Le 21 mai 1822, selon plusieurs sources, des habitants du domaine de Bothmer, près de Klütz, sur la côte baltique du Mecklembourg, repèrent une cigogne blanche dont le cou est traversé par une flèche. Longue d’environ 80 cm, elle n’a rien d’une arme locale, puisque son bois vient d’Afrique centrale. L’oiseau est donc rentré d’Afrique avec elle, et c’est la première fois que quelqu’un peut le démontrer.
L’oiseau avait fait l’aller-retour avec.
À retenir
- Une cigogne trouvée en 1822 près de Klütz portait une flèche en bois d’Afrique centrale.
- Les théories d’avant ce cas incluaient l’hibernation au fond des lacs et le séjour sur la Lune.
- Le botaniste Heinrich Gustav Flörke situe son hivernage dans la région du Haut-Nil.
- Une copie de l’oiseau est exposée au château de Bothmer, l’original est conservé à Rostock.
Sommaire
Au fond d’un lac, ou sur la Lune
Depuis le XIIIe siècle au moins, l’Europe avait ses théories. Albert le Grand soutenait que les cigognes passaient l’hiver endormies dans l’eau, et le mythe d’une hibernation au fond des lacs a la vie dure, rappelle le magazine Audubon. Une autre thèse les envoyait hiverner sur la Lune, selon Planet Wissen, le portail de la chaîne publique allemande WDR. Certains récits allaient jusqu’à les transformer en souris pendant la mauvaise saison.
Le raisonnement n’était pas absurde, juste privé de données. Dès le XVIe siècle, on savait que les cigognes passaient l’hiver ailleurs, mais où et comment restait un mystère. Au début du XIXe siècle, rien n’expliquait scientifiquement pourquoi elles disparaissaient en fin d’été pour revenir au printemps, souligne l’université de Rostock.
La cigogne de Bothmer se trouvait sur le toit de chaume d’une dépendance du château, avec ce trait planté dans le cou. Le comte Christian Ludwig von Bothmer la fait abattre dans l’espoir d’élucider ce phénomène naturel, puis prévient le grand-duc de Schwerin, Frédéric-François Ier. Le 28 juin 1822, ce dernier offre l’oiseau naturalisé à l’université de Rostock. La date du 21 mai, reprise par plusieurs sources secondaires, se manie avec prudence : Audubon écrit seulement « printemps 1822 ».
Le bois, lui, venait d’Afrique centrale.
Ce que le botaniste a lu dans la hampe
Le botaniste Heinrich Gustav Flörke examine l’objet de près. Il décrit une large pointe de fer, fixée par des tendons, montée sur un fût de bois tropical. Son verdict, rapporté par Audubon : la cigogne a probablement passé l’hiver dans la région du Haut-Nil, dans l’actuel Soudan. Cette localisation relevait de la déduction, car personne ne pouvait alors suivre l’oiseau, seulement lire l’arme.
Le grand-duc avait confié la conservation de l’animal à Hans Rudolf von Schröter, dans l’atelier de préparation de Ludwigslust. Depuis, la cigogne repose dans la collection zoologique de l’université de Rostock, où on la désigne tantôt comme le « Pfeilstorch de Bothmer », tantôt comme celui du Mecklembourg ou de Rostock. Une copie est aujourd’hui exposée au château de Bothmer, ce qui épargne l’original.
Premier cas, pas le dernier.
Un cas isolé ? Loin de là
D’autres cigognes ont ensuite rapporté des flèches entières ou des fragments d’Afrique : environ 25 cas selon des sources allemandes, quand Audubon évoque peut-être plus de 2 douzaines. Un second spécimen, le « Wittenberger Pfeilstorch », a été découvert en 2006, d’après le quotidien régional Nordkurier.
Gardons la mesure : entre 76 cm (30 pouces chez Audubon) et 80 cm selon les sources allemandes, la flèche dépasse la longueur d’une baguette de pain. Elle traversait le cou, et la cigogne a pourtant continué de voler, sur plusieurs milliers de kilomètres au retour. À une époque sans baguage ni balise, une arme africaine fichée dans un oiseau allemand valait tous les raisonnements. Planet Wissen y voit la première preuve que les cigognes d’Europe migrent vers l’Afrique.
Octobre 2026 : la même mécanique, côté grues
La migration se lit en direct, ces jours-ci, du côté de l’Aube. Selon la LPO Champagne-Ardenne, les grues cendrées arrivent au lac du Der habituellement vers le 15 octobre. Son suivi du 8 octobre 2026 note que les arrivées continuent, avec plusieurs groupes déjà présents. La veille, la LPO comptait encore une centaine d’individus sur le lac. Elles y trouvent un refuge de presque 5 000 hectares, d’après l’office de tourisme du lac du Der.
Le record européen est de 268 120 grues au départ des dortoirs, le 3 novembre 2019, toujours d’après la LPO. C’est davantage que les habitants de Reims.
Pour les voir, la Fête de la grue et de la migration démarre le 17 octobre 2026 au lac du Der. Les bénévoles de la LPO comptent les oiseaux chaque dimanche, de la mi-octobre à la mi-mars, sur une quinzaine de points autour du plan d’eau. Sur 9 saisons de relevés, le pic d’automne n’est jamais tombé avant le 11 octobre ni après le 20 novembre.
Sources : antoinecubaixo.jimdofree.com | uni-rostock.de


2 hour_ago
34



























.jpg)






French (CA)