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Thomas Morales : «Demi Vollering, une grande dame en jaune»

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«Demi ne s’est pas contentée de briller ; elle a aussi mis en lumière les autres».

«Demi ne s’est pas contentée de briller ; elle a aussi mis en lumière les autres». Manon Cruz / REUTERS

FIGAROVOX/TRIBUNE - En remportant l’édition 2026 du Tour de France féminin, Demi Vollering a signé une remarquable performance sportive ; par son exemple, elle a aussi dispensé une leçon qui devrait inspirer jusqu’aux candidats à l’élection présidentielle, estime l’écrivain.

Thomas Morales est écrivain. Dernier livre paru : Les tendresses de Zanzibar (Éditions du Rocher, mars 2026).


Pour croire aux vertus du sport, comme en amour, comme en politique, il faut des preuves. Tangibles. Visibles. Ce dimanche, à Nice, le cyclisme féminin nous a donné une leçon de maintien aussi bien dans l’émotion offerte que dans la dignité des célébrations. Le podium avait de l’allure et du panache. Les larmes de joie retenues, contenues de la championne néerlandaise Demi Vollering, nous ont serré la gorge. Ses larmes en jaune, au bord de la bleue Méditerranée, avaient la saveur d’un exploit, d’un engagement sans faille et d’une bonne gouvernance.

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Demi est une cheffe naturelle, appliquée, tempérée et consciente du poids de ses propres responsabilités. Elle ne les esquive pas. Elle ne se défausse jamais sur ses adversaires ou ses lieutenantes. Elle prend sur elle l’entièreté de sa mission et pas seulement les lauriers de l’arrivée. La gloire n’est pas une fin en soi. Elle voit loin et pense sa discipline comme une odyssée. Elle incarne un cyclisme féminin professionnel qui réussit à trouver sa voie entre performances sportives, viabilité économique et attractivité médiatique. Le pari semble sur le point d’être gagné par les organisateurs. Même après l’abandon de Pauline Ferrand-Prévot, la vainqueur de l’an passé, l’engouement national n’est pas retombé au vu des audiences et de la ferveur dans les villes-étapes.

Demi a une manière bien à elle de célébrer et d’emporter les foules. Elle n’est pas dans l’exubérance et la démonstration factice, elle est dans la sincérité de l’instant, ce qui en fait une immense championne, à part. Le public ne s’y trompe pas. Les spectateurs et ses concurrentes la respectent évidemment pour son palmarès, son intelligence de la course et aussi pour sa stature. Une forme d’élévation discrète, de pondération dans ses déclarations et de sérénité qui ne masque pas pour autant ses émotions.

La légitimité d’une cheffe se gagne sur le terrain, dans l’adversité, dans la cohésion et dans une certaine vision. Elle n’est pas acquise pour la vie

Thomas Morales

Elles filtrent, par quelques moments très fugaces d’abandon, la voix qui se fait moins assurée au micro, qui chevrote légèrement puis reprend son souffle clair et puissant. Ces marques d’humanité nous touchent profondément. Car les victoires, sans la manière, sans le style et surtout sans l’élan du collectif ne sont rien. Elles ne valent rien. Elles sont seulement des déclarations égotiques sans lendemain. Les Espagnols ont gagné aux Amériques le 19 juillet dernier parce qu’ils jouaient ensemble au football. Demi Vollering l’a emporté à la pédale, après neuf étapes rugueuses, pénibles, chaudes, cassantes grâce à une équipe dévouée et convaincue par le charisme de leur leader. La légitimité d’une cheffe se gagne sur le terrain, dans l’adversité, dans la cohésion et dans une certaine vision. Elle n’est pas acquise pour la vie.

Chaque jour, elle est remise en question, il faut entraîner et convaincre. Ses coéquipières l’ont suivie, accompagnée et soutenue pour qu’elle puisse exprimer pleinement son talent individuel. Avec elles, Demi aura tout gagné en ce début d’année, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne, le Giro et maintenant le Tour de France. Nous étions heureux pour elle et pour l’équipe française FDJ-United Suez. Demi ne s’est pas contentée de briller ; elle a aussi mis en lumière les autres ; elle a protégé et défendu notre championne de France, Célia Gery, quand elle fut lâchement attaquée, Célia sait tenir sa trajectoire, elle court proprement avec la tête et les jambes, faut-il le rappeler, Demi a su calmer les excès des réseaux par une parole juste et apaisée ; elle a remercié Juliette Berthet (élue meilleure équipière de cette édition) pour son abnégation et ses efforts répétés ; elle aura été, durant toute cette épreuve, un soutien, une inspiration et une direction pour les siens. Toutes ces qualités indispensables pour mener à bien un projet commun, espérons qu’elles soient transposables dans notre classe politique. Tous les futurs candidats devraient méditer et observer l’exemple Demi Vollering avant de s’engager dans la course à la présidentielle.

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