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Sur une plage du Daghestan rouille depuis 2020 un engin soviétique de 380 tonnes que plus personne ne surveille

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Sur une plage isolée à une vingtaine de kilomètres au sud de Derbent, au Daguestan, une carcasse métallique de 73 mètres de long domine le sable depuis six ans. Ce n’est ni une épave de pétrolier ni un décor de cinéma abandonné : c’est le seul exemplaire jamais achevé d’un ekranoplan de classe Lun, l’un des engins militaires les plus insolites conçus par l’Union soviétique. Baptisé MD-160, il gît là depuis juillet 2020, rongé par le sel et livré aux visiteurs de passage, alors que le musée censé l’accueillir n’a jamais vu le jour.

À retenir

  • Un engin militaire soviétique unique s’est échoué accidentellement en 2020 et attend toujours son musée
  • Pendant cinq ans, ce navire volant de 380 tonnes a rouillé en accès libre sur une plage du Daghestan
  • Une restauration mystérieuse débute enfin en 2024-2025, mais le parc promis reste une promesse sur papier

Sommaire

  1. Un monstre du Cold War échoué sur le sable
  2. Un déménagement qui tourne au fiasco
  3. Un musée fantôme, une plage devenue attraction
  4. Une restauration tardive, cinq ans après

Un monstre du Cold War échoué sur le sable

L’histoire commence dans les années 1980. L’engin a été conçu par Rostislav Alexeyev en 1975 et utilisé par les marines soviétique puis russe à partir de 1987 jusqu’à la fin des années 1990. Sa particularité tient à un principe aérodynamique appelé effet de sol : ce navire naval unique conçu pendant la guerre froide était fait pour raser la surface de l’eau, volant à haute vitesse et basse altitude pour passer au-dessus des mines anti-navires et sous les radars, permettant des frappes nucléaires furtives. De quoi transformer un cauchemar de l’OTAN en curiosité de plage, quarante ans plus tard.

Sur le plan technique, la bête impressionne encore aujourd’hui. Construit en URSS en 1987, il mesure environ 73 mètres de long, près de 20 mètres de haut, avec une envergure de 44 mètres, et un seul exemplaire de cette classe a été construit et a servi dans l’armée soviétique puis russe sur la mer Caspienne. Il n’était pas qu’une simple vitrine technologique : contrairement au KM et aux plus petits ekranoplans, il était armé de six énormes missiles de croisière anti-navires P-270 Moskit, montés par paires de tubes le long du fuselage. Un porte-missiles capable de filer à ras de l’eau à plus de 400 km/h, imaginez la terreur qu’il aurait pu semer si le programme n’avait pas été stoppé net par l’effondrement de l’URSS.

Un déménagement qui tourne au fiasco

Trois décennies durant, l’appareil moisit dans un état d’abandon. Le MD-160 était stocké à la base navale de Kaspiïsk, où il est resté plus de trente ans. Puis, en 2020, les autorités du Daguestan décident de lui offrir une seconde vie. En juillet 2020, il a été déplacé vers la ville antique de Derbent, à une centaine de kilomètres, dans l’idée d’en faire l’attraction principale d’un « Patriot Park », un musée militaire et parc à thème encore à construire. L’opération, minutieusement préparée, n’a rien d’improvisé : le 31 juillet 2020, le ministère russe de la Défense a annoncé que l’ekranoplan était arrivé à Derbent après un voyage de 14 heures depuis la base navale de Kaspiïsk, et il avait fallu une journée entière pour préparer l’engin avant qu’un remorqueur ne l’entraîne vers son nouveau foyer.

Le problème, c’est que rien ne s’est passé comme prévu. Pendant le remorquage, le MD-160 s’est échoué accidentellement avant d’atteindre Derbent et est resté coincé dans le sable malgré des tentatives répétées pour le libérer, tandis que la pandémie de Covid-19 perturbait aussi les plans. Deux mois après cet échouage, la situation ne s’était pas arrangée : l’engin restait ballotté par les vagues, arborant des dommages apparemment significatifs. Il faudra attendre encore plusieurs mois pour le stabiliser : il s’était échoué accidentellement et s’était retrouvé coincé dans le ressac, avec des craintes de dommages sérieux, mais des efforts menés en décembre ont finalement réussi à le déplacer plus à l’intérieur des terres, hors de danger.

Un musée fantôme, une plage devenue attraction

Six ans plus tard, le fameux Patriot Park n’existe toujours que sur le papier. La construction du parc semble avoir avancé bien plus lentement que prévu initialement, alors qu’un budget de 400 millions de roubles avait été annoncé pour débuter les travaux fin 2020. Résultat : l’appareil trône seul sur son bout de littoral, sans clôture ni gardien. Le Lun a bien été sorti de la mer, à 20 kilomètres au sud de Derbent, mais le parc reste à créer et personne ne sait quand cela arrivera ; dès l’été 2021, n’importe qui pouvait faire le court trajet en taxi depuis Derbent pour venir contempler cette créature unique. Une situation qui a créé, malgré elle, l’une des attractions les plus insolites de la région : d’après un avis de voyageur publié sur Tripadvisor, « la belle Lun » constitue « la fierté et la beauté du parc Patriot en construction », dont l’ouverture était initialement programmée pour 2023.

Autant dire que le calendrier a explosé. Photographes amateurs, blogueurs et curieux locaux se sont approprié le lieu, transformant une pièce de musée en attraction gratuite et sans surveillance, au grand dam des passionnés d’histoire militaire. Le photographe Vitaly Raskalov, qui a documenté l’état du navire peu après son échouage, résumait l’inquiétude ambiante : « Je espère vraiment que l’ekranoplan Lun, un spécimen unique en son genre, survivra et ne sera pas dépecé par des pilleurs. »

Une restauration tardive, cinq ans après

Il aura fallu attendre la fin de l’année 2024 pour qu’un changement de cap officiel soit annoncé. En décembre 2024, des sources russes ont rapporté que le MD-160 allait être restauré, et en septembre 2025 il a été annoncé qu’une restauration extérieure et partiellement intérieure était en cours, visant à rendre à l’engin son apparence d’origine et à le transformer en pièce de musée. Les travaux, engagés bien après les premières alertes sur l’état de la coque, incluent une réparation partielle des dégâts subis lors du transport initial : cette restauration doit aussi impliquer une réparation partielle des dommages causés aux volets de l’appareil lors de son transfert depuis Kaspiïsk, et les travaux de peinture étaient largement achevés à la mi-octobre 2025, avec un ekranoplan repeint dans un coloris gris.

De quoi rassurer les défenseurs du patrimoine militaire soviétique, sans effacer le paradoxe : un engin unique au monde, symbole d’une prouesse d’ingénierie de la guerre froide, aura passé près de cinq ans à rouiller sur une plage en accès libre avant qu’on daigne s’en soucier sérieusement. Le futur Patriot Park, lui, reste pour l’instant une promesse sur papier glacé, quelque part entre Derbent et la mer Caspienne.

Sources : atlasobscura.com | 123rf.com

L'équipe Sciencepost

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