À 5 kilomètres de Stonehenge, des archéologues viennent de découvrir ce qu’ils décrivent comme un prototype vieux de 5 000 ans : deux fosses alignées sur les solstices solaires, antérieures de 500 ans aux pierres de Stonehenge. Le site, enfoui sous un lotissement du Wiltshire, révèle des liens surprenants avec les Orcades écossaises.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi ce site de Bulford est considéré comme un précurseur direct de Stonehenge
- Ce que les 48 fosses et leurs artefacts révèlent sur les rituels solaires préhistoriques
- Quel lien mystérieux unit ce site au nord-est de l’Écosse, à l’autre bout des îles Britanniques
Deux fosses sous un lotissement — et une révolution archéologique
En 2950 avant notre ère, deux poteaux en bois de 4 mètres se dressaient dans la plaine de Salisbury, séparés de 120 mètres. Leur alignement était précis : une ligne pointant directement vers le soleil levant au solstice d’été et vers le soleil couchant au solstice d’hiver.
Cinq mille ans plus tard, des archéologues de Wessex Archaeology ont retrouvé les fosses qui contenaient ces poteaux lors de travaux de construction à Bulford, dans le Wiltshire — à seulement 5 kilomètres de Stonehenge. L’une des fosses se trouve dans un champ visible sur Google Earth. L’autre est probablement enfouie sous le salon d’une maison du lotissement.
Phil Harding, responsable des fouilles, l’affirme sans détour : c’est l’une des découvertes les plus importantes de sa carrière.
Crédit : Wessex ArchaeologyUn prototype antérieur de 500 ans à Stonehenge
La datation au radiocarbone place l’utilisation de ce site vers 2950 avant notre ère. Or, si la construction de Stonehenge venait tout juste de commencer à cette époque, l’alignement solaire de ses pierres n’était pas encore en place — il ne le sera que 500 ans plus tard.
Ce décalage temporel est crucial. Il suggère que l’idée d’aligner un monument sur les solstices n’est pas née à Stonehenge, mais qu’elle existait déjà dans la région sous une forme plus simple, en bois plutôt qu’en pierre. Bulford représenterait donc un chaînon manquant dans l’histoire de l’astronomie préhistorique britannique.
Des festivités de masse autour du soleil
Au-delà des deux fosses principales, les fouilles ont mis au jour 48 fosses plus petites contenant tessons de poterie, ossements d’animaux, silex taillés et charbon de bois. Ces traces suggèrent des rassemblements répétés de dizaines, voire de centaines de personnes.
L’une des fosses, probablement un poste d’observation, contenait un couteau en forme de disque — interprété par les archéologues comme une référence symbolique au soleil. Le Dr Matt Leivers, responsable de la recherche chez Wessex Archaeology, voit dans ces rituels une dimension profondément religieuse : une façon pour ces populations préhistoriques de s’assurer que le monde continuerait de fonctionner, de supplier leurs divinités de les protéger en marquant le retour de la lumière.
Crédit : Wessex ArchaeologyUn lien mystérieux avec les Orcades écossaises
Ce qui rend la découverte encore plus intrigante, c’est ce que les poteries révèlent. Certaines pièces trouvées à Bulford sont pratiquement impossibles à distinguer de céramiques fabriquées à la même époque dans les Orcades — cet archipel déchiqueté au large de la côte nord de l’Écosse, à l’autre bout des îles Britanniques.
Ce lien n’est pas isolé. La pierre d’autel de Stonehenge elle-même, pesant 6 tonnes, a récemment été localisée non pas au Pays de Galles comme on le croyait, mais dans le bassin des Orcades. Qu’est-ce qui unissait donc ces peuples séparés par des centaines de kilomètres il y a cinq millénaires ? La question reste ouverte — mais elle redessine la carte des échanges culturels dans la préhistoire britannique.


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