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La mairie rassure : aucun véritable touriste n’a été maltraité pendant la fabrication de cette caricature.
Le résultat tient sur une affiche municipale : trois hommes assis sur le sable autour d’un narguilé, avec cette consigne délicatement formulée : « Ta chicha et ta musique, on n’en veut pas ! Nos vacances, tu les respectes ! » Une campagne revendiquée par la municipalité du nouveau maire RN Aurélien Lopez-Liguori, comme le rapporte La Dépêche du Midi.
À Agde, l’IA fabrique le vacancier idéal à verbaliser
La chicha, les narguilés et les pipes à eau sont interdits sur les plages de la commune. L’arrêté municipal prévoit une amende pouvant atteindre 150 euros. Jusque-là, rien n’obligeait pourtant la mairie à accompagner le règlement d’une distribution numérique des rôles : d’un côté « nous », les vacanciers convenables ; de l’autre « tu », le gêneur généré sur commande.
La mairie explique que « les affichettes mises en place à l’entrée des plages visaient à illustrer la situation et les comportements très problématiques que nous rencontrons ». L’IA aurait donc simplement illustré le quotidien. Une chance remarquable : lorsqu’on lui demande de représenter un problème, la machine livre exactement les personnages que la communication municipale espérait obtenir.
La mairie avait déjà rhabillé les promeneurs par ordinateur
Ce n’est pas le premier chef-d’œuvre numérique de la saison. Une précédente affiche ordonnait : « Gaulé ou pas gaulé, tu restes habillé », afin de rappeler aux promeneurs qu’ils ne devaient pas circuler torse nu sur le port. Après le contrôle des chichas, Agde développe donc une politique complète : le corps, le son et la fumée passent sous autorisation municipale.
La méthode permet surtout à Aurélien Lopez-Liguori de pratiquer une fermeté sans fatigue excessive. Le logiciel dessine, les services impriment et le maire explique ensuite qu’il fallait bien « illustrer ». À ce rythme, l’intelligence artificielle rédigera bientôt les arrêtés, dressera les contraventions et inaugurera les ronds-points. L’élu pourra se consacrer à sa fonction principale : assumer ce que la machine a produit selon ses consignes.

À Agde, la plage sous surveillance depuis 2020
Le goût municipal pour les plages sous contrôle ne date toutefois pas de l’arrivée d’Aurélien Lopez-Liguori. Le 16 mai 2020, en pleine période de restrictions sanitaires, l’ancien maire LR Gilles D’Ettore avait interdit de poser sa serviette sur le sable, de s’asseoir, de s’allonger, de bronzer ou encore de pique-niquer. À Agde, la plage était ouverte, à condition de ne surtout pas se comporter comme sur une plage.
Des drones avaient même été mobilisés pour vérifier le respect des consignes. « Quatre-vingt-dix-huit pour cent des gens ont respecté les mesures en place », s’était félicité Gilles D’Ettore auprès de Midi Libre. Six ans plus tard, les drones ont laissé la place à l’intelligence artificielle, mais la philosophie locale reste familière : profiter du littoral, oui, sous réserve d’adopter la position, la tenue et le volume sonore validés par la mairie.

Une affiche retirée après la polémique
Le visuel, diffusé dans le magazine municipal puis installé près des plages, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Plusieurs vacanciers et SOS Racisme ont dénoncé son caractère caricatural. Les panneaux ont finalement été retirés, sans que la mairie renonce pour autant à défendre sa campagne.
Agde voulait rappeler quelques règles simples de tranquillité publique. Elle aura surtout démontré qu’une intelligence artificielle ne possède ni préjugés ni intentions : elle exécute la commande. Pour savoir qui a choisi le décor, les visages et le slogan, inutile d’interroger l’ordinateur. Il suffit de regarder du côté de la mairie.


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