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Un combat face à la météo sans protection pour les producteurs d’asperges et de fraises

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Une gelée inattendue au mois de mai, de la pluie record au mois de juin, des températures qui explosent au mois de juillet… Les producteurs n’ont eu aucun répit au Manitoba depuis le début de la saison. Si ces intempéries ont causé de grandes pertes financières pour les agriculteurs, certains peuvent au moins bénéficier de programmes d’assurance pour boucher les trous dans leur caisse, alors que d'autres n’y ont pas accès.

En matière d’assurance, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les producteurs d’asperges, par exemple, ne sont couverts par aucun programme de la Société des services agricoles du Manitoba (MASC).

Cette lacune coûte cher à Michelle Baril, productrice d’asperges depuis 25 ans. Ses asperges ont été détruites par le gel à sa deuxième semaine de récolte.

Les pertes peuvent être de 7000 à 10 000 $, peut-être même plus, déplore-t-elle.

Les récoltes de blé, de pois, de lentilles, de canola, c’est tout couvert par les assurances, mais pas les asperges.

C’est le même constat pour la productrice de fraises Angie Cormier. Les pluies torrentielles ont causé une trop grande humidité dans les champs, et une partie de ses fraises ont commencé à se gâter.

Dans le cas des ces petits fruits, il existe deux programmes d’assurance, strictement délimités : l’un couvre les dégâts causés par la grêle, l’autre assure les nouveaux plants de fraises de moins d’un an.

Une femme dans un champ de fraises.

La directrice générale de l'Association des producteurs de fruits des Prairies, Angie Cormier, travaille avec la Société des services agricoles du Manitoba pour tenter de mettre en place un programme d'assurance pour les fruits au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Juliette Straet

Nous sommes nombreux à avoir un emploi sur le côté, parce qu’il n’y a pas d’assurance qui couvre les pertes de production fruitière, contrairement aux producteurs de grain, explique l’agricultrice, qui cultive des fraises depuis 21 ans.

Pour Angie Cormier, il est encore trop tôt dans la saison pour évaluer ses pertes. Heureusement, elle a quand même pu ouvrir son champ aux amateurs de baies. Cependant, certaines fermes moins chanceuses ont dû annuler leur saison, comme la ferme Star Berry Patch, du côté de Starbuck.

Des programmes en chantier

Angie Cormier est aussi à la tête de l’Association des producteurs de fruits des Prairies. Cela fait plusieurs années qu’elle tente de mettre sur pied un programme d’assurance pour les producteurs de fruits, principalement de fraises, de camerises et de baies de Saskatoon.

Les programmes de gestion de risques, un filet de secours du gouvernement fédéral (Agri-stabilité et Agri-investissement), sont insuffisants pour couvrir les pertes des producteurs lors d’année comme celle-ci.

Des fraises dans un champs.

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Dans le cas des fraises, deux programmes d’assurance, strictement délimités, existent; l’un couvre les dégâts causés par la grêle, l’autre assure les nouveaux plants de fraises de moins d’un an.

Photo : Radio-Canada / Juliette Straet

La coopération entre les producteurs de fraises et la MASC se poursuit, mais des défis persistent, notamment la difficulté d’établir des données sur la quantité de fraises produites par les producteurs.

On veut être capables de comparer ce qu’ils produisent dans une année normale par rapport à une année avec des pertes. Il faut pouvoir vérifier ces informations, surtout lorsqu'il s'agit d'un programme d'assurance dont le coût pourrait être partagé entre deux ordres de gouvernement, explique David Van Deynze, chef de produit à la Société des services agricoles du Manitoba.

Pour Angie Cormier, le plus important est de créer un programme qui a du sens pour les agriculteurs, auquel ils pourront effectivement participer.

Notre programme pour les légumes est encore en train de pousser, indique David Van Deynze en parlant des asperges. De nouvelles cultures y ont été ajoutées ces dernières années, comme les citrouilles, les poivrons et les poireaux. Les asperges ne sont pas sur la liste pour l’instant, ajoute-t-il.

Parce qu’on est petit, on n’est pas aussi important que les producteurs de céréales et d’autres légumes, mais ce n’est pas tout à fait juste. Juste parce qu’on est petit et unique, cela ne devrait pas dicter si on a des assurances.

La MASC travaille avec des organismes comme Direct Farm Manitoba pour déterminer quelles cultures doivent être ajoutées à la liste.

Non seulement elle n'est pas une priorité pour le secteur, mais en outre, la culture d’asperges a certaines particularités qui la rendent plus compliquée à assurer, selon David Van Deynze. Il y a notamment le fait que c'est une culture pérenne dont la saison est bien plus courte que les autres légumes.

Il faudrait qu’on comprenne parfaitement cette culture et qu’on détermine ce que ça implique du point de vue de l’assurance, explique David Van Deynze.

L’Ontario et le Québec comme source d’inspiration

En Ontario et au Québec, les producteurs d’asperges et de fraises sont bien plus protégés par les programmes d’assurance. Plusieurs agriculteurs estiment que le Manitoba a beaucoup à apprendre de ses voisins à l’est.

Absolument; nous rencontrons et nous parlons avec différentes compagnies d’assurance à travers le pays.

Pour les fraises, Agricorp, en Ontario, a un programme d’assurance qui couvre les pertes de production causées notamment par les conditions météorologiques défavorables et d'autres risques naturels incontrôlables.

C’est semblable à ce que nous voulons mettre en place, mais les producteurs de fraises en Ontario sont bien plus commercialisés et établis qu’ici, alors c’est plus facile pour eux de déterminer leur rendement, explique David Van Deynze.

Les producteurs d’asperges sont couverts par le programme d’assurance récolte au Québec et l’assurance production en Ontario. Ces deux programmes protègent les récoltes contre les risques associés aux conditions climatiques et aux phénomènes naturels incontrôlables.

En Ontario, cette assurance est offerte depuis 1984. C’est un programme financé à 60 % par les partenaires gouvernementaux. En moyenne, au cours des 5 dernières années, 10 producteurs ont bénéficié de ce programme pour un montant de sinistres payés de 700 000 $ par an.

L’Ontario est l’un des plus grands producteurs d’asperges au Canada avec près de 60 producteurs commerciaux. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ces producteurs bénéficient d’un programme d’assurance depuis si longtemps.

Pour regrouper les risques de chacun, mettre en place un système de mutualisation, il faut avoir un nombre suffisant de producteurs. C’est un des principes de base de l’assurance, explique Arlie McFaul, spécialiste principal de l’industrie à Agricorp.

Un champ d'asperges.

Après une saison compliquée, la productrice d'asperges Michelle Baril a laissé ses asperges monter en fougères, afin que les plantes reconstituent leurs réserves pour l'année prochaine.

Photo : Radio-Canada / Juliette Straet

La présence d’un tel programme d’assurance permet aussi aux agriculteurs d’avoir la confiance nécessaire pour investir dans leur secteur. Michelle Baril aimerait avoir une telle confiance.

Malgré les investissements majeurs et les pertes quand ça va mal, Michelle Baril reste convaincue que la culture d’asperges a sa place au Manitoba.

C’est un plan qui pousse très bien dans notre terre de la rivière rouge. Une fois établis, les champs peuvent produire au-delà de 30 années, souligne-t-elle.

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