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Un ancien monastère franciscain de Rosemont change de vocation

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Situé à deux pas de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, un vaste ensemble conventuel franciscain, construit entre 1914 et 1960, sera bientôt encerclé par des tours d’habitation. Seule une portion des bâtiments actuels, le cœur du cloître, sera préservée. Deux amputations majeures sont prévues : l’église, une construction moderne aux accents brutalistes, et l’infirmerie. Leur disparition ouvrira la voie à de nouveaux volumes, appelés à densifier ce secteur. Ce sont 750 logements qui enserreront bientôt de très près ces bâtiments.

Acquis en 2025 par l’organisme Entremise après une décennie de vacance, le bâtiment doit être reconverti en un projet communautaire, mixte et inclusif, dont l’abordabilité serait garantie à long terme, explique une de ses responsables, Sandrine Gaulin. Ce volet communautaire était une condition imposée à un promoteur privé pour qu’il puisse se lancer, tout autour, dans de vastes projets de construction.

Le projet de reconversion prévoit une remise aux normes minimales. On y trouvera notamment une antenne de Chic Resto Pop, une épicerie de proximité proposant des produits frais et essentiels ainsi que des logements et des ressources destinés à de jeunes adultes issus du monde de la protection de la jeunesse.

Semaine Design

Cette transformation majeure est présentée au public dans le cadre de la Semaine Design de Montréal. Jusqu’au 7 mai, on met en lumière, sur le site du monastère, des pratiques contemporaines en architecture et en design. Entre réemploi, densification et mutation des usages, le monastère des Franciscains devient ainsi un cas exemplaire de réappropriation. On peut notamment y voir des efforts réalisés par des artistes pour revaloriser les bois issus de la chapelle, celle-ci étant promise à la démolition. Plus largement, l’ensemble du projet repose sur une logique de « frugalité créative », expose avec conviction Sandrine Gaulin. Autrement dit, comment construire moins, transformer davantage, et réutiliser autant que possible ce qui existe déjà.

Le site s’ouvre au public au cours des prochains jours sous la forme d’une exposition. Celle-ci met en valeur les matériaux récupérés : les anciens bancs en chêne de la chapelle ont été transformés en un nouveau mobilier. Au sous-sol, une matériauthèque a été constituée : du bois y est entreposé, en attente de transformation. Ailleurs, les étagères d’une ancienne bibliothèque seront démontées puis réutilisées. La pierre grise qui constitue les murs de l’infirmerie, typique des constructions montréalaises, devrait elle aussi être récupérée lors de sa démolition.

Autre époque

À l’intérieur, sous les combles, une petite chapelle subsiste. Dans un coin, un lavabo émaillé dont l’évacuation conduit à la terre plutôt qu’aux égouts, l’eau bénite ne devant pas subir pareil mélange. Sur un autre plancher, les cellules des religieux racontent, chacune à leur manière, l’évolution d’un monde en retrait. Certaines sont restées austères. D’autres témoignent d’adaptations plus inattendues. L’une d’elles, habillée d’un fini en simili-bois, a été transformée par son occupant, selon la mode des années 1970, en un espace coloré, avec une annexe aux murs couverts de moquette épaisse qui fait tout de suite sourire.

Cette juxtaposition de couleurs et de styles donne au monastère une atmosphère parfois déroutante. On entre là comme dans une sorte de coupe transversale de la vie religieuse de la fin du règne catholique au Québec. Le cloître lui-même n’y échappe pas. Sur les lattes de bois du plancher, des carreaux de vinyle multicolores composent un décor kaléidoscopique inattendu, évoquant un peu les jeux de couleurs en céramique d’une abbaye comme Saint-Benoît-du-Lac.

À l’arrière, le jardin abandonné, avec ses grands arbres, porte les marques d’un abandon progressif. Une grande croix en bois, rongée par la pourriture, a perdu sa partie supérieure. Au sol, des plaques commémoratives gravées indiquent la présence passée de sépultures. Là s’élèveront bientôt de nouvelles constructions.

C’est dans ces lieux que Pierre Vallières, jeune intellectuel en quête de sens, s’essaie brièvement à la vie franciscaine, entre 1958 et 1960, attiré par un idéal de pauvreté, de foi et de justice sociale. L’expérience tourne court : la discipline et les limites de l’institution nourrissent une déception décisive qui le pousse vers l’engagement politique. L’ancien novice deviendra l’une des figures radicales des années 1960. Un parcours marqué par un passage à la clandestinité et la rédaction de Nègres blancs d’Amérique, en partie écrit dans une cellule de New York.

Dans ce monastère où se trouvait encore, il y a une dizaine d’années, une riche bibliothèque d’incunables, l’ombre de Vallières ajoute de l’épaisseur et de la valeur à des murs déjà chargés d’histoire.

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