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Il y a dix ans, le 14 juillet 2016, un attentat au camion-bélier faisait 86 morts lors du feu d’artifice tiré sur la Promenade des Anglais à Nice. Plusieurs commémorations sont prévues ces deux prochains jours, en présence d’Emmanuel Macron. Si elles sont jugées « importantes » par les victimes et leurs proches, celles-ci attendent toujours des réponses sur le dispositif de sécurité en vigueur ce soir-là.
Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 08:00 - Temps de lecture :
Voilà dix ans maintenant que Jean-Claude Hubler se réveille chaque nuit - ou presque - à 1h16 du matin. « C’est le moment où j’ai quitté la Promenade des Anglais dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016. Je voudrais bien arrêter d’y penser, mais mon cerveau en a décidé autrement », confie-t-il. Le trésorier et fondateur de l’association Life for Nice se trouvait à proximité de la Promenade des Anglais lorsqu’a eu lieu l’attentat au camion-bélier, qui a fait 86 morts. Il a été l’un des premiers à porter assistance aux victimes. Dix ans plus tard, la ville de Nice se prépare à leur rendre hommage, en présence d’Emmanuel Macron.
« On attend cela avec appréhension puisque ça va être assez lourd, ça va nous replonger dans cette soirée d’horreur. On se revoit dix ans en arrière », avoue Jean-Claude Hubler. « Vous dire que dix ans après un tel événement on va mieux, non. Selon les personnes, on peut même aller un peu plus mal, mais le temps a fait qu’on a su mettre des parades pour s’intégrer dans la vie. On a une armure différente, mais une blessure toujours aussi profonde et à vif », détaille Anne Murris, présidente et fondatrice de l’association Mémorial des Anges. Elle qui a perdu sa fille, Camille, 27 ans, dans l’attentat, a perdu le compte des années depuis le drame. « Je sais que je vais avoir 66 ans car mon mari me l’a répété, mais sinon je suis toujours bloquée à 56 ans, je n’ai plus d’âge », confie-t-elle.
« Ces commémorations sont importantes, c’est le temps de la mémoire, le refus de l’oubli », insiste-t-elle. « Dix ans, c’est un cap important. On passe dans une autre phase, même au niveau des actions associatives : dans un premier temps on était dans celui du souvenir, pour basculer maintenant dans un temps plus long et peut-être plus constructif qui est celui de la mémoire », estime la présidente du Mémorial des Anges. « Tout le monde se rappelle de Charlie Hebdo, du 13-Novembre 2015 mais l’attentat de Nice les gens ne s’en rappellent pas spécifiquement. Avec la commémoration des dix ans, on va pouvoir rappeler qu’il y a eu un attentat le 14 juillet 2016 où il y avait ce soir-là 35 000 personnes », souligne Jean-Claude Hubler.
L’attente d’un procès sur le dispositif de sécurité
Ces commémorations arrivent quelques mois seulement après la fin du procès pénal. La Cour de cassation a rendu définitive en février dernier la condamnation à 18 ans de réclusion criminelle de Mohamed Ghraieb et Chokri Chafroud, les deux principaux accusés. Au total, ce sont huit personnes qui ont été condamnées à des peines allant de 2 à 18 ans d’emprisonnement pour « association de malfaiteurs terroristes ». L’auteur des faits, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, avait quant à lui été tué le soir de l’attaque.
Beaucoup de victimes plaident désormais pour qu’un procès distinct, consacré au dispositif de sécurité sur la Promenade ce soir-là, ait lieu. Des investigations sont en cours, et des perquisitions ont été menées au sein de la préfecture, de la police nationale et municipale et de la mairie de Nice en juin. « On attend vraiment cette partie sur la sécurité. Le terroriste n’aurait jamais pu venir avec son camion s’il y avait eu des moyens techniques mis en place comme cela avait été le cas sur la fan-zone à Nice quelques jours plus tôt [dans le cadre de l’Euro de football, NDLR]. Il manquait largement de policiers municipaux puisque le camion a pu faire près de deux kilomètres », pointe Jean-Claude Hubler.
« Pour nous, malheureusement, le temps judiciaire n’est pas fini, il est encore plein d’interrogations, d’incertitudes et d’attente. On est encore en quête de justice, ça reste une plaie ouverte, non cicatrisée, pour laquelle on a vraiment besoin de réponses », insiste Anne Murris. « Une fois que le débat sur ce procès aura eu lieu ou non, des victimes pourront passer à autre chose », croit Jean-Claude Hubler.


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