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"Si on part ce sera un fast-food" : à Vincennes, un restaurant prisé se retrouve au tribunal pour un conflit de terrasse

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La Luisa, un restaurant italien très apprécié situé dans l'est de Vincennes, risque gros : sa terrasse estivale, essentielle à sa survie, déplaît à plusieurs copropriétaires.

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A Vincennes, le restaurant italien La Luisa se bat pour garder sa terrasse, vitale pour l'équilibre des comptes, alors que l'affaire a pris un tournant judiciaire en cette rentrée 2026.

À Vincennes, le restaurant italien La Luisa se bat pour garder sa terrasse, vitale pour l’équilibre des comptes, alors que l’affaire a pris un tournant judiciaire en cette rentrée 2026. (©La Luisa)

Par Glenn Gillet Publié le 19 sept. 2026 à 18h14

Comment un restaurant noté 4,9 sur 5 sur Google avec plus de 300 avis peut-il se retrouver au bord de la fermeture pour un conflit autour de sa terrasse estivale ? La réponse se trouve du côté de Vincennes (Val-de-Marne), où la bataille fait rage entre La Luisa, adresse italienne prisée située au rez-de-chaussée d’une résidence dans le quartier des Rigollots, et plusieurs copropriétaires de l’immeuble.

Début septembre, ces derniers ont assigné le restaurateur en justice. En réponse, l’établissement a lancé une pétition qui a été signée par plus de 1 800 personnes en quelques jours. L’affaire est aujourd’hui entre les mains du tribunal de Créteil.

Une terrasse « indispensable pour assurer la survie du restaurant »

Le théâtre de cette opposition est le 4 avenue Paul Déroulède, où une construction flambant neuve de 50 appartements est sortie de terre entre 2021 et 2022. Le permis de construire prévoyait l’installation d’un commerce au rez-de-chaussée.

Avant d’acheter le local, Alain Kahraman, le gérant de La Luisa, avait fait les comptes et constaté que l’installation d’une terrasse de 40 à 50 places (pour 18 à l’intérieur) pendant deux à trois mois chaque année sur le parvis de l’immeuble, qui appartient à la copropriété, était « indispensable pour assurer la survie du restaurant ». Avant de lancer son investissement, de l’ordre de 300 000 euros, il avait alors obtenu l’accord de principe de tous les copropriétaires. De quoi lancer l’affaire sereinement.

Le restaurant ouvre fin 2023 avec, en perspective, la mise en place d’une terrasse aux beaux jours. Mais la première assemblée générale de copropriété aboutit à une très mauvaise surprise : le projet est rejeté.

Sur les huit copropriétaires, on compte deux groupes bailleurs (CDC Habitat et 3F), qui détiennent environ 70 % des lots, et cinq particuliers. Parmi ces derniers, trois ont finalement retourné leur veste et réussi à convaincre les autres. « Il y en a un des trois qui travaille dans le textile : au début, il m’avait promis qu’il nous ferait des t-shirts pour l’ouverture, alors qu’il savait qu’on voulait ouvrir la terrasse », raconte Alain Kahraman.

« On s’est aussi dit qu’on avait essayé d’être honnête »

Il se démène alors pour récupérer des soutiens et ainsi obtenir une majorité. Mais le vote lors de l’AG suivante aboutit à un nouveau refus. Le gérant dit y voir des irrégularités, car il aurait réussi à obtenir des engagements, notamment de la part des groupes bailleurs, mais les votes n’ont pas été correctement pris en compte et ce sans raison valable, selon lui. Il songe à porter l’affaire devant le tribunal mais temporise, très pris par la gestion du restaurant, qui plus est en pleine période estivale.

« Économiquement, on n’avait pas le choix, donc on a commencé à occuper le parvis. On s’est aussi dit qu’on avait essayé d’être honnêtes, de jouer selon les règles, et que ça n’avait pas marché », confie Alain Kahraman. En 2025 comme en 2026, le restaurant a réalisé environ 50% de son chiffre d’affaires annuel grâce à sa terrasse ouverte environ deux mois au total chaque été.

La cohabitation avec le voisinage se passe bien, selon le gérant : à sa demande, la grande majorité des locataires du bâtiment ont fourni des écrits attestant de l’absence de nuisances, notamment sonores. « Beaucoup d’entre eux viennent manger chez nous, parfois plusieurs fois par semaine. De toute façon, on est un restaurant familial. La plupart du temps, on s’entend penser, tellement c’est calme. Et à 23h maximum, tout est rangé », explique-t-il.

Le sort du restaurant suspendu à la décision de justice

Mais le 4 septembre, le restaurant reçoit un courrier de convocation à une audience au tribunal de Créteil, prévue le 17 septembre. Objectif : statuer sur la légalité de la terrasse. Compte tenu des conditions dans lesquelles elle a été installée, l’espoir semble mince pour la défense. L’audience a finalement été renvoyée à mi-novembre. Les copropriétaires opposés à l’existence de la terrasse n’ont, à ce stade, pas répondu à notre sollicitation par l’intermédiaire du syndic. Selon le restaurateur, ils réclament 15 000 euros de dommages et intérêts.

« C’est aberrant parce que tout le monde est content qu’on soit là et beaucoup disent même que ça contribue à augmenter la valeur du bâtiment : ça fait un restaurant bon et calme en bas de chez soi et, en plus, ça dissuade les intrusions parce qu’il y a du monde à côté de l’entrée jusque tard, » liste le gérant. « Même ceux qui veulent qu’on ferme la terrasse aiment ce qu’on fait : ils envoient leur femme ou leurs enfants prendre à emporter ! »

Derrière ce litige entre voisins, Alain Kahraman dit surtout ressentir un grand sentiment d’injustice : « On a ultra-dynamisé le quartier, on a été les premiers dans le coin à mettre autant d’argent dans un commerce », assure-t-il, « mais là, vu ce qu’on a investi, on ne pourra pas tenir sans la terrasse ».

Le gérant, qui dit vouloir proposer une cuisine « la meilleure possible pour le moins cher possible » met aussi en garde : « une petite cellule commerciale de 50 mètres carrés sans terrasse comme ça, si on part, ce sera un fast-food qui viendra nous remplacer ! Et là, il n’y aura peut-être pas de terrasse mais ce sera des mobylettes tous les jours jusque tard dans la nuit. Nous, on s’est toujours engagés à ne pas faire de faire du Deliveroo et on s’y est tenu ».

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