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Sur l’emprise de Bolloré dans le cinéma, le réalisateur de « La Vénus Électrique » ne voit, pour l’instant, pas le problème

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Culture 13/05/2026 14:03 Actualisé le 13/05/2026 14:55

Une tribune de 600 professionnels du cinéma appelant à résister à « l’emprise » de Vincent Bolloré agite le début du Festival de Cannes 2026. Pierre Salvadori ne s’y associe pas.

Un événement discret mais symbolique a agité la Croisette, lors de la projection en ouverture du Festival de Cannes 2026 de La Vénus Électrique. Lorsque le logo de Canal+, financeur du film, est apparu à l’écran au début de la projection, les applaudissements se sont arrêtés. Pourtant, quelques instants plus tôt, celui de France Télévisions avait, lui, été accueilli par des applaudissements.

Derrière cette protestation muette se cache la réaction du monde du cinéma présent sur la Croisette à la tribune publiée dans Libération lundi 11 mai par 600 professionnels du cinéma appelant à résister à « l’emprise » de Vincent Bolloré sur le 7e art. En conférence de presse, ce mercredi 13 avril, Pierre Salvadori, réalisateur du film avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier et Gilles Lellouche, a donc été invité à réagir à cette tribune et plus largement à la main mise grandissante du milliardaire d’extrême droite, de par son rôle d’actionnaire de Canal+.

Avant d’évoquer la tribune (notamment signée par l’actrice Vimala Pons, au casting de La Vénus Électrique), le cinéaste Pierre Salvadori a commencé par rappeler son engagement historique auprès de la Société des réalisateurs de films pour « défendre une certaine idée du cinéma : la diversité et l’indépendance ». Concernant la pétition, le réalisateur affirme « que ce n’est pas comme ça » qu’il « aborde la politique », avant de souligner son profond respect pour « cette émotion et cette inquiétude ».

« La façon dont on fonctionne avec Canal+ depuis très longtemps est assez simple : Canal a une obligation d’investir dans le cinéma. Ces obligations sont encadrées. Avec des clauses de diversité et de volume et une garantie d’indépendance », a-t-il expliqué sur un ton hésitant. Il affirme au passage que ces différents garde-fous sont garantis par « Laurent Hassid (directeur des acquisitions cinéma chez Canal, ndlr) et Maxime Saada (directeur général du groupe Canal+), avec qui on a des rapports forts ». Le réalisateur de La Vénus Électrique et En liberté admet toutefois ne pas connaître personnellement Maxime Saada, qui reste selon lui « un garant de tout ça ».

Pour autant, le réalisateur de La Vénus Électrique et En liberté refuse d’admettre qu’une bascule s’est déjà opérée. « Tant que je ne me sens pas trahi à cet endroit-là et tant qu’ils respectent ça, je suis à l’aise. Mais le jour où on me demande de faire un autre film ou une biographie sur je ne sais qui, vous voyez ce que je veux dire… J’irais me faire voir ailleurs », a-t-il lâché. « Je ne ferai plus des films si on ne me laisse pas les faire avec liberté. »

« Mes interlocuteurs sont les mêmes qu’avant l’arrivée de Bolloré »

« Pour l’instant, cette indépendance à Canal y est encore », confie également Pierre Salvadori, qui souligne travailler d’abord avec des producteurs indépendants. « C’est avec lui et pour lui que je travaille », a-t-il ajouté en se tournant vers son producteur Philippe Martin.

« Cette crainte d’une emprise de Bolloré est d’actualité et elle a raisonné dans cette édition d’une façon assez spectaculaire, mais ce n’est pas ce qu’il se passe dans le cinéma. Mes interlocuteurs sont les mêmes qu’avant l’arrivée de Bolloré à Canal+ et je ne peux pas dire qu’à un moment donné j’ai senti un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique dans un film », a confirmé le producteur de Pierre Salvadori.

« Il faut avoir cette vigilance essentielle dans le cinéma français, mais en même temps on ne peut se mettre dans une situation de crise avec Canal+. Cette crise n’existe pas et il n’y a pas d’intervention de Canal+ sur le contenu des films », a fini par trancher Philippe Martin, tandis que Pierre Salvadori a repris la parole pour évoquer l’illusion de contre-pouvoir provoqué par l’arrivée des plateformes de streaming. « Le rapport des plateformes au cinéma, c’est celui qu’ils peuvent avoir à la télé aux États-Unis, c’est-à-dire qu’il y a très peu de liberté à cet endroit-là ». Ce qui n’est, selon lui, pas encore le cas avec Canal+, qui reste à ce jour le premier financeur du septième art français.

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