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TEMOIGNAGES. Simulacres d'exécution, tortures physiques... Un ancien prisonnier ukrainien en Russie raconte les sévices subis après sa capture dans le Donbass

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Alors que la Russie est accusée de torturer systématiquement les prisonniers de guerre ukrainiens, un ancien détenu raconte les violences qu’il a subies pendant 925 jours de captivité.

Article rédigé par franceinfo - Lucas Lazo

Radio France

Publié le 05/10/2026 06:25

Temps de lecture : 4min

Un agent de sécurité passe devant l'entrée de la colonie pénitentiaire IK-2, dans la ville de Yavas, en Mordovie, le 19 novembre 2022. (ALEXANDER NEMENOV / AFP) Un agent de sécurité passe devant l'entrée de la colonie pénitentiaire IK-2, dans la ville de Yavas, en Mordovie, le 19 novembre 2022. (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

Un récent rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme met en lumière des abus sexuels et des tortures systématiques infligés aux prisonniers de guerre ukrainiens détenus par la Russie. Selon l'ONU, 96% des soldats de retour de captivité ont été victimes de tortures en Russie, où ils disparaissent dans les méandres d'un système carcéral tentaculaire aux mains des services de renseignement, et hermétique aux observateurs internationaux. Tout est fait pour que l'Ukraine perde la trace de ses soldats.

"J'avais l'impression de ne plus être vivant, s'élance Ruslan Odaiskyi, d'être dans une sorte de purgatoire dont je ne sortirais qu'une fois purifié. Parfois, je me demandais même si je n'avais pas été tué sur la ligne de front. Si finalement je n'avais jamais été fait prisonnier, et si ce que je vivais là, ça n'était pas en réalité le purgatoire."

Son regard bleu acier s'échappe bien au-delà des fenêtres de son appartement des faubourgs de Kiev. Doucement, cet homme robuste de 51 ans, ancien capitaine de la marine marchande, rembobine ses souvenirs d'un voyage au bout de l'enfer. Volontaire au sein de l'armée, il est envoyé à l'automne 2022 dans le Donbass, en proie à de violents combats. "Le 4 décembre 2022, alors que nous rejoignions un poste d'observation, nous avons essuyé un bombardement très intense. J'ai été blessé et victime d'une commotion. J'ai perdu connaissance. Lorsque je suis revenu à moi, j'étais déjà ligoté par des soldats russes", raconte-t-il.

Les 48 heures qui suivent sont un déchaînement de violence, au cours de quatre interrogatoires différents sur les lieux mêmes de sa capture, à proximité de la ligne de front. "C'était surtout le général qui posait les questions. Il y avait deux soldats qui exécutaient tous ses ordres. Ils me donnaient une corde pour que je me pende, simulaient mon exécution, essayaient de me couper une oreille avec un couteau. Ils me plantaient quelque chose sous les ongles et essayaient de me les arracher. Ils utilisaient des décharges électriques, tiraient près de mon oreille avec un pistolet et un fusil d'assaut, directement dans le bâtiment. Et ils m'interrogeaient..."

"Pourquoi m’ont-ils laissé en vie ? Je ne sais pas. Ils ont longtemps hésité sur ce qu’ils allaient faire de moi."

Ruslan Odaiskyi, ancien détenu ukrainien

à franceinfo

Après plusieurs heures de route, Ruslan comprend qu'on l'emmène dans un camp, en Russie. Sans jamais savoir où il se trouve, il y reste six mois. Marqués par de nouveaux interrogatoires d'agents du FSB, les services de renseignement russes. Il est ensuite transféré au centre de détention provisoire numéro 2 de Stary Oskol, puis, huit mois plus tard, dans une colonie pénitentiaire de Mordovie, une région de Russie occidentale tristement réputée pour son système carcéral hérité du goulag soviétique. "Chaque transfert constituait une étape supplémentaire de torture, car à chaque arrivée il y avait une nouvelle 'priyomka', cinq ou six fois plus violente que les sévices ordinaires", se rappelle Ruslan.

La "priyomka" désigne une sinistre procédure d'admission. "À notre arrivée en Mordovie, ils nous ont entièrement déshabillés. Il faisait entre moins vingt-cinq et moins vingt-huit degrés dehors. Il y a d'abord eu une sorte d'examen médical, mais les médecins participaient eux aussi à la 'priyomka'. Puis ils nous ont fait marcher nus d'un bâtiment à l'autre, dans le froid. Nos pieds collaient au sol gelé ; quand nous avancions, de la peau restait sur le sol." Humiliations quotidiennes, absence de soins, nourriture immangeable… Ruslan sera finalement libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers, le 16 juin 2025, après 925 jours de captivité.

Une libération sûrement liée au travail de l'ombre d'hommes discrets, comme Nestor Barchuk. Avocat de formation, il œuvre, en étroite collaboration avec les services de renseignement, au retour de captivité des soldats ukrainiens. "Ces pratiques sont très semblables, même dans des lieux éloignés de plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres."

Kiev recense à l'heure actuelle près de 186 centres de détention en Russie et dans les territoires occupés de l'est et du sud de l'Ukraine, tous placés sous le contrôle étroit du renseignement intérieur russe. "Au début de la guerre, le FSB a donné au système pénitentiaire des instructions sur la manière de traiter les prisonniers de guerre ukrainiens, estime Nestor Barchuk. Il y avait plusieurs règles. La première était que toutes les limites au recours à la violence étaient levées. Cela signifie qu'il s'agit d'une politique délibérée de la part de l'État russe."

"Les prisonniers de guerre sont aussi souvent transférés d'un établissement à un autre, de sorte que l'Ukraine perde leur trace."

Nestor Barchuk, avocat

à franceinfo

Oleh Martynenko enquête sur ces violences systémiques au sein du Centre pour les libertés civiles, organisation de défense des droits de l'homme lauréate du prix Nobel de la paix en 2022. "Au regard du droit international et du droit national, les actes commis par la Russie contre les prisonniers de guerre constituent, à tout le moins, des crimes de guerre. Dans certains cas, lorsqu'ils sont commis à grande échelle, ils pourraient être qualifiés de génocide ou de crimes contre l'humanité", estime-t-il. Selon les autorités, au moins 406 Ukrainiens, militaires et civils, sont morts en captivité russe.

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