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Un immigrant pris une deuxième fois dans les dédales d’IRCC

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Mohamed Amine Daoud connaît probablement mieux les rouages de la bureaucratie fédérale que bien des Canadiens. Après avoir attendu sa carte de résident permanent pendant 2 ans, l’immigrant d’origine tunisienne patiente maintenant pour obtenir sa citoyenneté canadienne depuis 21 mois. Sans nouvelle d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) depuis des mois, le résident de Drummondville voit ses demandes d’accès à l’information restées lettre morte.

« Mon objectif n’est plus d’avoir la citoyenneté, mais simplement d’obtenir des réponses », laisse tomber Mohamed Amine Daoud, un brin découragé.

Chaque matin depuis plusieurs mois, l’homme de 39 ans se connecte au portail web d’IRCC pour surveiller l’évolution de sa candidature. Et chaque matin, le résultat est le même : « En cours ».

L’ingénieur de formation, arrivé au Québec en 2013 pour compléter une maîtrise en génie aérospatial, a déposé sa demande de citoyenneté le 6 septembre 2024.

Les premières étapes se sont déroulées rondement : M. Daoud a réussi son examen de citoyenneté avec une note parfaite en décembre 2024. Ses compétences linguistiques et sa présence effective au pays ont été confirmées le mois suivant. Comme demandé, il a transmis ses empreintes digitales dûment authentifiées.

Mais depuis, M. Daoud est sans nouvelle de IRCC. Depuis janvier 2025, le processus est bloqué à l’étape de vérification des antécédents.

Malgré plusieurs courriels et un appel à son député fédéral, il n’a reçu aucune explication sur les raisons qui pourraient justifier l’allongement du processus.

« Dans 95 % des cas, j’ai reçu des réponses automatisées. J’ai l’impression de parler avec des robots », explique M. Daoud.

En quête de réponses

À la recherche de réponses, il a lancé en février dernier une demande d’accès à l’information pour pouvoir obtenir son dossier. Même si la loi prévoit un traitement dans un délai de 30 jours, la démarche est toujours infructueuse. Après avoir porté plainte, il a déposé une nouvelle demande le 3 juin dernier.

« En accédant à mon dossier, je voudrais au moins avoir des éléments de réponse pour savoir ce qui bloque dans le processus », dit M. Daoud.

« Est-ce qu’il y a des éléments qui clochent, des points que je pourrais clarifier pour aider les agents d’IRCC et accélérer le traitement du dossier ? Pourquoi des gens sont déjà citoyens après 7, 8, 9 mois, alors que moi, après presque deux années, je n’ai pas de réponse ? »

Le cas de M.Daoud apparaît « inhabituel » aux yeux d’Yves Martineau, président de l’Association québécoise des avocats et avocats en droit de l’immigration (AQAADI).

Le délai de traitement normal d’une demande de citoyenneté tourne plutôt autour de 12 ou 13 mois, selon lui.

Questionné par Le Devoir, IRCC a précisé que le délai de traitement d’une demande de citoyenneté pouvait varier « selon les circonstances spécifiques » de chaque cas.

« Le temps d’attente réel dépend de la complexité du dossier, des vérifications des exigences de la citoyenneté et de la rapidité des réponses aux demandes d’IRCC. Le volume de demandes traité par IRCC peut aussi affecter ce délai », a indiqué un porte-parole.

M. Daoud travaille en ingénierie mécanique pour la firme Bluberi Gaming, dont le siège social est à Las Vegas.

« Si j’avais à me rendre aux États-Unis pour le travail, en ce moment, je ne pourrais pas le faire », juge-t-il.

Dans le contexte actuel aux États-Unis, « même comme citoyen, j’aurais de la difficulté, imaginez comme simple résident permanent ».

Frustration et déception

Ce n’est pas la première fois que M. Daoud est aux prises avec des longs délais d’IRCC. Après l’obtention de sa résidence permanente en février 2021, il a dû attendre deux ans sa carte authentifiant son statut en raison d’une erreur postale.

« Sans ce bout de papier, je ne pouvais pas sortir du Canada. J’ai été chanceux que personne de ma famille [en Tunisie] ne soit malade ou que je doive quitter en urgence. »

Le 2 juillet prochain, Mohamed et sa conjointe Madiha El Habti, originaire du Maroc, déposeront une demande de regroupement familial pour permettre à cette dernière d’accéder à la résidence permanente. Ils feront partie des milliers de candidats qui déposeront leur candidature après un gel de presque un an du Québec.

Le couple craint que leur dossier se perde parmi le flot de demandes, d’autant que les délais de traitement des parrainages sont supérieurs au Québec que dans le reste du Canada.

« C’est frustrant et décevant. [L’immigration], ce n’est pas juste des accusés de réception et des numéros de dossier. Derrière ça, ce sont des personnes, des familles », se désole Mohamed Amine Daoud.

Selon le site d’IRCC, il y aurait présentement 326 400 candidats à la citoyenneté en attente d’une décision.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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