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"Un droitier ça ne se crée pas : on l'est ou on ne l'est pas". Les piliers droits, une espèce en voie de disparition ?

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La relève en pilier droit constitue l'un des principaux casse-tête du staff du XV de France actuellement. Un poste qui demande un profil très particulier. Et de plus en plus rare?

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Dorian Aldegheri et Demba Bamba, ici avec le XV de France, appartiennent à cette

Dorian Aldegheri et Demba Bamba, ici avec le XV de France, appartiennent à cette « espèce à part » que sont les piliers droits. (©Icon Sport)

Par Emilie Dudon-Fournier Publié le 18 août 2026 à 18h02

C’est l’un des plus gros chantiers du XV de France. Alors que le transfert annoncé à Toulon du droitier international Régis Montagne (25 ans, 9 sélections) fait les gros titres, la question du poste de pilier droit chez les Bleus reste l’une des principales interrogations du staff tricolore à un peu plus d’un an de la Coupe du monde. Ce n’est un secret pour personne : la retraite de Uini Atonio (36 ans, 68 sélections) a laissé un grand vide… Les essais sont nombreux. Lors du Championnat des Nations cet été, Fabien Galthié avait embarqué Régis Montagne, mais aussi testé Tevita Tatafu (23 ans, 3 sélections) et redonné une chance – pas forcément saisie – à Demba Bamba (28 ans, 33 sélections) en l’absence de Dorian Aldegheri (33 ans, 28 sélections).
Il semble rester toujours autant de certitudes, à un poste pourtant capital. Et à nul autre pareil… « Pilier droit, ce n’est pas un poste, c’est une mentalité, une façon de vivre. Et ce n’est pas fait pour tout le monde », confie à Actu Rugby l’ancien droitier des Bleus Daniel Kotze (39 ans, 4 sélections). On vous explique pourquoi…

« Le pilier droit, c’est la poutre maîtresse, l’homme de base »

Avec une immense légende du numéro 3, Jean-Pierre Garuet (73 ans, 42 sélections), d’abord : « La structure se fait à partir du pilier droit. Tu peux avoir la plus belle mêlée du monde, la plus gaillarde mêlée du monde, elle ne vaut rien si tu n’as pas un bon droitier », affirme-t-il les yeux et le verbe pleins de passion.

« C’est vraiment la poutre maîtresse, l’homme fort, l’homme de base. On greffe un pilier gauche en fonction du pilier droit, pas l’inverse. Et je vous assure qu’on ne devient pas cet homme de base du jour au lendemain. Il faut passer des examens, et il y en a quelques-uns, je peux vous le dire », ajoute-t-il dans un clin d’œil.

"Un pilier droit, ça ne se crée pas. On l'est ou on ne l'est pas. Il faut trouver quelqu'un qui ait déjà ce caractère spécial. Tu ne peux pas mettre n'importe qui à ce poste. Et quand tu trouves le bon mec, il faut le soigner et tu n'as pas intérêt à le lâcher car ça ne court pas les rues".

« Biberonné » à l’ASM par un certain David Zirakashvili, terreur du poste durant 15 ans à Clermont et avec la Géorgie, le Sud-Africain de naissance, parti s’occuper d’une ferme dans son pays depuis sa retraite, a appris des meilleurs. Et il en est persuadé : les droitiers sont une « espèce » à part. Une sorte de caste ou de clan un peu particulier, presque mystérieux.

Ce qui fait leur différence ? « Ils ne lâchent rien », reprend-il. « Il faut être très costaud, avoir cette envie féroce d’être le meilleur tout le temps. Dans une mêlée, celui qui tient, c’est celui qui a décidé avant qu’il ne va pas perdre. Pour ça, il faut être très, très dur. Et ne pas lâcher, c’est ça le truc. »

Parce qu’« on parle beaucoup de la puissance physique mais il n’y a pas que ça », tonne Jean-Pierre Garuet. « Il y a une technique très précise avec des appuis, la pointe de l’épaule… Quand vous rentrez en mêlée et qu’a lieu l’impact, il y a un coup d’électricité. Ensuite, le corps se détend mais si vous avez été pris à l’impact et reculé, même de seulement 2 cm, vous ne pouvez pas les reprendre. Même si vous faites 150 kg. »

« La mêlée, c’est très intelligent »

Un art, véritablement, selon ces amoureux du poste : « Je l’ai toujours dit : la mêlée, c’est très intelligent, et pas seulement costaud », souffle le quadruple vainque du Tournoi des 5 Nations dans son accent chantant.

Selon Daniel Kotze, toutes ces raisons expliquent pourquoi il est de plus en plus dur de trouver des bons piliers droits. « La vie devient plus facile… », lâche-t-il en souriant. Peu encourageant, alors, pour les Bleus dans leur quête de ce premier titre mondial tellement espéré ? La clé, pour Jean-Pierre Garuet, est étonnamment de ne pas se focaliser sur le poste de droitier.

Il milite pour un gros renforcement de tout l’axe droit de la mêlée, avec « des bulldozers qui poussent derrière. Des deuxième ligne vraiment deuxième ligne. Des troisième ligne vraiment troisième ligne. Pas des mecs qu’on bouge de place tous les quatre matins. Un troisième ligne à droite, ce n’est pas le même qu’un troisième ligne à gauche ! », peste-t-il.

Avant de s’excuser : « Pardonnez-moi, je suis vif mais ça m’énerve ». Les piliers droits sont aussi des gens passionnés. Vous aviez remarqué ?

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