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La Municipalité régionale de Tracadie n’effacera pas du paysage le nom de deux défunts prêtres catholiques visés par des allégations de nature sexuelle. Les élus municipaux ont tranché, mardi soir, en invoquant le manque de preuves.
Depuis quelques années, des efforts sont faits en coulisses et sur la place publique pour que Tracadie renomme le complexe et la rue S.A. Dionne ainsi que la rue Louis G. Daigle.
Ces démarches sont menées notamment par Lowell Mallais, qui a été agressé sexuellement par le défunt prêtre pédocriminel Lévi Noël. Il dit avoir rencontré une victime de Louis G. Daigle et quatre victimes de S.A. Dionne.
En 2025, deux professeures de criminologies et un avocat ont appuyé Lowell Mallais. L’avocat René A. LeBlanc a même écrit une lettre à la Municipalité pour expliquer qu’il a représenté trois victimes de S.A. Dionne qui ont été indemnisées par le diocèse catholique de Bathurst.
Mardi soir, lors de sa réunion ordinaire, le conseil municipal de Tracadie a fait une mise à jour sur le dossier. Il a indiqué avoir demandé à l’avocat de la Municipalité de faire des vérifications sur les allégations concernant ces deux défunts prêtres.
Selon le conseil, l’avocat n'a pas été en mesure d'identifier les victimes du père Dionne ou du père Daigle, de les rencontrer, de les interviewer et de déterminer la recevabilité de leur plainte.
Le conseil ajoute que la Municipalité n’est pas en mesure d’obtenir quelque information que ce soit de l’évêque catholique de Bathurst pour des raisons de confidentialité.
Les membres du conseil ont adopté à l’unanimité une résolution afin de clore le dossier. Ils ont tout de même gardé la porte ouverte à la possibilité de le rouvrir sur présentation d’une preuve valable et crédible permettant de tirer les conclusions appropriées.
En entrevue, mercredi après-midi, le maire de la Municipalité régionale de Tracadie, Clifford Robichaud, assure que les élus ont traité ce dossier de façon sérieuse et rigoureuse.

Clifford Robichaud, maire de Tracadie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Pour nous autres, c’était clair qu’il fallait qu’on aille au fond de l’histoire, il fallait qu’on ait des informations vérifiables pour pouvoir continuer les procédures. Sinon, on ne peut pas avancer dans le dossier, a-t-il expliqué.
Je ne peux pas croire…
Cette décision du conseil municipal déçoit énormément Lowell Mallais. Ce résident du sud-est du Nouveau-Brunswick est originaire de la région de Tracadie et a ce dossier à cœur.
J’ai dormi deux heures cette nuit. Je ne peux pas croire… je ne peux pas croire. Je ne sais pas ce qui se brasse, a-t-il dit mercredi en entrevue.

Lowell Mallais se bat pour faire retirer le nom de deux prêtres de bâtiments publics de Tracadie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Il ajoute qu’il espère que le diocèse catholique de Bathurst contactera la Municipalité pour confirmer les allégations de l’avocat René A. LeBlanc, c’est-à-dire que des victimes de Stanislas A. Dionne ont été indemnisées au cours des dernières années.
Juste appelez la Ville pour dire que ce que René LeBlanc a fait, c’est vrai, exige Lowell Mallais.
Ils ont pris cette décision uniquement sur une base juridique
Le professeur de criminologie Gilbert McLaughlin, de l’Université de Cardiff au Pays de Galles, connaît bien le dossier. C’est qu’il a été conseiller municipal à Tracadie de 2021 à 2022, avant d’obtenir un poste au Royaume-Uni.
Lorsqu’il a siégé au conseil municipal, il s’est intéressé de près aux demandes de retrait du nom de S.A. Dionne et de Louis G. Daigle. La décision de la Municipalité de clore le dossier le déçoit.

Le sociologue et chercheur Gilbert McLaughlin, de Tracadie. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
Sur sa page Facebook, il la qualifie de honteuse et avance que la Ville demande aux victimes d’agressions sexuelles d’être des victimes parfaites.
Le message envoyé aujourd'hui consiste en rien de moins que de demander aux victimes de retourner dans leur silence. [...] Personne ne demandait de faire un procès, mais de croire les victimes qui ne demandaient rien d'autre que d'enlever quelques lettres, a-t-il écrit.
En entrevue avec Radio-Canada peu après avoir publié cette réaction, Gilbert McLaughlin a précisé sa pensée.
Ma déception envers la décision de la Ville est liée au fait qu’ils ont pris cette décision uniquement sur une base juridique, et non pas sur le souci de reconnaissance des victimes. Et ça, ça va causer plusieurs problèmes. Parce que le message qui va être envoyé [...] ça va être : "si vous n’avez pas de preuves solides et irréfutables, la Ville ne supportera aucune demande de victime, a-t-il affirmé.
Selon lui, la décision de la Ville de clore le dossier place le fardeau sur les épaules de victimes et risque de décourager d’autres personnes de prendre la parole, par crainte de ne pas être crues.


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