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  • Alfred Dreyfus : une journée nationale 120 ans après la reconnaissance de son innocence

En pleine résurgence de l’antisémitisme en France, Emmanuel Macron va présider la première journée nationale consacrée à la reconnaissance de l’innocence de cet officier juif injustement condamné en 1894.

C.M avec AFP - Aujourd'hui à 09:00 - Temps de lecture :

Après deux procès et quatre ans de déportation à la perpétuité en Guyane, Alfred Dreyfus fut innocenté par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. Photo Sipa /Mary Evans Après deux procès et quatre ans de déportation à la perpétuité en Guyane, Alfred Dreyfus fut innocenté par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. Photo Sipa /Mary Evans

Une journée pour symboliser « la victoire de la justice et de la vérité sur l’arbitraire et le mensonge, ainsi que la lutte contre l’antisémitisme ». Emmanuel Macron va présider ce dimanche la première journée nationale consacrée à la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus par la Cour de cassation, le 12 juillet 1906, en présence notamment de son petit-fils, Charles Dreyfus, 99 ans, l’une des dernières personnes encore vivantes à l’avoir connu. Instaurée par le président de la République, cette commémoration sera « organisée chaque année » et aura aussi vocation à être déclinée dans les départements, précise l’Élysée. Dans le même temps, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l‘Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, fera le déplacement à Colmar (Haut-Rhin) pour une autre cérémonie d’hommage à cet ex-officier juif d’origine alsacienne.

Accusé à tort de haute trahison et d’espionnage au profit de l’Allemagne sur la base de fausses preuves, le capitaine Dreyfus fut dégradé et condamné à la déportation à perpétuité sur l’île du Diable, en Guyane, en 1894. À nouveau condamné lors d'un second procès en 1899, il fut gracié par le président Loubet mais dut attendre 1906 pour se voir définitivement innocenté et réhabilité. Pendant plus de dix ans, « l’affaire Dreyfus » déchira la société française, dans un climat politique enflammé par un antisémitisme profondément enraciné.

Un musée (notre photo) a été inauguré en 2021 dans la maison d'Émile Zola à Médan (Yvelines). Photo Sipa/Ludovic Marin

Un musée (notre photo) a été inauguré en 2021 dans la maison d'Émile Zola à Médan (Yvelines). Photo Sipa/Ludovic Marin

« Devoir de vigilance »

« À travers Alfred Dreyfus et ses défenseurs, c’est l’ensemble de la Nation qui se voit rappelée à son devoir de vigilance et de persévérance », explique l’Élysée. Selon le ministère de l’Intérieur, les actes antisémites n’ont jamais été aussi nombreux que pendant ces trois dernières années. Dans ce contexte, le président va annoncer une « initiative rendant hommage à tous ceux qui se sont inscrits dans le chemin ouvert par les dreyfusards », indique l’Élysée. Le gouvernement a présenté de son côté un projet de loi instaurant une peine d’inéligibilité pour les élus coupables de « faits très graves de racisme ou d’antisémitisme ».

Dans le long cheminement de réhabilitation d’Alfred Dreyfus, le Parlement l’a aussi élevé au rang de général de brigade en 2025. Ce brillant officier aurait pu prétendre à ce grade si ses quatre années perdues en détention avaient été prises en compte dans la revalorisation de carrière qu’il avait demandée au moment de sa réhabilitation. Réintégré comme commandant, il quitta l’armée en 1907, mais servit à nouveau pendant la Première Guerre mondiale.

Autre geste fort, une statue représentant le capitaine dans la cour de l’École militaire, le 5 janvier 1895, le sabre brisé mais toujours au garde-à-vous, est désormais érigée devant l’ancien Palais de justice de Paris, où se tiendra la cérémonie. Commandée en 1984 à l’artiste Louis Mittelberg, dit Tim, elle devait initialement être dressée à l’École militaire avant de changer de place, devant les réticences de l’armée, et d’entamer une longue errance dans Paris.

Le chef de l’État n’a en revanche pas donné suite à la demande d’entrée au Panthéon d’Alfred Dreyfus, soutenue par ses descendants. Aujourd’hui encore, les détracteurs d’une telle idée considèrent qu’Alfred Dreyfus, en tant que victime de la machine judiciaire, n’a pas sa place aux côtés des grands hommes. Un faux débat pour la famille, pour qui l’entrée au Panthéon reste d’actualité. « On se bat depuis des années pour qu’il retrouve sa place de héros dans cette histoire », note son arrière-petit-fils, Michel Dreyfus.

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