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Canicule, orages : les festivals d’été au défi des conditions climatiques de plus en plus extrêmes

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Garorock, le Hellfest, Les Eurockéennes, Musilac, les Francofolies, les Vieilles Charrues, le Rose Festival, Rock en Seine... Les festivals de l’été doivent composer avec une nouvelle réalité météorologique.

Le Hellfest 2026 s’est déroulé dans des conditions caniculaires.

JIMMY BEUNARDEAU / Hans Lucas via AFP

Le Hellfest 2026 s’est déroulé dans des conditions caniculaires.

EN BREF Les festivals d’été comme Garorock et les Eurockéennes, doivent s’adapter aux conditions climatiques extrêmes, avec des mesures telles que des horaires de travail modifiés et des infrastructures de secours.
Les organisateurs investissent dans des équipements résistants et des services de prévention pour gérer les risques climatiques et avoir des prévisions précises.
La question de l’avenir des festivals en été se pose, avec des réflexions sur le changement de dates ou de lieux pour mieux faire face aux aléas climatiques.

La saison des festivals d’été 2026 n’a pas démarré sous les meilleurs auspices. La canicule et les orages ont notamment entraîné les annulations (totale ou partielle) des Solidays et de Garorock. Chaque année, ce sont plusieurs dizaines d’évènements qui se tiennent un peu partout dans l’Hexagone. Les aléas climatiques sont devenus l’un des premiers points de vigilance et les organisateurs font le maximum pour s’y préparer.

Quelques jours avant l’ouverture des Eurockéennes de Belfort (qui s’achèvent ce dimanche 5 juillet), son directeur Jean-Paul Roland confirmait au HuffPost que la météo était « une donnée incontournable » pendant l’évènement, mais aussi avant. Le chantier de montage du festival qui a eu lieu en partie pendant la canicule a dû être adapté : « On a investi dans une cabine’douche-isateur’, distribué de la crème solaire, des couvre-chefs et mis des parasols sur les nacelles. Et cette année, on avait une équipe de nuit qui travaillait de 20h à 4h du matin », souligne-t-il.

Même chose du côté des Viellles Charrues qui ouvre le 16 juillet. « On a réorganisé les plannings, adapté les horaires avec des journées de 6 heures à 13 heures, instauré des pauses fraîcheur toutes les heures, installé des gros climatiseurs mobiles côté restauration, des menus avec davantage de salades », nous raconte son directeur général Jérôme Tréhorel. Des messages de prévention - « casquettes, eau, crème solaire », sont également envoyés au public en amont du festival.

Des pompiers arrosent la foule aux " Vieilles Charrues"en 2022

FRED TANNEAU / AFP

Des pompiers arrosent la foule aux " Vieilles Charrues"en 2022

La vague de chaleur qui a étouffé la France fin juin, et les violents orages qui ont suivi ne resteront pas « exceptionnels ». Tous les professionnels que nous avons contactés nous l’ont confirmé. Les évènements sont soit plus récurrents, soit plus violents. « Cela fait quand même cinq ou six ans que je n’ai jamais vu autant d’événements climatiques pour les festivals, ou de répétitions. On avait ça épisodiquement, là, c’est devenu vraiment quelque chose de prégnant » explique François Mothe, à la tête d’une société spécialisée dans la prévention des risques des festivals.

Se préparer aux incidents climatiques

Forcément, les professionnels du milieu font tout pour anticiper au mieux ce type d’évènements climatiques. Dans les mois qui précèdent les festivals, cela passe par la rédaction d’un dossier d’aménagement complet, spécifique à chaque festival en fonction du lieu où il se déroule mais également du nombre de spectateurs attendus. Dossier qui comprend des scénarios de réponses, à différents types de périls « Dans les derniers moments on élabore le plan ORSEC (organisation des secours). Que fait l’organisateur ? Que fait la mairie, sur la mise à disposition par exemple de lieux pour la mise à l’abri ? Comment dimensionne-t-on et équipe-t-on ces lieux, les services de navette ? Etc. », précise François Mothe.

Des services de secours à Clisson en 2026 au Hellfest.

JIMMY BEUNARDEAU / Hans Lucas via AFP

Des services de secours à Clisson en 2026 au Hellfest.

Cela inclut la mise en place de services de secours par exemple, mais également des espaces d’abri. « Comme on a des campeurs, on a aussi un immense hangar qui nous sert de stockage pour le matériel. Il peut devenir un abri pour plusieurs milliers de personnes (jusqu’à 4 000) qui seraient des naufragés climatiques pendant quelques heures », explique le directeur des Eurockéennes. Même idée du côté du Rose Festival de Toulouse. Son directeur général Julien Cholet précise avoir sécurisé 3 halls du MEETT, le palais d’exposition de Toulouse : « Si on a des orages violents, on peut y mettre 40 000 personnes en sécurité, c’est-à-dire tous les spectateurs. »

De la même manière, depuis quelques années maintenant, les normes concernant le matériel utilisé pendant les festivals ont évolué et sont très strictes. Chaque type d’installation doit être posée précisément et dotée d’une certaine résistance au vent. Les montages sont consciencieusement vérifiés par des bureaux de contrôle.

Enfin, pour prévenir les situations caniculaires, tous les organisateurs que nous avons joints ont avancé avoir, aussi, ces dernières années, considérablement travaillé sur le sujet. Aux Eurockéennes, ce sont 55 points d’eau potable et 4 bars à eau fraîche gratuite qui sont disponibles. Le Rose festival qui se tient fin août va multiplier cette année les rampes à eau et les arrosages « goutte-à-goutte ». Le festival lancé par les frères toulousains Bigflo et Oli n’a par ailleurs pas de licence IV, « tout ce qui est à plus de 20 degrés d’alcool n’est pas en vente, pour éviter des comportements compliqués à gérer quand il fait très chaud », explique Julien Cholet. Les Vieilles Charrues autorise de son côté les gourdes vides, offre de l’eau gratuite, « propose systématiquement un verre d’eau avant toute consommation, augmente les maraudes, arrose le public », ajoute son directeur avant de préciser « l’objectif c’est de rassurer : on est prêts ».

Réagir en urgence

Concernant les orages, la quasi-totalité des festivals se sont par ailleurs dotés depuis quelques années de « météorologues consultants » pour pouvoir réagir rapidement. Le directeur des Eurockéennes explique : « Il vous envoie des alertes, des bulletins. Pendant le temps du festival, il est présent sur le site. S’il y a un épisode orageux, il le suit pour vraiment localiser l’évolution de la masse orageuse. »

Mais malgré les précautions prises en amont, les conditions climatiques imposent parfois l’annulation d’un évènement. Tous s’accordent à dire que la décision finale doit être celle des autorités locales, qui se basent sur les niveaux d’alerte de MétéoFrance (vigilance orange orage ou rouge canicule). Un impératif pour pouvoir bénéficier des assurances annulation souscrites.

Comme l’affirme Jean-Paul Roland des Eurockéennes, « le problème n’est pas simplement de dire ’on annule’. Parce que si on annule et puis qu’on évacue, le problème est reporté sur la voie publique. Il est reporté sur les transports. Donc personne ne peut prendre la décision seul. » Et lorsque ces arrêtés sont déclenchés et que le festival a déjà commencé, c’est sans doute là que c’est le plus compliqué pour François Mothe. « Quand vous voulez vider un camping de 30 000 personnes, ça prend 5 heures, donc il faut prendre la décision vite. Et c’est ça qui met énormément de pression. En plus de devoir gérer la frustration du public bien compréhensible. », nous confie-t-il.

D’autant qu’il faut parfois jongler avec une météo qui change rapidement. Les conséquences d’un orage ne se limitent pas à une seule soirée de pluies diluviennes et de vents forts. « C’est assez méconnu par le grand public et parfois même par les autorités. Quand on leur explique que oui l’orage est passé, il fait beau, mais les conséquences de remise en état sur un site ne permettent pas de réouvrir le lendemain », explique François Mothe, spécialiste de la gestion des risques, avant de donner un exemple concret : « Si vous avez jusqu’à 20 kilomètres de barrières, et qu’avec le vent tout ça tombe, ça va être des heures et des heures de remise en route. Et je ne parle même pas de problématique éventuellement de salubrité si vous avez un épisode de pluie ou de grêle qui nécessite que vous fassiez des aménagements structurels, à la limite des travaux publics, pour pouvoir réaccueillir votre public. »

L’avenir des festivals d’été

Tous ces constats étant unanimement partagés, et ce quelle que soit la région où se tient l’évènement, la question de l’avenir concret des festivals d’été se pose plus que jamais. Certains organisateurs réfléchissent à changer les dates de ces évènements. « Il y a des festivals qui vont se décaler je suis assez certain. Et suite à ce qui s’est passé ce week-end, on va peut-être accélérer ce genre de décision », affirme le directeur du Rose Festival. Pour ceux des Vieilles Charrues et celui des Eurockéennes, qui se tiennent à Carhaix et Belfort, le décalage n’est pas envisagé « si on l’avançait, on ferait face à d’autres aléas climatiques, et des températures très basses pour les campeurs » affirme Jean-Paul Roland.

Mais pour le directeur général du Rose Festival, la première question qui se pose réellement n’est pas forcément celle du ’quand’, mais celle du ’où’. Selon lui, il faut privilégier les lieux bénéficiant de structures déjà en place : « Je reste convaincu que de travailler sur des lieux existants, c’est la solution. Faire de l’éphémère dans un champ, avec autant de personnes, si un jour on se prend une canicule et le lendemain, l’orage, et ça deux ou trois années de suite, c’est très compliqué de s’en relever. »

Au Rose Festival, c’est d’ailleurs toute « l’expérience festivalier » qui a été repensée au fil des années autour du MEETT de Toulouse pour offrir plus que des concerts. « On a développé des chill zones, un food court aussi ce qui permet de faire des pauses. On a créé des activités en plus, une petite fête foraine, pour que les gens puissent faire autre chose qu’écouter de la musique en plein cagnard pendant 10 heures », décrit Julien Cholet, avant de conclure « contre le climat on sait qu’on sera toujours impuissant, donc il faut des solutions. »

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