Sous le square Marie-Curie, dans le 13e arrondissement, derrière la gare d’Austerlitz, repose un cylindre de béton de 50 mètres de diamètre. À chaque gros orage, il recueille ce qui partait jusqu’ici dans la Seine : un mélange d’eaux usées et pluviales, jusqu’à 50 000 m³ au maximum. Il le restitue ensuite peu à peu aux égouts, puis à la station d’épuration.
50 000 m³, c’est 50 millions de litres.
À retenir
- Un cylindre de béton de 50 mètres de diamètre se trouve sous le square Marie-Curie.
- Il peut stocker jusqu’à 50 000 m³ d’eaux usées et pluviales lors des gros orages.
- Le premier remplissage, en juin 2024, a atteint 40 000 m³ en un seul épisode.
Sommaire
Un cylindre de 50 mètres de large, entre la Pitié-Salpêtrière et la ligne 5
Entre l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et le viaduc du métro aérien de la ligne 5, rien ne trahit l’ouvrage. D’après la Ville de Paris, il s’agit d’un cylindre de 50 mètres de diamètre et de 30 mètres de profondeur, soit l’équivalent de 20 piscines olympiques. Il est muni de 16 piliers qui s’enfoncent jusqu’à 80 mètres sous terre, bien plus que les 50 mètres de hauteur de l’Arc de Triomphe. Pour visualiser les 30 mètres du bassin, comptez un immeuble d’une dizaine d’étages, planté la tête en bas.
Pour creuser cette cuve, le tunnelier Sequana a travaillé pendant six mois sous le square, jusqu’à 34 mètres de profondeur. Le terrassement s’est achevé fin juin 2023.
L’adjoint à la mairie chargé du réseau d’assainissement, Antoine Guillou, a parlé de « deuxième cathédrale de Paris » à propos de l’ouvrage, une formule que la Ville a reprise pour titrer sa présentation. Le chantier n’a pas été sans drame : selon l’AFP, la construction du bassin a coûté la vie à un ouvrier en 2023. L’inauguration de mai 2024 lui a rendu hommage.
Ce que le bassin avale, et pourquoi la Seine servait de trop-plein
À Paris, une grande partie du réseau d’égouts reçoit dans les mêmes tuyaux les eaux usées et les eaux de pluie. Quand l’orage frappe, la capacité des collecteurs et de la station d’épuration ne suffit plus. Jusqu’ici, la Ville de Paris explique que ces eaux étaient évacuées dans la Seine par 44 déversoirs d’orage, pour éviter la saturation des égouts. Deux prises d’eau, une de chaque côté du fleuve, amènent désormais ces flux vers le bassin.
Avant le bassin, la Seine servait de trop-plein.
Le principe tient en trois temps : l’eau en excès est stockée pendant la pluie, puis renvoyée progressivement vers les égouts, enfin traitée en station d’épuration. Les vannes de déversement vers le fleuve, elles, restent fermées le plus longtemps possible. La Ville de Paris affiche un objectif : les ouvrir en moyenne 2 fois par an, contre 10 à 15 fois auparavant. Il s’agit d’une moyenne visée, pas d’un bilan mesuré, et je n’ai trouvé aucun décompte publié des remplissages réels sur 2025 ou 2026.
Juin 2024 : le premier remplissage, 40 000 m³ en un orage
Le 19 juin 2024, après un orage survenu la veille, le bassin a fonctionné pour la première fois, selon l’AFP. Quelques semaines plus tôt, le 2 mai, il avait été inauguré en présence de la maire Anne Hidalgo, de la ministre des Sports et de représentants de Paris 2024.
Résultat : 40 000 m³ reçus, sur 50 000 possibles.
L’enjeu dépassait la simple gestion des égouts, puisque la Seine devait accueillir les épreuves de nage en eau libre des Jeux olympiques. La Ville de Paris indique que l’ouvrage a permis de rendre le fleuve baignable pour les épreuves olympiques et paralympiques, puis pour le public dès l’été 2025. Le bassin n’est toutefois qu’une pièce du Plan Baignade : la Ville rappelle que son coût propre est de 90 millions d’euros, et non les 1,4 milliard d’euros investis par l’ensemble des financeurs dans le plan.
90 millions d’euros, et un square rendu aux promeneurs
Le chantier a démarré en août 2020 et l’ouvrage a été inauguré le 2 mai 2024. Selon la Ville de Paris, la facture s’élève à environ 90 millions d’euros, répartis entre la Ville, l’État, l’Agence de l’eau Seine-Normandie et le SIAAP, le syndicat chargé de l’assainissement de l’agglomération parisienne. Certains médias avancent un chiffre proche de 100 millions d’euros, mais le montant de la Ville reste la référence la plus documentée. L’étude préalable avait conclu que le square Marie-Curie était le seul site possible pour un bassin de cette taille dans un tissu urbain aussi dense.
Le square, fermé en 2020 pour permettre la construction, a rouvert au public après une première phase de travaux. Il se trouve au 29, boulevard de l’Hôpital, devant la cour Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière. Il rend hommage depuis 1934 à la physicienne Marie Curie.
La Ville avait prévenu que l’ouvrage serait entièrement dissimulé dans le tissu urbain et le square réimplanté, puis agrandi. L’objectif de 2 ouvertures de vannes par an reste donc à vérifier sur plusieurs saisons d’orages, alors que le test de juin 2024 donne déjà un ordre de grandeur : 40 000 m³ avalés en un seul épisode.
Sources : paris.fr | prefectures-regions.gouv.fr | leblob.fr


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