Un champignon peut ronger la charpente d’une maison pendant des années sans qu’aucun occupant ne s’en aperçoive. Il porte un nom que beaucoup découvrent le jour où ils le croisent : la mérule, ou Serpula lacrymans pour les scientifiques. Ce champignon lignivore ne se développe sur le bois qu’en présence d’une humidité anormalement élevée en milieu confiné, et il peut traverser les cloisons et les maçonneries pour atteindre d’autres pièces de la maison.
Et la loi, elle, ne laisse aucune place à l’improvisation.
À retenir
- La mérule se développe sur le bois dès 20 à 22 % d’humidité et atteint sa croissance optimale à 35 %
- Un feutrage blanc, une odeur de champignon humide et un plancher creux sont les premiers signes d’une présence de mérule
- Toute personne découvrant la mérule doit la déclarer en mairie selon la loi ALUR du 24 mars 2014
Sommaire
Ce qui réveille le champignon sous le plancher
Il suffit d’un incident mineur pour que la mérule s’invite dans une habitation : gouttière cassée, maçonnerie dégradée, tuiles fissurées. Une fuite d’eau non traitée pendant plusieurs mois, un vide sanitaire fermé sans aucune circulation d’air, une pièce inoccupée qu’on n’aère jamais : ce sont les trois scénarios qui reviennent le plus souvent chez les professionnels du bâtiment. Le champignon peut commencer son action destructrice à partir d’une humidité des bois de 20 à 22 %, un seuil que l’on atteint vite dans un logement mal ventilé. Sa croissance atteint ensuite un stade optimal dès que le taux d’humidité s’élève à 35 %.
Le vieillissement du parc immobilier joue un rôle central : des millions de logements construits avant 1948 présentent des défauts d’étanchéité ou de ventilation favorables à l’humidité. Les travaux de rénovation énergétique n’arrangent pas toujours les choses : une isolation mal réalisée peut piéger l’humidité dans les structures en bois et créer les conditions idéales pour la mérule.
Les signes qui doivent alerter
Avant de dévorer visiblement une poutre, la mérule laisse des indices plus discrets. Un feutrage blanc et cotonneux qui s’étend sur le bois ou la maçonnerie, une odeur de champignon ou de terre humide qui persiste dans une pièce fermée, un plancher qui sonne creux sous le pied : ces signaux précèdent souvent de plusieurs mois l’apparition du fameux « chapeau » brun-orangé, la fructification qui libère des spores en nuage rouille. Le bois attaqué finit par se fendre en petits cubes secs, symptôme classique de la pourriture cubique qu’elle provoque.
Un simple courant d’air peut alors soulever un nuage de spores oranges.
Une obligation légale que peu de propriétaires connaissent
C’est la loi ALUR du 24 mars 2014 qui a instauré ce dispositif : l’article L.126-5 du Code de la construction et de l’habitation est formel, dès qu’une personne a connaissance de la présence de mérule dans un immeuble bâti, elle doit effectuer une déclaration en mairie. Cette obligation s’applique en dehors de toute transaction immobilière et vise à permettre aux autorités de cartographier précisément les zones touchées. La mairie transmet ensuite ces informations à la préfecture, qui les compile dans un arrêté délimitant les zones à risque. Dans une copropriété, lorsque la mérule est présente dans les parties communes, la déclaration incombe au syndicat des copropriétaires.
Autre conséquence, moins connue : dans les zones ainsi délimitées par arrêté préfectoral, en cas de vente de tout ou partie d’un immeuble bâti, l’acquéreur doit en être informé dans les conditions prévues par le Code de la construction et de l’habitation. Un vendeur qui tairait volontairement l’information s’expose à voir la vente contestée après coup.
Ne pas déclarer un foyer de mérule expose aux sanctions de l’article L.183-18 du Code de la construction et de l’habitation.
Un traitement lourd, une carte qui ne cesse de s’étendre
Le traitement n’a rien d’un simple ponçage. Il faut d’abord sonder toute la structure en bois pour délimiter la zone contaminée, souvent bien au-delà de ce qui est visible à l’œil nu, puis retirer et détruire les bois atteints. Les maçonneries traversées par le mycélium doivent elles aussi être traitées, car le champignon peut voyager à travers un mur porteur sur plusieurs mètres. C’est cette capacité à progresser dans la pierre et le mortier, là où les autres champignons du bois restent cantonnés à la charpente, qui rend la mérule redoutée des professionnels.
Les départements du nord et de l’ouest de la France, notamment en Bretagne, dans les Hauts-de-France ou en Normandie, recensent traditionnellement davantage de signalements que les régions méditerranéennes plus sèches. Mais la géographie du champignon bouge. Avec 3 312 cas recensés dans 95 départements et une progression de 20,4 % entre 2024 et 2025, la mérule s’impose comme un enjeu patrimonial majeur. Le Puy-de-Dôme est désormais le foyer principal avec 82 cas, suivi par la Loire et la Haute-Loire, preuve que la mérule ne se cantonne plus aux zones côtières ou nordistes.
Détail que peu de propriétaires anticipent : en cas de démolition, même partielle, d’un bâtiment situé en zone à risque, les bois et matériaux contaminés doivent être incinérés sur place ou traités avant tout transport. Impossible, donc, de se contenter de jeter une poutre rongée dans une benne classique.
Sources : eure.gouv.fr | vivresansdettes.fr


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