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La dernière fois qu’une tournée de la comédie musicale The Lion King est passée par Montréal, c’était en 2014. Douze longues années à attendre qu’antilopes, gazelles, girafes, guépards, grues et aigrettes s’avancent à nouveau en cortège dans les allées de la salle Wilfrid-Pelletier en chantant Circle of Life et Nants’ Ingonyama. Imposante et bourrée de talent, la troupe qui se produit en ce moment à la Place des Arts démontre que le spectacle, créé en 1997 par Elton John et Tim Rice d’après le film d’animation de Roger Allers et Rob Minkoff sorti en 1994, n’a rien perdu de sa splendeur. Pas étonnant que cette œuvre couverte de prix, déjà applaudie par plus de 110 millions de personnes, soit toujours à l’affiche sur Broadway et qu’elle continue de parcourir l’Amérique du Nord.
L’approche de Julie Taymor n’a rien à voir avec l’idée clinquante qu’on peut se faire de Broadway. Formée à Paris, à l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq, tout comme Ariane Mnouchkine, la metteuse en scène puise à des pratiques artistiques ancestrales. À une époque où les projections sur écran à diodes électroluminescentes (DEL) envahissent les scènes d’ici et d’ailleurs, laissant de moins en moins de place à l’imagination du public, la créatrice se tourne vers l’évocation pure, celle que permettent les marionnettes depuis plus de 4000 ans. On en trouve ici plus de 200, de toutes les tailles, d’inspiration japonaise, chinoise ou africaine, toutes d’une beauté émouvante.
Pour toute la famille
Assez différente du film, la comédie musicale présente un heureux dosage de comique et de tragique, un parfait équilibre entre réjouissante espièglerie et intemporelle cruauté. Pour s’assurer d’émerveiller les enfants aussi bien que les adultes, on conserve la drôlerie de Timon et de Pumbaa, le suricate et le phacochère adeptes du fameux « Hakuna Matata », tout en misant sur le caractère poignant du récit, librement inspiré du Hamlet de Shakespeare. Un jeune prince dont le père est assassiné par le frère de celui-ci afin de lui ravir le trône, ça vous dit quelque chose ? Vous aurez compris que le royaume du Danemark est ici remplacé par le royaume des animaux vivants, presque toujours en parfaite harmonie, dans la savane africaine.
Au sein de la distribution, qui ne contient pas l’ombre d’un maillon faible, quelques interprètes se démarquent. D’abord, Nick LaMedica, qui campe un Zazu désopilant, un calao à bec rouge doté d’une ironie mordante. Ensuite, Nick Cordileone, qui incarne un Timon vigoureux, mais pleutre à souhait. Puis Josiah Watson, très expressif dans le rôle du jeune Simba. Sans oublier les trois hyènes, que Martina Sykes, Forest VanDyke et Robb Sapp rendent aussi nigaudes qu’hilarantes. Gourmandes, elles se permettent même de rêver à… une poutine ! Pour nous émouvoir avec sa voix puissante, mais également pour nous faire rigoler avec ses facéties brillamment exécutées, on peut compter sur Zama Magudulela, qui incarne Rafiki, le mandrill qui assure la narration de tout le spectacle.
Comprenant plusieurs chansons absentes du film, des titres signés par Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Tsidii Le Loka et Hans Zimmer, racontant une histoire typiquement africaine sans jamais verser dans l’appropriation culturelle, notamment en puisant avec authenticité aux rythmes, aux récits, aux timbres, aux danses et aux langues de plusieurs pays d’Afrique, la création de Taymor n’a pas pris une ride, et c’est de toute évidence parce qu’elle était, il y a trois décennies, en avance sur son temps.


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