Près de 950 objets ou fragments de métal, jetés avant 1528 dans le puits du donjon de Philippe Auguste : c’est ce que les fouilles menées dans la cour Carrée du Louvre ont permis d’explorer au fond de ce puits. Une partie de ces tôles dorées, remontées avec patience, forme aujourd’hui le casque de parade du roi Charles VI. Le Louvre lui-même présente cette découverte comme une enquête, car les fragments avaient l’apparence d’un trésor et d’une scène de crime.
Le chantier s’ouvre le 19 mars 1984, pavés arrachés à la pelleteuse.
À retenir
- Près de 950 objets ou fragments de métal ont été retrouvés dans le puits du donjon du Louvre.
- Une partie de ces tôles dorées a été remontée en casque de parade attribué à Charles VI.
- La couronne porte la devise « En Bien » et le cerf ailé, emblèmes du souverain.
Sommaire
Un chantier de 2,5 hectares sous les pavés
Aux commandes, l’archéologue Michel Fleury, puis Yves de Kisch. La campagne 1984-1985 mobilise plus de 80 personnes à plein temps sur 2,5 hectares, soit plus de 3 terrains de football, selon le Journal de l’année 1987 de Larousse. Sous la cour Carrée, c’est tout le Louvre de Philippe Auguste qui refait surface après des siècles d’oubli.
Les équipes dégagent les soubassements du donjon et de l’enceinte sur 7 mètres de hauteur. Le fossé de la grosse tour était sec : il a été remblayé en 1528, l’année de la destruction du donjon. Les douves extérieures, elles, étaient alimentées par la Seine. D’après l’Universalis, la tour mesurait environ 15 mètres de diamètre, pour un fossé d’environ 7 mètres de profondeur.
Au centre du dispositif se trouve le puits du donjon, que Michel Fleury explore jusqu’au fond. Il y trouve un amas de métal. Les pièces n’y sont pas placées les unes par rapport aux autres d’une façon significative.
Près de 950 fragments, presque tous brisés
Le décompte de Fleury, lu dans un podcast du Louvre, porte sur près de 950 objets ou fragments d’objets de métal, jetés dans le puits nécessairement avant 1528, date de la destruction du donjon par François Ier. La plupart étaient « grattés, brisés, tordus » et portaient des traces d’altération.
La conservatrice Clara Bernard, du service de l’histoire du Louvre, évoque des fragments de tôles métalliques en alliage cuivreux, exhumés dans les années 1980 et en partie remontés. Elle parle de près d’un millier de fragments de tôle dorée, minéralisés à cœur, c’est-à-dire altérés jusque dans l’épaisseur du métal. Leur reconstitution s’est faite au C2RMF, le Centre de recherche et de restauration des musées de France. La découverte date de 1984, en pleine période des travaux du Grand Louvre.
Le casque n’est donc qu’une partie de l’amas.
Les deux décomptes, 950 objets chez Fleury et près d’un millier de fragments chez Clara Bernard, ne désignent pas forcément le même ensemble. Le podcast ne précise pas combien de pièces reviennent au casque lui-même. La notice de la base des collections du Louvre, elle, mentionne plus de cent cinquante morceaux pour l’objet reconstitué, ce qui explique son état lacunaire.
À première vue, l’objet frappe par son aspect fragmentaire, mais sa dorure laisse penser qu’il s’agit d’une pièce exceptionnelle. Face à ce tas de métal tordu, les conservateurs ont dû reconnaître un objet royal parmi des centaines de débris.
La clé tient en une devise et un animal. Dans le même ensemble, les archéologues ont mis au jour une couronne de cuivre doré portant la devise « En Bien », ainsi que des pennons au cerf ailé, emblèmes de Charles VI, d’après le Journal de l’année 1987. Ces signes désignaient un souverain précis, né en 1368 et mort en 1422.
L’inventaire de 1411 décrit un chapeau de fer doré à fleurs de lis, avec une couronne, des cerfs volants et la mention EN BIEN. Le décor fleurdelysé, avec ses fleurons sur la couronne et son semis de lis dans les médaillons émaillés, indique un objet royal. La notice du Louvre date le casque d’avant 1411. Son attribution à Charles VI, elle, remonte à 2003.
Le casque comprend deux parties : la calotte et une couronne fixée au bord inférieur, au-dessus de la visière. Le cuivre ciselé, doré et émaillé en fait un casque de parade plutôt qu’une protection pour la guerre ou le tournoi.
Reste à comprendre pourquoi quelqu’un l’a brisé, puis jeté.
Le sujet relève encore de l’hypothèse. La notice du Louvre avance un vol : l’objet aurait été dérobé pour récupérer son métal précieux, puis brisé et jeté dans le puits avant 1528. L’état des fragments, grattés et tordus, irait dans ce sens, sans suffire à le démontrer.
Où voir ce qu’il reste
Les vestiges du donjon se visitent encore, aile Sully.
Le parcours du « Louvre médiéval » présente des vestiges des époques de Philippe Auguste et de Charles V. D’après la base des collections, le casque reconstitué est exposé en salle 136, au niveau -1 de l’aile Sully. Un coup d’œil sur le site du musée avant la visite évitera de trouver la salle fermée ou l’objet déplacé.
Dix-neuf ans séparent la découverte de 1984 de l’attribution à Charles VI, datée de 2003 par le Louvre. Et si le casque figurait déjà dans l’inventaire de 1411, il n’a pu finir au fond du puits que dans une fenêtre d’au plus 117 ans, jusqu’à la destruction du donjon en 1528.
Sources : x.com | collections.louvre.fr


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