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Tchernobyl est devenu le sanctuaire animalier le plus riche de la région — et bat les réserves naturelles officielles à leur propre jeu

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Quarante ans après l’explosion qui a forcé l’évacuation de 120 000 personnes, la zone d’exclusion de Tchernobyl est devenue le sanctuaire animalier le plus dense d’Europe de l’Est. Une nouvelle étude publiée dans Proceedings of the Royal Society B révèle le paradoxe : les terres irradiées abritent une faune plus riche et plus rare que les réserves naturelles officiellement protégées qui les jouxtent.


Ce que vous allez apprendre

  • Quelles espèces rares ont prospéré dans la zone d’exclusion — et pourquoi les espèces communes n’ont pas suivi
  • Ce que les pièges photographiques révèlent sur les chevaux de Przewalski, les ours bruns et les loups de Tchernobyl
  • Ce que cette situation unique apprend aux écologistes sur la conception des réserves naturelles

Des pièges photographiques dans la zone interdite

Pour comparer rigoureusement la biodiversité de la zone d’exclusion avec celle des territoires voisins, des chercheurs dirigés par Svitlana Kudrenko, écologue ukrainienne rattachée à l’Université de Fribourg, ont déployé des pièges photographiques dans trois types de zones : la zone d’exclusion de Tchernobyl, la réserve naturelle voisine de Drevlianskyi, et des zones non protégées alentour.

Le classement qui en résulte est sans appel : la zone irradiée arrive largement en tête pour la diversité des espèces et les taux de présence animale, devant la réserve naturelle gérée, elle-même devant les zones ordinaires.

« J’ai été surprise de constater que la diversité des espèces était globalement plus faible dans les réserves naturelles que dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, malgré la gestion stricte qui y est appliquée« , reconnaît Kudrenko.

Les espèces rares prospèrent, les espèces communes stagnent

Le résultat le plus contre-intuitif de l’étude tient à la sélectivité du phénomène. Ce n’est pas la faune ordinaire qui a explosé dans la zone d’exclusion — c’est précisément la faune rare et menacée.

Lynx, élans, cerfs élaphes, chiens viverrins, ours bruns : tous présents en abondance dans la zone, absents ou rarissimes à l’extérieur. Les cerfs élaphes ont été photographiés des milliers de fois dans la zone d’exclusion, quelques centaines dans la réserve naturelle, et jamais ailleurs.

En revanche, le renard roux — espèce adaptable par excellence — n’a pas connu le rétablissement attendu. Sa présence ne semblait même pas corrélée à la qualité de l’habitat ou à l’éloignement des humains. Une anomalie que les chercheurs n’expliquent pas encore.

Crédit : Kateryna Korepanova

Le retour du cheval sauvage le plus rare du monde

L’exemple le plus saisissant est celui du cheval de Przewalski — le seul cheval véritablement sauvage encore existant, autrefois disparu à l’état sauvage avant d’être réintroduit en Ukraine à la fin des années 1990.

Les pièges photographiques ont capturé l’espèce plus de 1 000 fois dans la zone d’exclusion. Aucune image en dehors.

Un gigantesque incendie de forêt en 2020 a paradoxalement accéléré ce retour : la végétation dense et luxuriante qui a repoussé sur le sol brûlé a attiré les ongulés, dont ces chevaux rares, vers un habitat soudainement abondant en nourriture.

Crédit : Kateryna Korepanova

Les radiations ? Moins déterminantes qu’on ne le croit

La question s’impose : comment des animaux prospèrent-ils dans un environnement radioactif ?

Cette étude ne mesurait pas l’impact des radiations sur la santé des animaux, mais elle s’appuie sur des recherches antérieures de 2016 qui n’ont trouvé aucune corrélation entre la localisation des mammifères dans la zone et les niveaux de contamination radioactive.

Plus troublant encore : une étude de 2024 a révélé que les loups gris de la zone présentent des modifications de leur système immunitaire similaires à celles observées chez des patients en radiothérapie — et qu’ils pourraient avoir développé des mutations protectrices augmentant leurs chances de survie au cancer.

L’absence d’humains semble peser plus lourd dans la balance que la présence de radiations.

Ce que Tchernobyl apprend à la conservation

Le cas Tchernobyl est unique — mais ses enseignements sont universels. Il démontre qu’une réserve naturelle est d’autant plus efficace qu’elle est vaste, connectée à d’autres zones protégées, et véritablement imperméable à la présence humaine — pas seulement sur le papier.

L’exclusion humaine accidentelle de Tchernobyl a produit en quarante ans ce que des décennies de gestion conventionnelle n’ont pas réussi à obtenir dans les réserves voisines.

Une leçon inconfortable pour les politiques de conservation mondiales.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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