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Sous les rues d’une petite ville de Pennsylvanie brûle depuis 1962 quelque chose que plus de 1 000 habitants ont fini par fuir

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À Centralia, en Pennsylvanie, le feu ne s’est jamais éteint. Depuis le 27 mai 1962, une veine de charbon anthracite brûle sous les rues de cette ancienne ville minière, transformant un bourg de plus de 1 000 habitants en un désert de rues fissurées d’où s’échappent encore de la fumée et des gaz toxiques. Selon les autorités environnementales de Pennsylvanie, le feu de mine de Centralia brûle dans les anciennes galeries souterraines du gisement de charbon Buck Mountain depuis mai 1962. Soixante-quatre ans plus tard, il continue de progresser, invisible, sous ce qui reste d’une communauté entière.

À retenir

  • Un incident mineur en mai 1962 a déclenché une réaction en chaîne impossible à arrêter sous terre
  • La population de plus de 1 000 habitants a progressivement abandonné la ville face aux dangers invisibles
  • Aujourd’hui, le feu continue à progresser dans les galeries souterraines sans perspective de fin rapide

Sommaire

  1. Un feu de poubelles qui a réveillé l’enfer
  2. Une ville rayée de la carte, littéralement
  3. Un brasier qui pourrait durer encore deux siècles

Un feu de poubelles qui a réveillé l’enfer

Tout commence par une décision banale de conseil municipal. En mai 1962, la commune veut nettoyer sa décharge à ciel ouvert avant les commémorations du Memorial Day. La méthode retenue ? « La méthode du conseil de Centralia pour nettoyer une décharge était de la brûler », écrit David Dekok dans son livre Fire Underground. Une pratique courante à l’époque, mais qui va tourner au désastre : cette décharge occupait une ancienne fosse d’extraction à ciel ouvert, une fosse à ciel ouvert laissée béante après avoir été creusée vers 1935, large d’environ 75 pieds et profonde de 50 pieds.

Le feu, censé s’éteindre en une soirée, refuse de mourir. Un feu est allumé pour nettoyer la décharge le 27 mai 1962, éteint à l’eau le soir même. Pourtant, des flammes réapparaissent le 29 mai. Une nouvelle tentative d’extinction est menée avec des tuyaux depuis Locust Avenue. Une nouvelle flambée la semaine suivante, le 4 juin, pousse à nouveau les pompiers à intervenir. Les pompiers finissent par comprendre : le brasier s’est infiltré par une brèche non colmatée dans le sol et a atteint le réseau de galeries minières abandonnées qui truffe le sous-sol de la ville. Une faille de sécurité vieille de plusieurs décennies, puisque la réglementation exigeait que toutes les entrées des mines fermées soient comblées avec des matériaux incombustibles, mais un trou de quinze pieds n’avait pas été repéré et était resté ouvert.

À partir de là, plus rien ne peut arrêter la combustion. L’incendie brûle à des profondeurs allant jusqu’à 300 pieds, sur une bande de 8 miles et 3 700 acres, de quoi couvrir l’équivalent de plus de 2 000 terrains de football, entièrement en sous-sol. Dès août 1962, la situation devient officiellement dangereuse : le 9 août 1962, les mines situées près de Centralia sont fermées définitivement lorsque du monoxyde de carbone, sous-produit de l’incendie, est détecté dans le sous-sol. Entre 1962 et 1978, l’État et le gouvernement fédéral tentent pourtant de juguler le brasier : les gouvernements étatique et fédéral dépensent 3,3 millions de dollars pour contrôler le feu, avec des résultats limités. En clair : rien n’y fait.

Une ville rayée de la carte, littéralement

Le vrai basculement arrive à l’hiver 1981. Un adolescent, Todd Domboski, manque de disparaître dans un gouffre de plusieurs mètres qui s’ouvre brusquement sous ses pieds dans un jardin, rempli de vapeurs brûlantes chargées de monoxyde de carbone. L’épisode fait le tour des médias américains et convainc le Congrès de débloquer des fonds massifs pour reloger la population. En 1980, la ville comptait encore 1 012 habitants. Dix ans plus tard, il n’en reste qu’une poignée : la population passe de plus de 1 000 habitants en 1980 à 63 en 1990, puis à seulement cinq en 2017.

L’État de Pennsylvanie ne s’arrête pas au rachat volontaire des maisons. En 1992, le gouverneur de l’époque va plus loin en recourant à une procédure radicale : le gouverneur Bob Casey utilise le droit d’expropriation pour prendre possession de toutes les propriétés de Centralia, l’État prenant ainsi le contrôle de tous les bâtiments. Dix ans plus tard, c’est au tour de l’administration postale d’acter la disparition administrative de la ville : en 2002, le service postal américain révoque le code postal de la commune et intègre la distribution du courrier dans les tournées de la ville voisine d’Ashland. Le 17927, qui identifiait Centralia depuis des générations, cesse officiellement d’exister sur les registres fédéraux.

Les derniers habitants ne partent pas sans résister. Une poignée de familles refuse l’expropriation et engage une bataille judiciaire qui dure deux décennies. Le dénouement arrive finalement en 2013 : un groupe de résidents dépose plainte et se bat contre l’État de Pennsylvanie pour le droit de rester dans leurs maisons ; en 2013, l’affaire est réglée et accorde aux résidents restants des droits viagers sur leurs biens. Concrètement, ces habitants peuvent rester chez eux jusqu’à leur mort, mais leurs maisons reviendront ensuite à l’État. Une victoire amère, mais une victoire quand même.

Un brasier qui pourrait durer encore deux siècles

Le paysage actuel de Centralia tient plus du terrain vague que du village. La plupart des rues, larges comme des avenues, ne mènent plus qu’à des prairies : Centralia est aujourd’hui une prairie, presque tous les bâtiments de la ville ayant été démolis ; les rues, des trottoirs à quatre voies traversant des parcelles vides, subsistent, tout comme les clochers de deux églises qui accueillent encore des offices. Longtemps, les visiteurs venaient photographier la fameuse « Graffiti Highway », un tronçon abandonné de la route 61 recouvert de peintures colorées et parcouru de fumerolles. Mais ce tronçon a été recouvert de terre par son propriétaire en 2020 ; aujourd’hui, la vue la plus accessible se fait depuis la nouvelle déviation de la route 61, qui offre un aperçu clair des panaches de fumée sur les collines environnantes.

Reste la question qui obsède géologues et habitants restants : quand cela s’arrêtera-t-il ? Les estimations les plus citées évoquent une combustion qui pourrait se poursuivre pendant environ 250 ans, tant la veine de charbon reste épaisse et le sous-sol difficile d’accès pour toute opération d’extinction. Un chiffre vertigineux, presque abstrait, mais qui a une traduction très concrète : les enfants qui naîtront à Ashland ou à Mount Carmel, les villes voisines, mourront eux aussi sans jamais voir Centralia refroidir. En 2020, le recensement américain ne comptait plus que cinq habitants dans la commune, dont un mineur. Un chiffre qui fait de Centralia la municipalité la moins peuplée de tout l’État de Pennsylvanie, un record dont personne ici n’a jamais voulu.

Sources : pabook.libraries.psu.edu | pa.gov | library.duke.edu

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