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Le meurtre d’un propriétaire de château du Calvados est jugé aux Assises du Calvados depuis ce vendredi 16 octobre à Caen. Les versions de l’accusé se multiplient.
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Par Grégory Maucorps Publié le 17 oct. 2026 à 10h04
Marvin*, un jeune homme de 29 ans, est jugé depuis ce vendredi 16 octobre 2026 par la Cour d’assises du Calvados à Caen pour le meurtre de Didier Bottin, le propriétaire du château de Canteloup, près d’Argences. Des faits qui remontent au 14 mai 2022, dans le hall de la propriété. À l’audience, les versions de l’accusé évoluent.
Un déferlement de violence dans le hall du château de Canteloup
On reproche à l’accusé d’avoir frappé avec une violence inouïe le châtelain de 62 ans, diminué par la maladie de Parkinson, dans sa propriété, le samedi 14 mai 2022. Déferlement de coups de poing et de pied au visage, ainsi que des coups de cannes et de parapluie, et le jet d’un vase. Retrouvée inanimée dans une mare de sang, la victime est finalement décédée des suites de ses blessures un mois après, le 17 juin 2022, après avoir été plongée dans le coma.
Il aura fallu 11 mois aux enquêteurs de la Section de recherches de gendarmerie de Caen pour placer Marvin en garde à vue, en avril 2023. Les investigations sur les relevés téléphoniques, le bornage de son téléphone le jour des faits et son ADN retrouvé sur les lieux du drame ont permis de le confondre.
La rencontre sur le site Coco et des relations sexuelles en question
Toutefois, en auditions comme au premier jour de son procès, l’accusé de 29 ans n’a cessé de changer de versions sur les faits.
Premier élément d’interrogation : la rencontre entre le châtelain et le jeune homme originaire de Guadeloupe. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a eu lieu sur le site Internet de rencontres Coco, fermé depuis. Dans sa première déposition devant les gendarmes, l’accusé parle de relations sexuelles tarifées entre eux.
Au premier jour de son procès devant les Assises du Calvados, ce 16 octobre, Marvin a livré une autre version :
J’allais sur ce site pour avoir des relations avec des femmes ou pour aller soutirer de l’argent (à des hommes) avec deux-trois potes.
En revanche, il n’a jamais eu de relations homosexuelles, insiste-t-il. « Quand il m’a contacté sur Coco, je lui ai répondu que je n’étais pas intéressé par sa proposition. Il m’a demandé si je cherchais un travail, là j’ai dit oui ». Quand le président de la Cour d’Assises lui rappelle ses propos de sa première déposition, il rétorque : « je ne m’en souviens pas ». Le directeur de l’enquête de gendarmerie rappelle également une plainte déposée à son encontre par un homme pour un vol de carte bancaire, lors d’une précédente rencontre via Coco.
Il dit avoir travaillé et vécu au château : personne ne l’a jamais vu
L’accusé indique également avoir travaillé au château de Canteloup à l’été 2021 (porter des objets sur des brocantes et élagage). Trois semaines durant l’enquête, une semaine et demi selon lui à l’audience. Idem pour avoir habité au château : entre juin et septembre 2021 durant l’enquête, un mois à l’audience.
Problème : personne ne l’a jamais vu au château. Ni le voisin du châtelain, ni le travailleur afghan qui vivait lui-même au château. « C’est bizarre effectivement », glisse l’accusé. Avant de redire : « je ne me souviens pas », quand on évoque sa précédente déposition sur le sujet sur les quatre mois passés au château.
Quel est le mobile réel de l’accusé ?
Pourquoi est-il est venu à pied de Caen ce samedi 14 mai 2022 à Canteloup ? « Concernant le mobile réel, l’interrogation perdure », glisse le directeur de l’enquête. Une chose est sûre selon lui : au vu des relevés sur le site Coco, il n’y a pas eu de contacts entre l’accusé et la victime les jours précédant le drame. Contrairement à la version de Marvin.
En fin de premier jour de son audience, il a aussi évolué sur ce point : « j’ai menti, je ne sais pas pourquoi. J’ai cru que j’allais m’en sortir en mentant ». Environ un an après leurs contacts, le jeune homme de 29 ans est retourné au château de Canteloup, sans prévenir, pour percevoir son dû financier, selon lui. 300 euros ? 750 euros ? Le sexagénaire n’avait pas d’argent à lui redonner. Mais au moment de partir, selon lui, la victime lui aurait mis une main aux fesses, ce qui a déclenché sa tornade de violence.
Cela m’a fait dérailler. Je n’avais jamais eu de problème avec lui, mais j’ai vu rouge. Personne ne me touche comme ça. Ma réaction n’a pas été normale, elle a été plus que disproportionnée. C’est un acte monstrueux, c’était un coup de folie, mais je n’ai pas voulu le tuer.
« Je n’ai pas mesuré ma force »
Quand une juge l’interroge sur sa corpulence (1,84 m, 92 kg) et celle de la victime, de plus de 35 ans son aîné et diminuée par la maladie de Parkinson, il acquiesce. « Il y avait un rapport de force important, mais je n’ai pas mesuré ma force. J’ai tapé… J’ai profité de ma carrure, je suis monstrueux d’avoir fait ça », livre-t-il.
Et pourquoi n’a-t-il pas prévenu les secours après avoir enjambé la victime et s’être enfui, les vêtements maculés de sang ? « Il bougeait encore », lance-t-il. « J’ai paniqué. Je venais de me battre avec lui, je n’allais pas appeler les secours. Je voulais simplement partir ».
Avant de lancer à l’intention de la famille : « j’ai un dégoût profond de moi-même. Je ne me pensais pas capable de faire ça. Tout s’est écroulé pour moi. Je n’attends pas de pardon de la famille mais dire que je suis 1 000 fois désolé ». Le procès se poursuit ce lundi 19 octobre devant la Cour d’assises du Calvados.
* prénom d’emprunt
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