse qui augmentent de 2 % par année, les locataires ont de plus en plus de difficulté à boucler leurs fins de mois, souligne-t-elle. « J’ai vu des personnes qui ont dû déménager parce qu’elles ne pouvaient plus payer les augmentations du loyer. Il y en a qui vivent dans le sous-sol de leur fille ou de leur garçon. Mais si elles n’ont pas d’enfant, si elles sont seules, elles s’en vont où ? Dans la rue ? »
En décembre, les conseils de résidents de plusieurs résidences ont réalisé des sondages pour mesurer la détresse financière des locataires.
Dans la résidence de Mme Jubinville, les résultats étaient inquiétants. Sur les 193 résidents, 101 ont répondu, explique-t-elle. « Il y en a 89 qui ont répondu que c’était impossible d’arriver. Il faut qu’ils fassent des miracles. » Certains ont dit qu’ils devaient couper dans les loisirs ; d’autres, dans les vêtements, les médicaments ou la nourriture. Il s’en trouve aussi qui ont dit qu’ils devaient couper partout. « Ils n’ont pas tous une fille, comme moi, qui compense financièrement. »
Des suppléments au loyer (PSL) en nombre limité
Comment se fait-il que l’OMHM n’ait pas planifié ses budgets dans le temps afin d’éviter de fragiliser les locataires ? « Nous l’avons fait », a répondu Mme Rhême par écrit. « Il faut savoir que la certification obligatoire des RPA entraîne diverses obligations et des coûts associés. Aussi, comme dans tous les secteurs, les coûts des biens et services ont explosé. »
En guise de solution, l’OMHM a commencé à offrir des aides financières qui permettent de limiter à 25 % la part du revenu des locataires consacrée au loyer, comme c’est le cas dans les HLM (habitations à loyer modique).
Dans le jargon de l’habitation, on appelle cela des PSL (pour « programme de supplément au loyer »). Avec un PSL, une personne qui a un revenu de 20 000 $ paie un loyer maximum de 416 $ par mois.
Par contre, le PSL ne couvre pas la partie du loyer consacrée aux services (électricité, télévision, téléphone et un repas par jour). Dans le cas de Mme Jubinville, c’est 349 $ de plus chaque mois.
Mais, de toute façon, Mme Jubinville n’a pas obtenu de PSL. Elle en a fait la demande, sans succès. « On m’a répondu à la fin de l’été pour me dire que j’étais admissible, mais que je ne l’aurais pas incessamment parce qu’on est sur des listes d’attente. »
L’OMHM a offert des dizaines de PSL dans son immeuble, mais il n’en a pas suffisamment pour répondre à tous les besoins. En réponse aux questions du Devoir, sa porte-parole a répondu que leur nombre était « limité ».
Dans la résidence de Mme Jubinville, l’OMHM dispose de PSL pour au maximum 50 % des résidents. Questionnée sur le cas de Mme Jubinville, la porte-parole de l’OMHM a répondu qu’elle pourrait possiblement avoir un PSL « si un logement avec PSL se libérait ». Elle est au 5e rang sur la liste d’attente.
Un modèle critiqué
Pour réduire les coûts, l’OMHM a notamment proposé aux locataires de revoir la formule des repas. « Nous avons évalué divers scénarios avec nos locataires dans le passé pour réduire le coût des services : au lieu du service aux tables, offrir un service de type cafétéria ; au lieu de deux options de menu, en avoir une seule, etc. Ces scénarios ont été rejetés par les locataires. »
L’OMHM a aussi proposé de fermer la cuisine certains jours fériés. Mais cela génère d’autres problèmes, avance Mme Cayer. « Les coupes dans les services n’ont pas résolu le problème. L’administration a travaillé avec les symptômes et non avec le problème. L’approche d’autofinancement par les locataires pour 10 petites résidences à maintenir les actifs, ça ne peut pas être la solution. Ça requiert des subventions pour maintenir les actifs, tout comme avec les HLM. »
La coordonnatrice de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec, Patricia Viannay, est d’ailleurs venue en aide au Conseil des résidents. Selon elle, leur situation montre que ce qu’on appelle le « logement abordable » « ne remplit pas ses promesses ». « On pensait que, vu qu’il n’y avait pas d’objectif de profits, on pourrait maintenir des loyers bas. Mais on se rend compte que les coûts d’exploitation augmentent plus vite que les revenus des locataires. »
Il faudrait, dit-elle, qu’on puisse offrir des suppléments au loyer (PSL) « pour tous les locataires qui y ont droit ».
Au Québec, au moins 2735 ménages résidant dans des logements abordables consacrent plus de 30 % de leur revenu à leur loyer, selon des données de la vérificatrice générale du Québec.
Ensemble, soutenons la réflexion
Média rigoureux et lucide, Le Devoir ne se contente pas de relater les faits.
Nos journalistes vous offrent les clés pour mieux comprendre l'actualité
d'ici et d'ailleurs. En soutenant notre mission, vous assurez la pérennité
d'un journalisme indépendant, exigeant et engagé.


3 month_ago
15


























.jpg)






French (CA)