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Virements instantanés, Wero, expérimentation de l’IA... : les modes de paiement évoluent, et changent notre quotidien, même si la carte bancaire a encore de beaux jours devant elle.
Boris Ivanoff - Aujourd'hui à 06:02 - Temps de lecture :
Les virements instantanés sont devenus notre quotidien. « Je te fais un Wero », s’impose dans le langage courant. Et l’IA s’invite dans la réflexion des banques. Nos moyens de paiement sont en pleine évolution, poussés par la dématérialisation et des échanges commerciaux de plus en plus numérisés, et font évoluer notre quotidien. Mais pour détrôner la fameuse carte bancaire, la route est encore longue.
Sur les 36 264 milliards d’euros d’échanges commerciaux effectués en France en 2025, 63 % des paiements ont été réalisés par carte bancaire*. « L’inertie est grande en la matière, d’abord parce que payer est un geste loin d’être anodin ; ensuite parce que comme son nom l’indique, le moyen de paiement n’est qu’un moyen, la finalité c’est ce qu’on achète avec. L’évolution vient donc des produits et de leurs usages », indique Alexandre Stervinou, directeur des études et de la surveillance des paiements à la Banque de France.
La technologie du paiement sans contact avec la carte bancaire existait depuis 2010 en France, mais elle n’a été utilisée qu’à partir de 2020 et les règles de distanciations sanitaires dues à la pandémie de Covid-19. Idem pour le paiement mobile (par smartphone) : il n’a commencé à décoller qu’en 2022 - il représente aujourd’hui 19 % des paiements par carte* - alors qu’il est accessible depuis 2015.
« Je te fais un Wero ? »
C’est donc l’usage qui engendre l’évolution des moyens de paiement et non l’inverse. De nouveaux venus sur le marché du paiement commencent à les transformer. Wero - qui permet des virements instantanés entre particuliers sur la base d’un numéro de téléphone - veut élargir ses fonctionnalités au e-commerce et en magasin. « Mais avant même cela, la tendance est déjà extrêmement forte. L’usage Wero a quadruplé en l’espace de 18 mois (entre janvier 2025 et septembre 2026) pour passer de 5 % à 20 % des virements instantanés auprès de nos sociétaires et il est même entré dans le langage courant : "je te fais un Wero ?" », rapporte une porte-parole du Crédit Mutuel Alliance fédérale**.
La solution exclusivement européenne devrait dès l’année prochaine offrir exactement les mêmes services qu’une carte bancaire, voire davantage. Directement relié au compte, le dispositif permettra à terme d’effectuer des paiements de proximité n’importe où, grâce à un QR code présenté à la caisse du magasin. Il suffira ensuite de valider le montant indiqué sur son téléphone d’une simple pression du pouce. Et comme il s’agit d’un virement, plus de problème de plafond, ni de limitation du nombre de passages et surtout des commissions bien moindres pour les commerçants. Côté consommateur, la sécurité pourra alors passer par un renforcement de l’authentification biométrique du téléphone.
Physique ou dématérialisée, une carte reste une carte
Reste qu’aujourd’hui, 65 % des achats en ligne se font en France depuis un smartphone et non un ordinateur, selon le baromètre 2026 de la Fédération d’e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Outre les plateformes commerciales qui font aujourd’hui partie intégrante de l’utilisation d’un téléphone, réserver une place de cinéma, pour une exposition ou une soirée se fait désormais par l’application dédiée qui demande le plus souvent d’avoir une carte bancaire dématérialisée. Il en va de même pour les achats onéreux qui nécessitent un paiement en plusieurs fois, tout se fait désormais avec un téléphone.
Et dans ce domaine, la carte bancaire reste hégémonique. « Même dématérialisée et accessible depuis un smartphone, une carte bancaire reste une carte bancaire », précise Jérôme Raguénès, directeur du numérique et des paiements à la Fédération bancaire française. Le principe est le même : la carte est attachée à un compte et dispose de deux niveaux d’authentification et donc de sécurité : le numéro de la carte et le code CVV. « Pour des raisons de praticité, d’habitudes et de sécurité, la carte bancaire a un bel avenir devant elle », prévient Alexandre Stervinou, de la Banque de France. Son usage par nombre de transactions a augmenté de 5,5 % entre 2025 et 2024* et devrait connaître « le même type de progression cette année encore », reprend le directeur des études de paiement à la Banque de France.
Virements, chèques, cartes... : les chiffres clés
- Le montant annuel de flux de virements instantanés a doublé entre 2024 et 2025. Il représente dorénavant 17 % du nombre de virements émis.
- L’usage du chèque continue quant à lui de fléchir : avec un repli de 16 % en montant, il ne représente plus que 1,9 % des transactions en volume.
- La carte bancaire demeure le moyen de paiement scriptural préféré des Français, et son usage continue de progresser. Sa part, hors retraits, dans les volumes de transactions passe de 62,1 % en 2024 à 62,7 % en 2025.
- Pour la deuxième année consécutive, les retraits d’espèces par carte baissent (-5 % en volume et -3 % en montant).
- Le prélèvement suit la tendance générale observée sur l’ensemble des moyens de paiement : +5 % en volume et +6 % en montant par rapport à 2024.
- La progression des transactions scripturales s’accompagne d’une augmentation du montant de la fraude qui atteint 1,241 milliard d’euros, dans des proportions plus faibles qu’en 2024 (+3,8 %, contre 4,2 %).
- Le virement devient ainsi la principale source de fraude en valeur en 2025 (39 % de la fraude, contre 30 % en 2024).
- En revanche, la fraude par carte bancaire physique ou dématérialisée affiche une baisse importante de -8 % entre 2025 et 2024.
Sources : Observatoire de la sécurité des moyens de paiement - Rapport 2025
« Le plus important, c’est d’avoir le choix »
Les portefeuilles numériques, type GooglePay, AppelPay… ne sont quant à eux pas encore entrés dans les mœurs des consommateurs français. Confier l’ensemble de ses informations bancaires à des serveurs américains n’est pas au goût de tout le monde.
L’autre révolution pourrait venir de l’intelligence artificielle. Après avoir demandé à un agent numérique d’organiser son voyage, de réserver les hébergements, le transport, les visites, les activités… « pourquoi ne pas aussi lui confier le soin de payer tous ces acteurs différents », imagine déjà le directeur des paiements à la Fédération bancaire française. Mais de là à ce que ces innovations remplacent la carte bancaire ? « Le plus important pour les usagers, c’est d’avoir le choix entre la carte, le virement et… les espèces », affirme Alexandre Stervinou, de la Banque de France.
*Sources : Observatoire de la sécurité des moyens de paiement - rapport 2025 - publié en septembre 2026
**Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale est actionnaire du groupe Ebra dont fait partie votre journal.


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