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La loi sur la fin de vie vient d’être définitivement votée par les députés. À cette occasion nous republions, ici, notre interview de la réalisatrice de ce film, Mia Hansen-Løve, et son actrice Léa Seydoux, que « Le HuffPost » avait rencontrées à sa sortie en 2022.

Les Films du Losange
Melvil Poupaud et Léa Seydoux, ici à l’affiche du nouveau Hansen-Løve, « Un beau matin ».
À qui revient notre décision de mourir ? Dans quelles conditions pourrait-on la prendre ? Alors que l’Assemblée nationale vient récemment de voter la loi créant un « droit à l’aide à mourir », un film tout en nuances signé Mia Hansen-Løve, actuellement disponible en streaming sur Paramount +, nous offre de quoi réfléchir « librement » sur le sujet.
Ce n’est pas le sujet premier du long-métrage, le huitième de la réalisatrice française (Bergman Island, L’Avenir, Un amour de jeunesse). L’histoire d’Un beau matin, c’est celle de Sandra (Léa Seydoux), une jeune maman qui élève seule sa fille depuis la disparition de son partenaire, il y a cinq ans. Le père de Sandra (Pascal Gregory) est malade. Il est atteint d’une maladie dégénérative grave. Il perd la mémoire et progressivement la vue.
Alors qu’elle s’engage à lui trouver un lieu sûr en Ehpad, Sandra croise le chemin d’un ami perdu de vue, Clément (Melvil Poupaud). Lui est en couple, mais va vivre avec Sandra une relation passionnée. Derrière le récit de cette renaissance se dissimulent le manque, l’absence, les adieux et tous les enjeux qu’entraînent le deuil ou la maladie. Les discussions autour du choix de continuer à vivre ou de mettre un terme à ses jours en font partie.
Découvrez ci-dessous la bande-annonce du film :
Un jour, alors que Sandra rend visite à son père à l’hôpital, celui-ci la prend entre quatre yeux. Il est confus. Il dit avoir du mal à dormir. Il aimerait pouvoir s’endormir pour de bon. Sandra croit comprendre qu’il lui demande d’être euthanasié. « Ce qui à mes yeux est très douloureux dans cette scène, et c’est pour ça que je l’ai écrite, c’est que nous ne sommes pas sûrs de ce qu’il demande vraiment, nous a expliqué la cinéaste, que Le HuffPost a rencontrée à la sortie du film, en 2022. Il y a vraiment un doute. »
« Si on a envie de le faire, on devrait avoir le droit de le faire »
L’ancien prof de philo brillant qu’il était n’a, aujourd’hui, plus toute sa tête. « Ce que je trouve cruel, c’est qu’il ne puisse même pas formuler sa demande », continue Mia Hansen-Løve. Le scénario d’Un beau matin est né de son histoire personnelle, lorsqu’elle a été confrontée à la maladie de son père alors qu’il était encore en vie.
« Le plus insurmontable pour moi, c’est la souffrance qu’a été la sienne au moment où il s’est vu sombrer tandis qu’il était encore capable de réfléchir. Si à un moment donné, il avait pu décider de ne pas vivre ces souffrances-là, je n’aurais pas pu lui en vouloir, nous a-t-elle confiés. Je n’aurais pu que comprendre. »

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Pascal Gregory aux côtés de Léa Seydoux.
Ce n’est pas aussi évident pour tout le monde. En septembre 2022, la nouvelle de Jean-Luc Godard ayant eu recours au suicide assisté pour mettre fin à ses jours a, par exemple, « beaucoup heurté » Léa Seydoux. « Je comprends qu’on ait envie de faire le choix de sa propre mort, d’être le maître à bord de son existence, a soufflé l’actrice, lors de cette même interview. Je considère que si on a envie de le faire, on devrait avoir le droit de le faire. »
Seulement, Léa Seydoux trouve cette décision très radicale et dure, notamment à l’égard de l’entourage. « Choisir cette fin de vie là me ramène peut-être à une dureté qu’il y a autour de moi. Ça peut être un geste violent pour les autres, a-t-elle estimé. Je peux comprendre aussi que les autres ont envie d’espérer jusqu’au bout. »
Un droit de « l’aide à mourir »
Légale dans certains autres pays voisins, comme la Suisse ou la Belgique, « l’aide active à mourir », comme l’a défendue Line Renaud dans une tribune, ne l’était pas encore en France, lorsque le film est sorti. Un comité de 150 citoyennes et citoyens français tirés au sort avait alors été missionné pour orienter le gouvernement sur un éventuel nouveau changement de loi. Le débat a été clivant, et risque de continuer à l’être dans l’opinion publique, malgré le vote des députés, ce mercredi.
Quand elle a parlé de son avis sur le sujet autour d’elle, Mia Hansen-Løve nous a raconté qu’une personne, anciennement proche de son père, a réagi « très violemment contre l’euthanasie ». On lui a ainsi fait remarquer qu’il n’aurait jamais mis fin à ses jours car il a toujours été très affecté par le suicide de son propre père.
« Ce que je comprends très bien, mais ce n’est pas pareil, nous a dit la réalisatrice. La maladie, c’est aussi beaucoup de souffrance pour les autres. Certains peuvent vouloir mourir parce que leur souffrance fait tellement du mal aux autres que ce serait mieux pour eux. » Pour la cinéaste, « c’est un débat dont il faut accepter la complexité ». « Il n’y a aucune évidence », commente celle qui, depuis ses débuts dit faire un cinéma « qui croit dans la nuance, dans le paradoxe ».
Un monde « polarisé »
Un beau matin peut être poignant et émouvant, mais son traitement du sujet de la fin de vie est délicat, bienveillant. Il n’est pas dans la confrontation des points de vue, pas même quand Sandra, en pleurs, demande à Clément de lui promettre de l’aider à mourir si, un jour, elle aussi tombe gravement malade.

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Sandra (Léa Seydoux) accompagne Georg (Pascal Gregory), son père, se balader sur la terrasse de l’Ehpad.
« On vit dans un monde de plus en plus polarisé et le cinéma se fait l’écho de ça, avec des films de plus en plus politiques ou qui revendiquent des messages politiques de façon très explicite, continue Mia Hansen-Løve. J’essaye de faire des films qui rendent compte d’une expérience du monde. Après ça, les gens en font ce qu’ils veulent. Si ça les enrichit, si ça les aide à vivre, tant mieux, mais je ne vais pas expliquer aux gens comment penser. »
Et de nuancer : « J’ai mes convictions, mes personnages aussi. Mais le film n’est pas une machine pour servir un discours. Ce n’est pas la vocation du cinéma pour moi. Je préfère garder mes opinions pour moi et donner des outils qui permettent aux gens de penser librement. »


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