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En attendant Glucks-super-mann
On avait dit : plus de blagues sur les patronymes !!
Le candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann à Marseille, le 1er octobre 2026 © Alain ROBERT/SIPA
La gauche bobo n’a pas dit son dernier mot. Vainqueur de la primaire, M. Glucksmann donne son premier grand entretien de presse écrite à un hebdo de droite. Mais, pour faire bonne mesure, il chouchoute immigrés, écolos et surtout stagiaires – renvoyant ainsi dans les cordes la méchante Mme Royal.
En lisant l’interview que Raphaël Glucksmann a donnée autour d’une enjouée tournée de Coca Zéro à l’hebdomadaire Le Point au lendemain de sa victoire à la primaire de la gauche, une certaine petite musique a tôt fait de nous revenir en mémoire. Vous savez, la célèbre anaphore de notre grand auteur classique, François Hollande : « Moi, président. » Suivait une kyrielle de belles promesses, d’exaltants engagements. Toute une litanie. C’est tout juste si, à la fin, on n’aurait pas souhaité entendre de la bouche du candidat à la rose : « Moi président, je raserai gratis. » On en était à deux doigts.
Régulations massives
Il y a donc de cela dans les propos tenus par le candidat désigné de la gauche non mélenchoniste au prochain scrutin présidentiel. Un catalogue des plus fournis de vœux pieux et de nobles intentions. Cela parfois ponctué de formules qui peuvent plaire dans les cénacles de la bourgeoisie dite pensante. Ainsi, à propos de l’immigration : « Je ne sacrifierai jamais l’économie française à la xénophobie. Assumons la maîtrise et la régulation, pas le mensonge. » La maîtrise et la régulation consisteraient donc en l’occurrence à régulariser. « Nous avons en France 250 000 travailleurs sans-papiers qui sont maintenus dans l’illégalité et qui font eux aussi tourner le pays. J’assumerai de les régulariser. » Et probablement, le triomphateur de la primaire de gauche (dont le nombre de participants était à peine la moitié de celui des sans-papiers évoqués par le candidat, donc vraiment une misère, pas grand-chose, puisqu’il semblerait que dans l’esprit glucksmannien 250 000 soit une quantité assez négligeable), le candidat donc, en ferait-il de même avec les 250 000 qui suivront, « mécaniquement » alléchés par la douce hospitalité ainsi démontrée ? Attendons une autre tournée de Coca Zéro pour le savoir.
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Nous avons aussi de belles saillies à propos de l’économie, sur l’héritage par exemple : « Nous ne voulons pas d’une société de rentiers et d’héritiers, mais une société de travailleurs. » On est au bord de se laisser aller à applaudir. S’il se peut que dans les quartiers où vit le candidat de la gauche propre sur elle, la densité au mètre carré de gros rentiers et d’héritiers dorés sur tranche soit importante, je ne sache pas que ce soit la généralité partout ailleurs. Dans la vraie vie, du moins celle que je connais, le rentier prospère est plutôt rare, et l’héritage — quand il y en a — plutôt riquiqui. Vivons-nous dans le même monde ? Telle est la question qui nous vient à l’esprit chaque fois que nous entendons la gauche, toutes tendances confondues, nous sortir ses prédications électorales.
Compagnons de déroute
Vu que le candidat a été rejoint par l’estampillé écolo Yannick Jadot, lui-même suivi en cela par — allez savoir ! — peut-être bien cinq ou six douzaines d’ardents compagnons de déroute, on attendait le triomphateur de la primaire sur ces sujets. « Je suis le candidat de la décarbonation et de la souveraineté », clame-t-il. « Ne soyons pas dogmatiques sur les moyens », ajoute-t-il aussitôt. Doit-on s’attendre à une forte génération spontanée de géants bienfaiteurs du courant électrique jadot-compatible, vous savez ce qu’on n’osera bientôt plus appeler du vilain mot d’éolienne ? On peut s’y attendre. Le « quant aux moyens ne soyons pas dogmatiques » laisse craindre le pire. D’expérience, ce sont là en général les mots qui, tout au contraire, ouvrent le champ au dogmatisme le plus décomplexé.
Il y a aussi, bien entendu, le retour sur le grand engagement sans cesse répété la main sur le cœur. « C’est acté. Pour de bon. Nous ne pouvons pas nous allier à LFI. » Cela, « pour des raisons de principe, de doctrine, de moment historique. Et même l’efficacité électorale l’exige, contrairement à ce que j’entends : pour battre l’extrême droite, ce qui sera l’enjeu existentiel de 2027, il faut avoir rompu nettement avec LFI. »
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Et c’est bien là que — enfin — un lecteur un peu au fait de ces questions se prend à rigoler. Il y a toujours un moment où les prédicateurs de la bonne parole et du penser-comme-il-faut se prennent les pieds dans le tapis, ou plus exactement passent inconsciemment aux aveux. C’est le cas ici. En érigeant la défaite de l’extrême droite en enjeu existentiel de 2027, M. Glucksmann avoue — qu’il en ait conscience ou non — que, au moment crucial, il fera le choix de LFI contre le RN. C’est écrit. Écrit noir sur blanc dans cette interview. Il ne pourra pas y échapper. Il a beau brailler « pas d’accord aujourd’hui », il fera carpette demain.
Remarquez, sur cette ligne il n’est pas le seul. Tous les autres, je dis bien tous les autres et toutes les autres, en cas de second tour Le Pen-Mélenchon, entonneront l’air bien connu : « Pas une voix pour le diable ! Pas une voix pour le retour de la peste brune ! », et patati et patata. Tous, vous dis-je ? Pas un, pas une n’osera prendre le risque, ne serait-ce qu’en ne se prononçant pas, en laissant les citoyens libres de leur choix, pas un, disais-je, n’osera encourir le risque de se voir accusé de collusion avec le fascisme, taxé de collaborationnisme et, donc, se voir relégué pour toujours dans les infamantes poubelles de l’Histoire. Pas un ! Pas une ! Je me permets de le répéter : c’est écrit !
Et, parmi cette cohorte bien dressée, surtout pas un buveur de Coca Zéro pour qui, probablement, les électeurs RN ne sont qu’un ramassis de mimiles biberonnés au gros rouge vendu en litre à étoiles. Ou quelque chose dans le genre. Mais pas beaucoup mieux, c’est certain.
À stagiaire, stagiaire et demi…
Sa majesté Ségolène Royal n’ayant rien trouvé de plus drôle que de qualifier son rival Raphaël Glucksmann de « stagiaire en politique », celui-ci n’allait pas manquer l’occasion de se rappeler à son bon souvenir.
Taquin comme pas deux, à peine sorti de sa victoire à la primaire, le voilà qui annonce que, s’il est élu président de la République, ce dont apparemment il ne doute pas, il exigera que les stagiaires en entreprise soient payés 1000 euros par mois contre 600 et quelques actuellement ce qui est inférieur, nous dit-il, au seuil de pauvreté dans ce pays. Bien évidemment, en bon crypto-socialiste qu’il est, il ne s’est nullement informé auprès desdites entreprises pour savoir si cela était économiquement possible ou pas. On n’allait pas s’embarrasser de tels détails, l’essentiel étant, vous l’aurez compris, de faire la nique à sa majesté. On en est à se rouler par terre de rire. Quant à la principale intéressée, sans doute se contentera-t-elle, face à cette pierre dans son jardin, d’un haussement d’épaules, n’étant pas du tout concernée par ces affaires de stagiaire, puisque d’un coup d’un seul, avec son échec au primaire, là voici propulsée à la case retraite. Ce qui lui va comme un gant • DL
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