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Afin de réduire les risques d'empêtrement des baleines, le centre d'expertise Merinov lance un appel aux crabiers volontaires. Une centaine de prototypes d'un nouveau maillon faible seront disponibles pour être testés en mer ce printemps, avant la commercialisation de l’outil.
Le nouvel engin de pêche est en développement depuis 2019. Il s'agit d'un maillon faible à double seuil, fruit d’une collaboration entre Merinov, l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et l'Association des crabiers gaspésiens.
Le maillon est conçu pour résister à la tension de remontée d'un casier de crabe, mais est fait pour se détacher si une baleine s'empêtre dans les cordages.

Près de la moitié des baleines à bosse et des rorquals communs du Saint-Laurent présentent des signes d’empêtrement. (Photo d'archives)
Photo : NOAA FISHERIES/ALISON OGILVIE
La baleine va arriver et s'empêtrer. Elle va faire un mouvement de rotation, s'emmêler au niveau du cordage [...] puis le maillon faible va se libérer, explique Éloïse Lemaire, chargée de projet au sein de Merinov.
Plutôt que de traîner une lourde rangée de casiers, le cétacé pourra supporter plus facilement un cordage plus léger et moins de tension. Cela facilite aussi les opérations de désempêtrement des agents du ministère des Pêches et Océans (MPO).

Exemples de configurations d’engins de pêche plus sécuritaires pour les baleines que des engins de pêche conventionnels, dont les casiers sont reliés à la surface par des cordages uniques. (Photo d'archives)
Photo : Pêches et Océans Canada
Convaincre les pêcheurs
En février, Ottawa a annoncé le lancement de sa stratégie nationale pour limiter les empêtrements et mettre au point des engins de pêche sécuritaire.
Le besoin d’innover est pressant: il reste moins de 400 baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce en voie de disparition. Plus de 80 % de ces mammifères portent des cicatrices attribuables aux filets de pêche.

Selon la Loi sur les espèces en péril, la baleine noire de l’Atlantique Nord est toujours considérée comme une espèce en disparition. (Photo d'archives)
Photo : Pêches et Océans Canada/Jolinne Surrette
Les crabiers avaient cependant émis des réserves sur les engins, tels que le maillon faible, craignant que cela ne modifie leurs habitudes de pêche ou ne ralentisse la remontée de leurs casiers.
Éloïse Lemaire rétorque que le maillon est désormais au point. Certains détails restent cependant à peaufiner, afin de limiter la corrosion, augmenter la durée de vie de l'engin ou l’adapter aux différents bateaux.

Éloïse Lemaire est chargée de projet pour Merinov et responsable du centre d'expertise de diversification des pêches.
Photo : Mérinov
On essaie de faire en sorte que ça soit plutôt le maillon qui s'adapte au bateau plutôt que le bateau qui s'adapte au maillon, ajoute-t-elle.
L’avantage de ce maillon, c'est que, dès le début, dès notre premier prototype, on a impliqué les pêcheurs pour vraiment savoir quels étaient leurs besoins. Et justement, on ne pouvait pas se permettre d'augmenter la durée d'une remontée par l'installation de ce maillon.

Le maillon faible se fixe au-dessus des casiers de crabe. Si une tension de 1700 livres est exercée sur le casier, il se libère pour limiter l’empêtrement d’une baleine.
Photo : Gracieuseté de Merinov
Vers une commercialisation?
En 2025, une quarantaine de crabiers de la Côte-Nord et la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine ont testé l’objet, fait valoir la chargée de projet. Merinov prépare la saison 2026 et invite tous les crabiers volontaires à tester de un à cinq engins à bord de leur navire.
Si tous les navires gaspésiens pouvaient en tester au moins un, ça serait l'idéal, avoue Éloïse Lemaire. Les pêcheurs intéressés peuvent communiquer directement avec Merinov ou passer par l'Association des crabiers gaspésiens.
La prochaine étape pour le centre de recherche sera de commercialiser le produit avec l’aide d’une jeune entreprise de Rimouski. On est en train de regarder combien ça coûterait d'installer un maillon, de le fabriquer...

La conception et l’assemblage du maillon faible à double seuil sont faits à l’UQAR.
Photo : Gracieuseté de Merinov
En tout cas, une chose est sûre, c'est qu'on veut que ça reste accessible aux pêcheurs parce que si dans la réglementation ils doivent équiper tous leurs casiers, ça peut se chiffrer vite.
L'élaboration du maillon s'est faite grâce au Fond des pêches, un fonds de recherche provincial-fédéral dont le financement arrive à échéance à la fin mars et qui n'a toujours pas été renouvelé.
Avec les informations de Stéphanie Rousseau


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