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Ce « cancer » de la prostate n’en est peut-être pas un — et le mot tue des patients

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Qualifier de « cancer » une tumeur prostatique de grade 1 — qui n’évolue jamais vers une forme agressive dans la majorité des cas — pourrait faire plus de mal que de bien. Une étude de l’UCLA publiée dans JAMA Oncology estime que supprimer cette étiquette pourrait prévenir près de 2 400 décès par an rien qu’aux États-Unis, en réduisant le surtraitement et en encourageant davantage d’hommes à se faire dépister.



Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi le cancer de la prostate de grade 1 est traité chirurgicalement chez 40 % des patients alors qu’une simple surveillance suffit
  • Comment retirer le mot « cancer » pourrait simultanément réduire le surtraitement et augmenter le dépistage
  • Quels risques les critiques identifient dans ce changement de terminologie — et comment le modèle y répond


Un mot qui fait plus de mal que de bien

Le cancer de la prostate de grade 1 (GG1), aussi appelé cancer de Gleason 6, est la forme la plus précoce et la moins agressive de la maladie. Les études montrent qu’il n’évolue généralement pas, ne provoque aucun symptôme et ne met pas la vie en danger — à moins qu’un cancer de grade supérieur ne se développe par ailleurs dans la prostate. Les recommandations médicales préconisent donc une surveillance active : dosage du PSA, IRM et biopsies périodiques, sans traitement.

Pourtant, jusqu’à 40 % des hommes américains diagnostiqués avec un GG1 reçoivent un traitement — chirurgie ou radiothérapie — avec les complications à long terme que cela implique : troubles urinaires, intestinaux et sexuels. La raison principale ? Le mot « cancer » lui-même, qui génère une anxiété suffisante pour pousser patients et médecins vers l’intervention.

Crédit : Gustavo Fring (Pexels)

2 400 décès évités par an selon le modèle

Des chercheurs de l’UCLA, du Memorial Sloan Kettering Cancer Center et de l’Université Johns Hopkins ont construit un modèle d’analyse décisionnelle intégrant les données démographiques américaines pour évaluer l’impact d’un changement de terminologie — reclasser le GG1 non plus comme « cancer » mais comme état précancéreux.

Chaque année, environ 100 000 hommes reçoivent un diagnostic de GG1 aux États-Unis. Le modèle prédit que retirer l’étiquette « cancer » produirait deux effets simultanés. D’un côté, davantage d’hommes accepteraient le dépistage par PSA, rassurés par le fait qu’un résultat positif n’entraînerait pas nécessairement un diagnostic de cancer — réduisant ainsi le nombre de cancers agressifs détectés trop tard. De l’autre, certains patients pourraient relâcher leur surveillance active.

En pesant ces deux effets dans leur analyse principale, les chercheurs estiment que le changement éviterait environ 2 835 décès grâce au dépistage accru, au prix d’environ 452 décès supplémentaires liés à un suivi insuffisant — soit une réduction nette de près de 2 400 décès par an. Ce résultat s’est maintenu dans toutes les analyses de sensibilité testées, même avec des hypothèses pessimistes sur l’adhésion à la surveillance.

Un précédent déjà établi pour d’autres cancers

Ce type de reclassification n’est pas sans précédent. Des changements similaires ont déjà été effectués pour certaines tumeurs de la thyroïde, de la vessie et du col de l’utérus, dont des formes autrefois qualifiées de cancers ont été redéfinies pour mieux refléter leur très faible probabilité de causer des dommages. Certaines formes prostatiques ont même déjà bénéficié d’un tel ajustement.

Pour le Dr Scott Eggener, chef du département d’urologie de l’UCLA et auteur principal, la conclusion est claire : « Modifier la terminologie ne signifie pas ignorer ces tumeurs ni supprimer le suivi médical. Il s’agit de reconnaître que tous les cancers de la prostate ne présentent pas le même risque. »

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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