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Marjorie Black n’a jamais rencontré sa tante, morte à l’âge de 7 ans au pensionnat St-Joseph de Fort Resolution. Maintenant que Sophie K’ea est de retour à Behchokǫ̀, sa famille entame un processus de guérison.
La dépouille de l'enfant repose désormais dans le cimetière de Behchokǫ̀, aux côtés de membres de famille.
Je suis vraiment heureuse qu’elle soit à la maison. Je suis même comblée de joie, je suis en paix, dit Marjorie Black.
Le processus de rapatriement a débuté il y a environ deux ans, au moment où sa famille a reçu un appel de la Première Nation Deninu Kųę́.
On lui a alors demandé si le nom de Sophie K’ea lui était familier.
Marjorie Black savait que sa mère avait une sœur qui était morte lorsqu’elle résidait au pensionnat.
Sa sœur s’est souvenue du nom de leur grand-père : K’ea.
La Première Nation a entrepris de cartographier les tombes des jeunes qui sont morts au pensionnat de Fort Resolution et d’identifier les sépultures anonymes, avant de permettre aux familles de retrouver leurs proches disparus.

Des objets laissés sur les marches de l'Église catholique à Fort Resolution, aux T.N.-O., en juin 2021, en mémoire des vies perdues dans les pensionnats pour Autochtones. La Première Nation Deninu Kųę́ y dirige les recherches de sépulture anonymes, plus particulièrement dans le secteur de Mission Island, lieu d'un ancien pensionnat pour Autochtones.
Photo : Radio-Canada / Kate Kyle/CBC
Jusqu’à maintenant, elle est parvenue à identifier plus de 70 enfants qui ne sont pas rentrés chez eux.
Marjorie Black et sa famille sont restées en contact avec l’équipe de recherche de Fort Resolution, pour répondre à des questions et faire des tests d’ADN.
Aujourd'hui, le retour de Sophie permet à toute sa famille de tourner la page.
Nous devons guérir, nous ne pouvons pas transmettre tout cela à la prochaine génération, dit Marjorie Black.
Vous savez, il nous manquera toujours un morceau de nous-mêmes.
Comprendre le passé
La députée de Monfwi, Jane Weyallon Armstrong, parle du processus de rapatriement des enfants comme d’un élément du deuil.
Cela brise le cœur de savoir ce qu’ils ont enduré, vous savez. Cette séparation a dû être insoutenable pour ces jeunes enfants, et insoutenable pour leurs parents, dit-elle.

Jane Weyallon Armstrong, députée de la circonscription de Monfwi, aux T.N.-O. Plusieurs émotions, dont la joie et la tristesse, entourent selon elle le rapatriement des enfants morts au pensionnat.
Photo : Radio-Canada / Natalie Pressman (CBC/Radio-Canada)
Il y a beaucoup de douleur, beaucoup de deuil, beaucoup de traumatismes. Mais, espérons-le, cela permettra enfin de tourner la page.
Marjorie Black affirme que le retour de sa tante l'a aidée à mieux comprendre sa propre enfance.
Sa scolarité s’est terminée en 9e année. Elle n’a jamais fréquenté Akaitcho Hall, où étaient accueillis les élèves de la 10e à la 12e année.
Akaitcho Hall, qui était une résidence pour des élèves fréquentant l’école secondaire Sir John Franklin, a également été reliée aux pensionnats pour Autochtones.
Mon grand-père m’en a empêchée, explique-t-elle. Maintenant, je comprends pourquoi il a fait ce qu’il a fait.

Des élèves dans la cafétéria d'Akaitcho Hall pour une fête de fin d'année en 1979. Bien qu'elle n'ait pas été une école, la résidence a tout de même été incluse dans la Convention de règlement relative aux pensionnats pour Autochtones. Elle figure aussi sur la liste des établissements reconnus par le Centre national pour la vérité et la réconciliation.
Photo : Archives TNO/Native Communications Society fonds - Native Press photograph collection/N-2018-010: 6209
Marjorie Black se dit heureuse que sa famille ait pu porter la voix de sa tante Sophie et espère que d’autres familles trouveront aussi le courage d’intervenir au nom d’enfants qui n’ont plus leur voix.
Ce sont les familles qui doivent ramener leurs proches à la maison. Personne ne le fera à notre place. Personne ne se battra pour nous.
Avec les informations de Nathalie Pressman et Shannon Scott


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